Étiquette : colonialisme

Réparations : Le nouveau chapitre vers la dignité globale

-— Par Rodolf Étienne —

Pendant une grande partie du XXe siècle, la revendication centrale des peuples colonisés fut l’indépendance.

Mais les indépendances ont-elles réglé les comptes de la colonisation ? 

Soixante ou soixante-dix ans plus tard, voilà qu’une autre question prend une place croissante : après avoir obtenu le droit d’être libres, que faire des conséquences économiques, humaines, culturelles et patrimoniales de plusieurs siècles d’esclavage et de domination coloniale ?

C’est sous cet angle que la 3ème Conférence régionale de la CARICOM sur les réparations, organisée à la Barbade du 17 au 19 septembre 2026, prend une dimension qui dépasse largement Bridgetown. 

Réunis autour du thème Reparatory Justice as the Coming Enlightenment, responsables politiques, chercheurs, juristes, militants et représentants du monde africain et de ses diasporas ont travaillé à la mise en œuvre du Plan en 10 points révisé de la CARICOM pour la justice réparatrice.

La rencontre intervenait après l’adoption, le 25 mars 2026, de la résolution A/RES/80/250 des Nations unies sur la traite et l’asservissement racial des Africains. La CARICOM présente donc explicitement cette conférence comme le passage de la résolution à l’action.  Lire Plus

« Victoire Magloire dit Waro »

À la guerre comme à la guerre

— Par Selim Lander —

On assiste toujours avec curiosité à un spectacle venu de la lointaine Réunion (deux océans à franchir, soit au bas mot une vingtaine d’heures d’avions, sans compter l’escale évidemment) parce que, en l’occurrence, les similitudes superficielles (le passé colonial et l’actuelle dépendance, l’usage du créole) n’empêchent pas une différence culturelle forte avec nos Antilles, laquelle se remarque, au théâtre, aussi bien dans les thèmes retenus que dans la manière dont ils sont abordés.

Contrairement aux Antillais, les Réunionnais ne sont pas mal (ou sont moins mal) dans la France. À preuve leur refus de toute consultation sur l’abandon éventuel du département et de la région au profit d’une collectivité unique. Impossible également de ne pas remarquer qu’ils sont moins obsédés que nous par le passé esclavagiste ou par l’inceste, sujets récurrents sous nos cieux.  Lire Plus

« Nègre je suis, nègre je resterai »

 — par Aimé Césaire —

 cesaire-10Lycéen.

 Je trouvais les hommes martiniquais légers, superficiels, un peu snobs, porteurs de tous les préjugés qu’avaient les hommes de couleur autrefois. Tout cela ne me plaisait pas du tout, et je dois dire que je suis parti pour la France avec délectation. En mon for intérieur, je me disais: «Ils me foutront la paix. Là-bas, je serai libre, je lirai ce que je voudrai.» Me rendre en France avant-guerre était pour moi la promesse d’une libération, une possibilité, un espoir d’épanouissement. Autrement dit, contrairement à beaucoup de camarades de ma génération, j’avais constamment le sentiment que je vivais dans un monde fermé, étroit, un monde colonial. C’était mon sentiment premier. Je n’aimais pas cette Martinique. Et quand j’ai pu partir, ce fut avec plaisir. «Adieu!», pensais-je.

 

Senghor.

 Au lycée Louis-le-Grand, Senghor et moi, nous discutions éperdument de l’Afrique, des Antilles, du colonialisme, des civilisations. Il adorait parler des civilisations latine et grecque. Il était fort bon helléniste. Autrement dit, on s’est formé ensemble, au fur à mesure, jusqu’au jour où nous nous sommes posé une première question essentielle: «Qui suis-je?  Lire Plus