Pourquoi Victor Schœlcher voterait-il aujourd’hui pour l’indépendance de la Martinique ?

— Par Jean-Marie Nol, économiste —

Les vieilles lunes historique,et les références idéologiques, c’est terminé et nous nous devons de passer à de nouveaux paradigmes au lieu de nous appesantir sur notre mal être identitaire. Au-delà des péripéties et des aléas de l’histoire, il est passionnant de chercher à dégager ce qui fonde l’engagement personnel de Victor Schœlcher et de voir comment les principes d’une conscience hors du commun trouvent un écho de nos jours.

« Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir. » (Jean Jaurès).

Il est temps de cesser de décrier l’œuvre de Schœlcher et de restituer son action abolitionniste dans le contexte de l’époque. De même qu’il devient impératif de casser ce processus de schizophrénie dans les esprits de certains martiniquais de toute origine.

Indépendance ou autonomie ? Le temps viendra du choix , mais selon nous Victor Schœlcherr aurait aujourd’hui fait le choix de l’indépendance de la Martinique !

Au-delà de sa méfiance pour ce qu’il appelle les « ruades du peuple », Victor Schœlcher aurait ainsi considérer la départementalisation , qu’il soutiendrait encore, comme une étape transitoire. L’idée de souveraineté procèderait chez lui d’une soif absolue de liberté .

Ainsi, Victor Schœlcher s’il était encore présent de nos jours, ne croirait pas aux vertus de l’autonomie prônée par certains pour sortir le pays Martinique de l’ornière et de l’impasse idéologique . L’autonomie, c’est une idée vieille d’environ 70 ans et qui n’a toujours pas imprégnée les masses et ce en dépit de l’aura de aimé Césaire . Posons nous la question du pourquoi ? Depuis les années 50/60 , nous avons assisté au bal des hypocrites appelant sans cesse à plus de responsabilités locales, mais dans le même temps sollicitant plus d’aides sociales et de transferts publics. Depuis cette période jusqu’à nos jours, les élus de la Martinique et de la Guadeloupe ont constamment appelé le pouvoir central au secours. Cette logique que l’on a inscrit dans notre inconscient nous infantilise et contribue à renforcer l’aliénation et l’assistanat ambiant en Martinique et Guadeloupe .
Le temps du choix va s’imposer à nous, et il serait souhaitable que la transition se fasse de la départementalisation à la souveraineté et ce sans étapes intermédiaires dirait Victor Schœlcher.
Aujourd’hui, c’est l’heure du déconfinement mental pour le peuple Martiniquais , car nous devons prouver que nous sommes capables de prendre en main notre destin et que les orientations hors sol venu de Paris ne sont là que pour nous rabaisser au rang de citoyens lobotomisés et incapables . Il est de la responsabilité d’une génération montante de déconfiner les esprits pour libérer l’énergie créatrice du peuple Martiniquais .
Victor Hugo nous a laissé dans « choses vues » une citation de circonstance
« Un petit peuple libre est plus grand qu’un grand peuple esclave »
Victor Schœlcher n’aurait pas dit autre chose. L’activité intellectuelle de Schoelcher – qui fusionna rapidement avec son activité pratique d’abolitionniste de l’esclavage et qui devait se perpétuer jusqu’à la fin de sa vie – partit de la nécessité de l’émancipation humaine. Elle était, en ce sens, un produit des idées de liberté qui firent irruption sous les formes les plus diverses en Europe et en Amérique depuis la Réforme à travers la Révolution française et ses héritiers.

Quelles sont les propositions possibles à moyen-long terme que Schœlcher aurait envisagé pour l’accession à la pleine responsabilité de la Martinique ?

Ainsi, selon Victor Schœlcher, qui fut député de la Guadeloupe et la Martinique, s’il était présent à notre époque, l’on peut supputer ardemment que la Martinique et la Guadeloupe adhèrent directement à l’UE comme le 27ème état de l’union européenne en cas d’indépendance négociée avec la France , mais cette demande entraînerait au préalable la création d’une Confédération de deux états unifiés : la Guadeloupe et la Martinique. Cette Confédération prendrait le nom de Madikera et serait un membre à part entière de l’union européenne avec l’ aval de la France. Pour ce faire, il faut nécessairement définir les enjeux d’un nationalisme original, car social-démocrate et pro-européen.
A l’heure d’un bouleversement géopolitique qui privilégie maintenant unilatéralisme, au détriment du multilatéralisme, quelles peuvent être les tenants et aboutissants de l’érection d’un nouveau pays Madikera à terme de 10 ans .
Aujourd’hui, la déclinaison politique de principe des idées de Victor Schœlcher concernant l’avenir de la Martinique et la Guadeloupe pourrait se déclamer en les termes suivants : La situation économique de la Guadeloupe et la Martinique est compliquée, la fracture sociale étant bien plus grande qu’en France . La dépression est toujours là de manière latente avec la crise du coronavirus , le pays vit au-dessus de ses moyens, l’activité est atone et les entreprises ne peuvent plus investir et accroître leur productivité . Par contre, les détenteurs de rente sont toujours bien introduits auprès du pouvoir politique pour protéger leurs privilèges.
Aujourd’hui, la question centrale est : comment être compétitif pour approvisionner le pays en tout ce qu’il achète et consomme à crédit ? Et Dieu sait si nous achetons beaucoup de choses au reste du monde….
Pourtant, ce qu’il faut faire pour sortir la Guadeloupe et la Martinique du marasme est connu. D’un côté, réviser de façon drastique les aides sociales pour rendre le secteur du travail au sens large plus vertueux, plus alerte et plus productif , de l’autre s’attaquer aux rentes de situation qui paralysent l’esprit d’entreprise, la concurrence, l’innovation et qui dégradent la compétitivité interne et externe.
Le « que faire » ? a une réponse connue à court-moyen terme. C’est tourner le dos à toute forme de conservatisme politique et social hérité de 50 ans de départementalisation ou de protectionnisme économique ( refonte de l’octroi de mer qui est un reliquat de la période colonial et dont l’objectif de protéger la production locale et de financer les collectivités locales a atteint ses limites ). Encourager l’esprit d’entreprise et la création de richesses dans des secteurs ciblés d’activité économiques et non privilégier le saupoudrage des aides à des secteurs en déclin comme la banane ,la canne ( hormis l’aspect cultural à vocation purement énergétique comme l’usine bagasse- charbon ) et l’hôtellerie de bas de gamme ; attirer les investisseurs extérieurs notamment dans le secteur touristique sur le créneau des gites de haut de gamme et inciter à l’investissement de nos entrepreneurs locaux dans l’agro-alimentaire à forte valeur ajoutée ; alléger le secteur public pour le rendre efficace en supprimant les 40% à terme, mais dans un premier temps en les modulant afin de supprimer l’effet boule de neige sur le secteur privé et ainsi réduire le coût des produits exportables vers l’Europe et réorienter les importations à partir du continent Nord et Sud Américain afin de baisser le coût des produits importés . De plus , il convient de revisiter totalement la politique de coopération vers la Caraïbe qui s’avère être à notre sens une chimère essentiellement d’ordre humanitaire telle que pratiquée actuellement à notre exclusif désavantage , aller plus loin dans la formation des hommes ( numérique ) et tendre vers une plus haute efficience du capital humain en favorisant la mobilité des jeunes à l’étranger notamment vers le CANADA ; favoriser la relation sociale par une réforme radicale du syndicalisme, couper l’appel d’air à l’immigration , car ces émigrés au nombre d’environ 100 000 personnes dans les deux îles Antillaise occupent de plus en plus des emplois qui peuvent être proposés à une jeunesse en perdition et qui a perdu tout sens de la valeur travail.
Cela suppose une action continue autour d’une seule idée : favoriser le désendettement, l’excellence et la réussite qu’elle soit économique, sociale, scolaire, scientifique ou artistique et non le nivellement actuel par le bas …. La France peut être prête au dialogue sur l’évolution des institutions, mais à condition de ne pas la brusquer, alors faisons preuve de patience et de tempérance. Ayons toujours en mémoire que la départementalisation a joué son rôle, dans un sens plus positif que négatif, mais peu importe, car là n’est plus la question. Aujourd’hui, c’est une allégorie que je conte à l’usage exclusif de certains de nos compatriotes Antillais, mais cela étant, au delà de la fiction du présent récit , je considère que Victor Schœlcherr aurait été prêt à affronter de nouveaux enjeux historiques et ce dans un partenariat de respect mutuel entre la France et les Antilles.

Apwé ou bwè adan on ma, fô pa ou kaka adan-y.
(Après avoir bu dans une mare, fait pas caca dedans)

Il ne faut pas cracher dans la soupe.

Jean-Marie Nol, économiste.