Liberté de la presse en Martinique Lise vs Césaire

par Roland Sabra



« La presse est-elle libre en Martinique ? » Telle était la question débattue au Club presse Martinique le 04/05/10 à Fort-de-France. Il s’agit là d’une fausse question, une question de journaliste, une question que l’on pose à un homme politique que l’on ne veut pas mettre dans l’embarras, une question forcément consensuelle : OUI, bien sûr la presse est libre en Martinique. La vraie question serait : « Que font les journalistes de la liberté de la presse en Martinique? » Et là la réponse est loin d’être évidente! Quelques faits de l’actualité récente suscitent des interrogations sur cet usage de la liberté. Par exemple, on peut légitimement se demander pourquoi faut-il que ce soit un non-journaliste qui pose la question qui fait exploser en plein vol Alfred Marie-Jeanne (AMJ), au dessus du Lycée Schoelcher? Pourquoi faut-il qu’un journaliste de RFO invente de toute pièce, le mensonge de la soi-disant appartenance de ce citoyen questionneur au PPM pour « excuser » le comportement d’AMJ? Il ne s’agit plus d’information mais de désinformation. Gageons que la hiérarchie à sanctionné ce manquement à l’éthique (?) Toujours à propos d’AMJ, pourquoi faut-il que ce soit le « Canard Enchaîné qui publie en premier l’affaire de « prise illégale d’intérêts » au sujet de la construction d’une école à la Dominique, pour que la presse martiniquaise accepte d’en faire état? Et si le « Canard » n’avait rien dit?

Autre registre. Pourquoi dans le domaine culturel , la presse martiniquaise se contente-t-elle de n’être que le relais, le prolongement des services de communication des producteurs de spectacles, sans aucun regard critique? Pourquoi n’y-a-t-il pas de critiques culturelles dans la presse martiniquaise? Pourquoi enfin cette attitude déférente, révérencieuse à l’égard du pouvoir? Pour illustrer ce questionnement intéressons-nous à l’affaire Césaire/Lise à propos de la scène nationale de Martinique, le CMAC de Fort-de-France.

Claude Lise à mis fin aux fonctions de Manuel Césaire, administrateur de la structure, le 30 avril 2010. La veille la décision avait été communiquée à l’intéressé, au retour d’une mission hors du département, alors qu’un appel à candidatures avait été déposé au centre de gestion depuis le 13 mars 2010. On appréciera l’élégance de Claude Lise! Qu’est-ce qui peut justifier une telle décision et une telle manière de faire? Voilà une question de journaliste que seul Adams Kwateh dans France-Antilles du 03/05/10 a posé et à laquelle il a esquissé un début de réponse.


Manuel Césaire est victime du procédé et des conditions qui lui ont permis d’accéder à ces responsabilités. Parmi les candidats de l’époque il y avait entre autres, un ancien directeur du Festival d’Avignon, une pointure comme on dit. Il fut éliminer au motif inavoué qu’il n’était pas assez martiniquais! Trop blanc peut-être? Fût aussi éliminer la candidature de José Pliya, pour le même motif inavoué! Trop africain, trop noir peut-être? Il est aujourd’hui Directeur de la scène nationale de Guadeloupe. Les pharisiens diront que l’élimination de ces candidats n’avait aucun lien avec leur origine. Un compromis fût trouvé en la personne de Manuel Césaire. Ses atouts? D’abord son patronyme. Un Manuel pour succéder à un Jean Paul et une Michèle au théâtre de Foyal, la culture reste une affaire de famille. Pour Claude Lise aussi on va le constater.

Manuel Césaire, outre son nom possède de solides connaissances dans le domaine de la musique qui viennent étayer une vraie passion. Si l’on ajoute chez lui une ouverture d’esprit, un sens du dialogue des cultures placées d’emblée sur un pied d’égalité, un souci d’échange entre l’ « ici » et l’ « ailleurs », le choix tenait la route. À ceci près que les artistes, et il en est un, ont, de structure, un rapport compliqué, difficile avec les règles administratives. C’est parce qu’il ont ce désir de faire bouger, de bousculer les règles de l’art, les canons institués qu’ils font acte de création, œuvre d’art. L’adage des psychosociologues est bien connu et souvent vérifié : «  Les organisateurs-obsessionnels sont les mieux à même de de gérer ce que les artistes-hystériques ont créé ». Ce n’est donc pas dans le domaine de la gestion que Manuel Césaire sera le pus brillant. Peu importe son sort est déjà scellé! Le conflit prendra la forme d’une confrontation entre deux projets de fusion des structures du CMAC et de l’ATRIUM . Pour faire simple, le projet de Claude Lise, un Établissement Public Administratif (EPA) confortait et renforçait la tutelle politique du Conseil Général sur le nouvel ensemble. Le projet de Manuel Césaire, un Établissement Public à Caractère industriel et Commercial, ( EPIC) privilégiait l’autonomie et l’indépendance de la culture vis à vis du pouvoir politique. Beau sujet d’investigation journalistique que les relations entre pouvoir et culture! Claude Lise a eu le dernier mot. Il lui fallait trouver une forme présentable d ‘éviction de Manuel Césaire et d’abord l’affaiblir. Claude Lise avait dans la place une alliée de poids : sa propre fille! Elle soutiendra, si ce n’est initiera, un mouvement de grève à la mi- avril 2010. Mouvement social atypique, puisque la grève minoritaire, 7 grévistes comptés sur 33 soit moins de 20% des effectifs, va obtenir en quelques heures ce que d’autres revendiquent depuis des années. Miracle des relations, le Conseil Général dépêchera immédiatement la Dir-Cab, Frédérique Fanon avec mission de donner satisfaction immédiate aux grévistes : augmentation de salaire de 150 Euros par mois. Les grévistes d’ECOMAX doivent en baver d’envie. Peut-être y avait-il là encore matière à investigation journalistique. Comme le reconnaitra Claude Lise ce n’est pas la qualité de la programmation de Manuel Césaire qui était en cause. Pris dans un étau entre le père et la fille, Manuel Césaire n’avait aucune chance, sa non demande de reconduction de son mandat n’est donc qu’une élégance offerte à des gens qui en manquent.

Ténébreuse affaire dira le lecteur. Mais les ténèbres disparaîtraient si la rumeur non vérifiée par essence, qui court sur les blogs étaient infirmée ou confirmée : la fille de Claude Lise serait intéressée par la place de Manuel Césaire. Ce n’est certes pas aux journalistes de vérifier le bien fondé des rumeurs et les cancans, ce n’est pas leur boulot, dieu merci, rappelons toutefois que les rumeurs naissent principalement du manque d’information.

Roland Sabra, le, 06-05-10

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Claude lise veut-il tuer la liberté d’expression?

Claude Lise en compagnie de Claude Cayol.

   Madinin’art apprend que Claude Lise fait diligenter un huissier de justice pour “sommation interpellative” à  propos d’un article publié dans ces colonnes sur la liberté de la presse en Martinique et intitulé  ” Lise vs Césaire“.  Rappelons qu’une sommation interpellative consiste à faire poser une question par huissier, celui-ci notera la réponse et en fera un procès-verbal qui sera utilisable devant un tribunal! L’article s’interrogeait sur le rôle des journalistes, sur leur liberté, sur l’usage qu’ils en faisaient, sur leur capacité d’investigation et s’appuyait sur un exemple, la démission de Manuel Césaire de ses fonctions à la tête de l’Atrium. Il faisait aussi état de rumeurs insistantes, de “cancans” disait-il qui accompagnaient cette démission et il se terminait en suggérant à la presse de faire un travail d’enquête. Le 04 mai France-Antilles avait déjà publié un article sur le climat dans lequel était intervenue la démission de Manuel Césaire. Le 07 mai KMT dans l’émission “Dialogue avec la presse” Nathalie Jos, Roland Laouchez, Gabriel Gallion, Jean-Luc Medouze et Camille Chauvet, avaient évoqué l’affaire, rappelant le contenu de la rumeur, la précisant et situant son origine plusieurs années en arrière. Les blogueurs entre temps, lui avaient donné corps avec moins de pudeur.

On ne peut que s’interroger sur le comportement de Claude Lise. Ferait-il deux poids deux mesures? Claude Lise préfèrerait-il s’en prendre à de simples citoyens soucieux d’informations et craindrait-il davantage les “vedettes” de la presse martiniquaise? Des pressions sur Madinin’Art seraient-elles plus faciles  à faire que sur des journalistes du crû bien installés?  Madinin’art serait-il trop, “mais trop”, mais trop quoi pour paraître plus attaquable pour Claude Lise?

Les lecteurs de Madinin’Art ne manqueront pas d’être informés des éventuelles suites données à ces tentatives, peu glorieuses d’intimidation.

R.S. le 20 mai 2010