Mémorial ACTe, le plus ambitieux lieu de mémoire jamais dédié à l’esclavage

memorial_acteVisite en avant-première du plus ambitieux lieu de mémoire jamais dédié à l’esclavage.Un équipement culturel sans précédent aux Antilles.

Le site abrita, plus d’un siècle durant, l’usine sucrière Darboussier, fermée en 1980 puis démolie, à l’exception de sa seule annexe administrative, une bâtisse jaunie de style colonial, où furent réglées les payes de générations d’ouvriers locaux. Connu de tous les Antillais pour avoir englouti des quantités de tiges de canne à sucre en plein centre de Pointe-à-Pitre, à deux pas de la préfecture, ce phare industriel de l’île de la Guadeloupe cède aujourd’hui sa place à un imposant bâtiment moderniste tout juste sorti de terre, long de 240 m et fort de 7.124 m², dont 2.500 m2 dédiés aux expositions mémorielles et artistiques. Le “centre Beaubourg” de l’île? La formule circule.

Il s’agit du flambant Mémorial ACTe, le centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage*, projet porté par la Région Guadeloupe tout au long des années 2000. Érigée en bord de mer à la façon d’un navire, sa façade altière, toute minérale, rappelle celle du récent MuCem, à Marseille (musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée). Elle donne à voir des entrelacs d’acier argenté, recouvrant un granit noir serti d’éclats de quartz. “Et regardez bien : ils scintillent sous l’effet du soleil mais aussi la nuit”, s’enthousiasme l’architecte Pascal Berthelot, mandataire passionné de cet ouvrage sans précédent aux Antilles, pensé “en termes de noblesse, d’âme et de résonance, en hommage aux millions d’ancêtres victimes de la traite négrière”.

Connaissance, échange, recueillement

Il l’admet volontiers, à défaut de prétendre à l’appellation de musée, contraignante en termes de fonctionnement, ce mémorial ne lésine pas sur les symboles. “Oui, il y a beaucoup de métaphores et d’images. Une chose est sûre, nous avons évité l’effet place d’Armes, si courant aux Caraïbes. Ici, on ne réunit pas des soldats mais des citoyens autour de la connaissance et du passé.” Au cœur de l’édifice, Berthelot a lui-même signé une sculpture en forme de “poto mitan”, un poteau d’acier monumental faisant écho au vaudou antillais, nommé arbre de vie…

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