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Le ciel de la philosophie, le sel de la poésie

 

— Par Nicolas Dutent —

Que pense le poème ? d’Alain Badiou. Nous, 192 pages, 20 euros

« La Cité dont nous venons d’établir le principe est la meilleure, grâce aux mesures prises à l’encontre de la poésie ». La citation est glaçante, comme un son perçant dans la nuit. Ce coup porté à la poésie, entendue comme mimèsis,​ ne vient pas de nulle part. Il est asséné par le premier philosophe, Platon, du côté d’Athènes, à l’époque classique. C’est à partir de ces prémisses, de cette méfiance lointaine qui ressemble désormais à un contentieux, que le philosophe Alain Badiou invite rapidement le lecteur à se frotter à sa problématique : Que pense le poème ? Il fallait un amoureux de la poésie et un philosophe savants pour démêler un tel nœud philosophique.

Voilà pour le décor. Mais quel paysage avons-nous sous les yeux ? Si la poésie compte encore des alliés, force est de constater que « le décompte culturel est oublieux du poème. C’est que la poésie supporte mal qu’on exige d’elle la clarté, l’audience passive, le message simple.

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La crise : vraie et fausse contradiction du monde contemporain

— Par Alain Badiou, philosophe —

occupy_everythingLe capitalisme est en pleine expansion mondiale, il se porte à merveille. Les crises et les guerres font partie de son mode propre de développement.

La modernité est d’abord une réalité négative. C’est, en effet, la sortie de la tradition. C’est la fin du vieux monde des castes, des noblesses, de l’obligation religieuse, des initiations de la jeunesse, des mythologies locales, de la soumission des femmes, du pouvoir absolu du père sur les fils, de la séparation officielle entre le petit nombre des puissants et la masse méprisée et laborieuse. Rien ne pourra revenir sur ce mouvement, amorcé sans doute en Occident dès la Renaissance, consolidé par les Lumières au XVIIIe siècle, matérialisé depuis par l’essor inouï des techniques de production et le perfectionnement incessant des moyens de calcul, de circulation, de communication.

Le point peut-être le plus frappant est que cette sortie du monde de la tradition, cette véritable tornade sur l’humanité, qui, en à peine trois siècles, a balayé des formes d’organisation qui duraient depuis des millénaires, crée une crise subjective dont nous percevons les causes et l’étendue, et dont un des aspects les plus voyants est l’extrême et grandissante difficulté, pour la jeunesse en particulier, de se situer dans le nouveau monde.

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Le pari du réel pour sortir de l’ordre établi

— Par Aliocha Wald Lasowski, philosophe —

badiou_platonÀ la recherche du réel perdu, éditions Fayard, 80 pages, 12 euros.
Métaphysique du bonheur réel, éditions PUF, 96 pages, 12 euros.
Entretien platonicien, éditions Lignes, 80 pages, 14 euros.

 

Le renoncement au réel est-il définitif ? Dans trois ouvrages, le philosophe Alain Badiou en appelle à interroger notre société contemporaine pour redécouvrir la pensée vive et joyeuse.

Il y a dix ans, dans le Siècle (Le Seuil, 2005), le philosophe Alain Badiou posait un double regard sur le XXe siècle : d’un côté, les violences et atrocités ont plongé le monde dans la guerre et la barbarie, conduisant à ce qu’il appelle « l’horreur du réel » ; de l’autre, certaines figures exemplaires, comme les artistes des années 1920-1930 (le poète Mandelstam, le peintre Malevitch, le musicien Webern…), loin de l’utopie imaginaire ou de l’idéologie destructrice, ont incarné un élan enthousiaste et positif, énergie créatrice que Badiou nomme « la passion du réel ». Mêlant projet esthétique et expérimentation politique, la passion du réel des avant-gardes a rapidement laissé place, dès les années 1950, à une forme d’abandon et de désespoir.

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Le rouge et le tricolore

— Par Alain Badiou (Philosophe, dramaturge et écrivain) —

drapeau_rouge_tricoAujourd’hui, le monde est investi en totalité par la figure du capitalisme global, soumis à l’oligarchie internationale qui le régente, et asservi à l’abstraction monétaire comme seule figure reconnue de l’universalité.

Dans ce contexte désespérant s’est montée une sorte de pièce historique en trompe-l’œil. Sur la trame générale de « l’Occident », patrie du capitalisme dominant et civilisé, contre « l’islamisme », référent du terrorisme sanguinaire, apparaissent, d’un côté, des bandes armées meurtrières ou des individus surarmés, brandissant pour se faire obéir le cadavre de quelque Dieu ; de l’autre, au nom des droits de l’homme et de la démocratie, des expéditions militaires internationales sauvages, détruisant des Etats entiers (Yougoslavie, Irak, Libye, Afghanistan, Soudan, Congo, Mali, Centrafrique…) et faisant des milliers de victimes, sans parvenir à rien qu’à négocier avec les bandits les plus corruptibles une paix précaire autour des puits, des mines, des ressources vivrières et des enclaves où prospèrent les grandes compagnies.

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