7 février 1986. Les États-Unis embarquent Jean-Claude Duvalier et sa famille dans un avion qui atterrit en France. Mettant ainsi fin à 29 ans de gouverne politique infernale, marquée par un lourd bilan en termes d’assassinats ciblés, de massacres et de disparitions forcées.
Le soleil se levait timidement sur un pays moribond, impotent, qui commençait, enfin, à gazouiller le mot « LIBERTÉ ». François Duvalier avait réussi à enlever aux Haïtiens tous leurs droits citoyens. Il rédigea et appliqua lui-même une constitution qui bannissait le mécanisme de l’alternance de la présidence. La constitution de 1964 qu’il imposa à la population craintive faisait de lui le nouvel empereur d’Haïti, avec le droit de nommer son successeur. Lorsque le dictateur, miné par la maladie, est décédé en 1971, c’était pour ainsi dire: « Le roi est mort…Vive le roi! »
Jean-Claude Duvalier, à l’âge de 19 ans, s’est retrouvé sans expérience politique, à moitié débile, à la tête du pays de Dessalines. Aidé de quelques criminels (Luc Désir, Albert Pierre alias Ti Boule, Luckner Cambronne…) qui étaient déjà à la solde de son père, il a dirigé les Haïtiens lui aussi d’une main de fer.

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Un rituel est en gestation. José Exélis accueil son public dans le hall. Un musicien l’accompagne. Le metteur en scène cadre la lecture puis entraîne son auditoire dans le méandre des couloirs de la bâtisse. Sur le chemin un fil conducteur parsemé de feuilles mortes et de bougies mène vers la salle attenante à la terrasse ou doit se dérouler la lecture mise en espace. Dans la semi-pénombre sur fauteuils et tabourets, six personnages, deux femmes et quatre hommes attendent immobiles, figés en un temps d’un autre temps. Devant les musiciens en fond de scène et face aux autres comédiens, trône, imposante, une momie, le haut du corps et le visage couverts d’une longue écharpe, blanche et sang. A la fermeture des portes, le voile sera défait, comme un retour vers le passé pour tenter d’éclairer le chemin d’un présent qui bégaie dans la souffrance et la douleur.