“L’Apprenti” de Daniel Keene, m.e.s. Laurent Crovella

— Par Michèle Bigot —

Festival d’Avignon off 2017, Présence Pasteur, 7 =>28 juillet

En 2012, Laurent Crovella avait déjà mis en scène la trilogie de D. Keene : « Entre aujourd’hui et demain », « Avis aux intéressés », et « La Visite », abordant la question de la filiation.La rencontre de sa troupe avec ce nouveau texte, « L’Apprenti » fut immédiate et décisive. La mise en scène fut précédée par des lectures publiques. Elle conservera quelque chose de ce moment de partage avec le public dans sa scénographie. En effet, les spectateurs sont distribués en cercle sur des rangs de chaises blanches qui dessinent un espace circulaire. L’image du cercle symbolise le partage de l’expérience avec le public mais aussi la révolution de la terre pendant une année et la clôture de l’histoire. Les acteurs joueront au centre du dispositif et quelquefois parmi les spectateurs (des chaises noires leur ont été réservées).

L’action se déroule, la majeure partie du temps, dans l’espace public, un café, un parc, au cinéma, dans une église. Le public est donc témoin potentiel des conversations entre acteurs. Il peut être client dans un bar, spectateur au cinéma, promeneur dans un parc.

L’histoire à laquelle il participe de façon si intime met en présence un jeune homme Julien et un homme d’âge mûr, Pascal. Elle commence en avril. De scène en scène, elle suivra le fil des saisons jusqu’à ce que l’année ait accompli sa révolution. Julien est à la recherche d’un père de substitution, Pascal est celui qu’il a élu, parmi nombre de candidats potentiels, à force de l’observer quand il vient au café. Mais Pascal n’a rien demandé. Il est plutôt hostile à cette entreprise de filiation. La conversation entre eux commence au sujet des mots croisés que Pascal fait régulièrement au café.

Progressivement, les deux personnages vont se rapprocher, et peu à peu le rapport entre eux va s’inverser. Pascal est de plus en plus ému par ce garçon qui représente si bien toutes les qualités et les travers de l’adolescence, ses foucades, ses révoltes, son franc-parler, sa sincérité, sa curiosité, sa joie de vivre et son besoin d’amour.

Dans cette seconde famille en formation, on va trouver tous les différends, tous les attachements et toutes les petites habitudes qui forgent une relation père-fils. Le fait que cette famille ait été choisie et non naturelle permet d’énoncer les vraies questions : qu’est-ce qu’un père ? Comment fait-on pour être un fils ? Récit de vie, querelles, questions-réponses alternent pour façonner le tissu de cette relation. Un très bel effet de bouclage clôture la pièce. Ce qui avait commencé comme une devinette de mots croisés se termine sur une vraie question : la définition du mot « apprenti » et celle du mot « père »

Michèle Bigot

Madinin’Art