Mission Bern : « Un rendez-vous incontournable pour tous les amoureux du patrimoine »

Le Loto du patrimoine fait des heureux en  Martinique : le projet des propriétaires de la Villa Didier, à Fort-de-France, a été retenu auprès de dix-sept autres, proposés par toutes les régions de France. « Avec le soutien financier de la Mission Bern, la Villa Didier signe son acte de renaissance ! » (France Antilles)

À l’occasion de cette quatrième campagne de restauration de la Mission Patrimoine, Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la Culture, se réjouit du succès de l’entreprise : « Je suis particulièrement fière des dix-huit sites emblématiques que nous avons sélectionnés avec Stéphane Bern et les équipes de la Fondation du patrimoine : ils reflètent bien la diversité du patrimoine français – on y trouve des édifices religieux comme des bâtiments civils, agricoles, industriels ou militaires, en passant par des maisons de personnalités célèbres, mais aussi quelques châteaux… L’originalité de la démarche du Loto du patrimoine est qu’elle part du terrain. Ce sont les habitants eux-mêmes qui proposent des projets de sauvetage d’un monument de leur environnement. Cette action a déjà permis de sauver des centaines de trésors en péril, souvent non classés ou inscrits aux monuments historiques et ne pouvant légalement, de ce fait, bénéficier d’une aide directe de l’État pour leur restauration. Le Loto du patrimoine est complémentaire de la politique très ambitieuse directement pilotée par le Ministère de la Culture… Jamais les pouvoirs publics n’avaient autant investi dans le patrimoine. En cette période de crise, nous avons plus que jamais besoin de nous retrouver autour de ces témoignages de notre passé commun, qui continuent à nous faire vivre, à donner du sens… »

Au 17, rue Martin Luther King à Fort-de-France, la Villa Didier a eu son heure de gloire… Victime des outrages du temps, elle va pouvoir, grâce à la Mission 2021, retrouver son faste et sa beauté d’antan ! Bien que les intempéries, le passage des années et l’insuffisance de l’entretien aient cruellement fait souffrir la maison, ses actuels propriétaires ne se sont pas découragés, et le sérieux de leur projet a retenu toute l’attention de Stéphane Bern, comme de son équipe de bénévoles.

La Villa Didier : L’intérêt patrimonial

Cette villa est une des réalisations emblématiques de l’architecture moderniste en Martinique (1927-1968), période d’invention d’un usage différent du béton armé, et qui a marqué une rupture dans le paysage architectural existant. Dans les années 1930, la production est stimulée par la commande publique : Lycée Schoelcher, Hôpital Clarac, Observatoire volcanologique du Morne des Cadets, etc. On assiste également à la construction de nombreux immeubles privés. Édifiée en 1935 par Louis Caillat – l’un des principaux architectes de l’île­ – pour l’industriel Marcel Didier, la Villa Didier est l’un des bâtiments les plus intéressants de cette nouvelle architecture. Louis Caillat réalise, pour cette grande maison familiale, une composition symétrique autour d’une entrée, mise en scène par un escalier monumental et un porche à auvent audacieux, et surmontée d’une rotonde à l’étage. Les fenêtres en plein-cintre de la façade sur rue sont ornées de clés en forme de consoles “Art-Déco”, tandis que la ferronnerie de la porte est décorée de motifs géométriques reprenant les lignes droites et courbes adoptées pour l’ensemble de l’édifice.

Louis Caillat est l’architecte qui émerge dans cette production moderniste réalisée en Martinique tout au long du XXe siècle. Il est le témoin essentiel de cette aventure architecturale, qui invente l’usage noble et poétique du béton armé. Son étonnant parcours de vie lui fait acheter un cirque, construire des prototypes pour l’armée, croiser Le Corbusier et Georges Candilis. Authentique humaniste, ce “funambule futuriste” était pourtant un homme discret. ( Louis Caillat “Itinéraire d’un homme libre” : La DAC Martinique a collaboré à l’édition de cette monographie sur l’architecte, présentée dans la collection « Parcours du patrimoine », n°393.)

Le projet de valorisation

Après avoir appartenu à la famille Didier durant plusieurs décennies, la villa a été acquise en 2017 par un couple de jeunes Martiniquais. Elle est composée de cinq unités de vie indépendantes, mais c’est la partie centrale qui est devenue la résidence principale de ses propriétaires, tandis que les quatre autres appartements seront destinés à devenir une maison d’hôtes ou un gîte. Et aussi, de manière privilégiée, destinés à accueillir des artistes en résidence sur l’île. Une documentation sur l’architecture moderniste en Martinique sera remise aux hôtes, constituée grâce au recensement de l’ensemble du patrimoine bâti existant ou disparu de ce courant architectural, réalisé par l’Association pour la Défense et la Promotion de l’Architecture moderniste en Martinique.

L’état de péril

L’édifice a considérablement souffert des assauts du temps et du climat. L’absence d’étanchéité est la cause principale de sa forte détérioration, avec un réseau d’évacuation des eaux pluviales dégradé entraînant une stagnation préjudiciable de l’eau en divers points du bâtiment (dalles des toits-terrasses et des terrasses extérieures devenues poreuses, pied du bâtiment, etc.) et une disparition totale par endroits de la peinture des façades. Cela, combiné à une importante pluviométrie tropicale, a conduit à la corrosion des aciers et à l’éclatement des bétons. Des chutes de matériaux en ont résulté, rendant l’habitat dangereux pour les occupants.

Les désordres touchent également les menuiseries, qui ont souffert de la pluie autant que des termites. Les réseaux d’électricité, d’eau et d’assainissement défectueux, vétustes et hors normes sont à reprendre en intégralité. Les sols intérieurs en carreaux de ciment ou granito, descellés ou cassés par endroits, sont à restaurer.

Les autres sites retenus en Outre-mer par la Mission Stéphane Bern 

En Guyane : le Musée Alexandre-Franconie, à Cayenne.

L’immeuble fut bâti entre 1824 et 1842 par la famille Franconie. Par ses collections diverses, le musée reconstitue aujourd’hui un microcosme, un concentré de Guyane… Il comporte en outre une bibliothèque.

À La Réunion : l’ancien Pénitencier pour enfants de l’Îlet à Guillaume.

C’est un site exceptionnel, particulièrement émouvant, sur un îlet de 5 ha, entre deux profondes ravines, envahi par la végétation tropicale et accessible uniquement à pied. Il conserve les vestiges d’une colonie pénitentiaire agricole, administrée par la Congrégation du Saint-Esprit de 1864 à 1879, et qui a accueilli jusqu’à 180 enfants.

À Marie-Galante : le Moulin à vent de la Sucrerie Roussel-Trianon.

Construite sur l’emplacement de l’habitation sucrière Trianon (1669), aujourd’hui propriété du Conseil Général de Guadeloupe, la sucrerie Roussel-Trianon est fondée à la fin du XVIIIe siècle sous l’impulsion de son dernier propriétaire… Avant l’abolition, les sucreries utilisaient essentiellement les énergies naturelles, moulin à bêtes et moulins à vent. Ce site a vu, dès 1800, à une époque prospère, son moulin à bêtes remplacé, pour le broyage de la canne à sucre, par un moulin à vent… Le lieu se caractérise par son ancienne écurie, en très bon état, et par la cheminée de l’ancienne sucrerie, répertoriée aux monuments historiques.

En Guadeloupe : la Cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul de Pointe-à-Pitre.

Il s’agit là du plus grand édifice religieux de Pointe-à-Pitre. Construite en 1807, l’église – dénommée couramment “cathédrale”, bien qu’elle n’ait jamais été consacrée – fut victime du tremblement de terre de 1843, puis rebâtie en 1867. Petit à petit, son ancienne structure bois a été remplacée par une ossature métallique plus résistante, réalisée dans les ateliers Eiffel. C’est grâce à cela que l’édifice a pu résister aux nombreux cyclones et tremblements de terre qui ont ravagé la ville à plusieurs reprises. Sa façade néo-classique, dessinée par l’architecte Petit, arbore ses deux Saints Patrons, Saint Pierre et Saint Paul, entourés par les quatre Évangélistes.

Pour chacun de ces sites sélectionnés, les travaux seront financés, pour le tout ou pour partie.

Pour découvrir les 18 projets sélectionnés : le site officiel

Faire le point en 2021

Dans le journal Le point/Culture du 5 mars, Stéphane Bern nous apprend que 270 sites sur les 509 sélectionnés en trois ans sont d’ores et déjà sauvés, alors que beaucoup d’autres sont en cours de sauvetage. Par ailleurs, il exprime quelques regrets : « Il y a quelques ralentissements dans les Outre-mer… J’aimerais par exemple que la maison d’Aimé Césaire soit déjà restaurée, or les travaux n’ont toujours pas commencé… Avec la Fondation du Patrimoine, nous suivons absolument tous les dossiers un par un. L’argent n’est d’ailleurs distribué qu’une fois les travaux réalisés… »

Fort-de-France, le 5 avril 2021

Janine Bailly, d’après FranceInfo et les différents sites gouvernementaux.