Le procès de Bobigny

17 juillet à 19h Un Oeuf/ Maison des artistes, 17 rue Garnier Pagès Fort-de-France

— Association Culture et Egalité —

De François Luciani
Avec Anouk Grinberg, Sandrine Bonnaire, Juliette Lamboley
Genre Drame
Nationalité français
Synopsis:
Une évocation de l’affaire aujourd’hui connue sous le nom de “procès de Bobigny”. En 1972, une jeune fille mineure, Léa, décide d’avorter avec l’aide de sa mère, suite à un viol. Dénoncées, elles se retrouvent au cœur d’un procès qui devient politique, avec pour enjeux le statut de l’avortement en France et les injustices de la condition féminine. Pour les défendre, une avocate, Gisèle Halimi…

Il n’est pas rare que des procès fassent avancer le droit. Quelques-uns font même avancer la société. Le procès de Bobigny, à l’automne 1972, fut l’un d’eux : il marqua une étape essentielle dans la lutte des femmes pour le droit à l’avortement. Les débats autour de cette affaire, fortement médiatisés, cristallisèrent le moment où l’opinion bascula en faveur de l’avortement, ouvrant ainsi la voie à la loi Veil qui serait votée deux ans plus tard, en novembre 1974. En France, jusqu’à cette date, l’avortement tombait sous le coup de la loi de 1920 :le crime d’avortement était passible de la cour d’assises; de plus, la contraception étant assimilée à l’avortement, toute propagande anticonceptionnelle était interdite. Cette loi très dure, votée au lendemain de la Grande Guerre, alors qu’il était urgent de repeupler une France saignée à blanc par quatre ans de boucherie dans les tranchées, loin de s’assouplir avec les années, ne cessera au contraire d’être renforcée par les gouvernements suivants.

Ainsi, la loi de 1939, qui promulgue le Code de la famille, accentue la répression avec la création de sections spéciales de policiers chargées des contrevenants. En 1942, sous Vichy, l’avor-tement devient crime d’État. Pour l’exemple, une avorteuse est même condamnée à mort et guillotinée en 1943. Plus de quinze mille condamnations à des peines diverses sont prononcées jusqu’à la Libération – qui accorde le droit de vote aux femmes, mais leur dénie encore celui d’avorter.

Il faut attendre la loi Neuwirth, en 1967, pour que la contraception, enfin autorisée, sorte du champ répressif. L’avortement, en revanche, reste hors-la-loi : même si les tribunaux se montrent plus cléments dans les peines prononcées, les procès demeurent monnaie courante. Cette situation engendre de nombreux avortements clandestins, qui se terminent souvent en drames, faute de mesures d’asepsie suffisantes. Elle crée par ailleurs une forte inégalité entre les femmes qui ont les moyens de se faire avorter dans un pays étranger plus libéral (la Suisse, l’Angleterre…) et celles qui doivent s’en remettre aux avorteurs et avorteuses clandestins. Enfin, le maintien d’une législation vieille de plusieurs décennies, alors que les femmes prennent, à partir des années 1960, un poids croissant dans la société, devient anachronique. Lors de la création, en 1970, du Mouvement de libération des femmes (MLF), en pleine effervescence post-soixante-huitarde, ses fondatrices fixent, parmi leurs premiers objectifs, de se battre pour la légalisation de l’avortement.

Quelques mois plus tard, au printemps 1971, un grand coup est frappé avec la publication du « Manifeste des 343», par lequel trois cent quarante-trois femmes, pour la plupart célèbres (Catherine Deneuve, Agnès Varda, Françoise Sagan, Stéphane Audran, Marguerite Duras, Ariane Mnouchkine, Françoise Fabian…), déclarent avoir avorté. Le Monde et France Soir ayant préféré décliner la publication d’ tel brûlot, c’est finalement Le Nouvel Observateur qui l’accueille dans ses pages grâce, notamment, à l’activisme de Nicole Muchnik, une journaliste de l’hebdomadaire et à la complicité bienveillante de Jean Daniel le directeur de la rédaction. Soutenu par le MLF, le Manifeste a reçu l’appui, décisif, de Simone de Beauvoir. C’est d’ailleurs « Castor » (surnom qui lui vient de la proximité de son nom avec l’anglais beaver, signifiant “castor”) qui rédige la version finale du texte : «Un million de femmes se font avorter chaque année en France. […] Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre.» …
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