L’alliance avec le Nommo au Pays Dogon (Mali)

Ce que disent les Dogons : «  Nous n’avons jamais été esclaves et nous n’avons mis personne en esclavage « 

Paysan berrichon, paysan chinois, paysan dogon : même pensée «  Pleuvra-t-il assez, pleuvra-t-il trop ? »

« L’eau est ce qui, dans le monde, est le plus proche de Dieu » ( Amadou Hampâté Bâ, écrivain malien)

Voilà un titre bien mystérieux ! Le Pays Dogon ? Une région du Mali, non loin de la frontière avec le Burkina-Fasso, constitué d’une gigantesque falaise en arc de cercle, longue de 200 km , au pied de laquelle vit le peuple des Dogons qui sont environ 500 000 aujourd’hui, répartis en une multitude de villages. Les Dogons sont aujourd’hui bien connus par les amateurs de l’art africain grâce à une grande exposition au Musée du quai Branly il y a quelques années. Mais plus lointainement, les Dogons ont fait parler d’eux depuis les années trente du siècle dernier à travers le livre de l’ethnologue Marcel Griaule «  Dieu d’eau, trente jours de conversation avec le vieux sage Ogotoméli ». Cette enquête et à proprement parler cette initiation à la spiritualité dogon s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui avec les nombreux travaux de l’école de Marcel Griaule comme si ce petit peuple s’était doté d’une spiritualité secrète dont la profondeur et la créativité fascinent tous ceux qui cherchent à la comprendre. Elle détermine un genre de vie, une conception des relations humaines, une psychologie, bref une culture très subtile et profonde.

Le Nommo ? C’est le dieu de l’eau dont parle Griaule, le second fils du dieu créateur Amma ( pour ce qui est du premier fils, il faudra lire le livre de Michel Pennetier!). Personnage central pour une population de la zone sahélienne où la saison des pluies ne durent que trois mois.

L’alliance avec le Nommo ? De quoi s’agit-il ?

Le livre de Michel Pennetier n’est ni un roman , ni un livre d’ethnologie ( bien qu’il y ait un long chapitre ethnologique, l’auteur fit trois années d’études ethnologiques sur la notion de croyance) mais l’histoire d’une expérience vécue au village de Endé en Pays dogon qui se lit comme un roman. Autrement dit , c’est un « roman vécu «  entre 2000 et 2010 avec des prolongements jusqu’à aujourd’hui . Un roman avec de multiples rebondissements.

L’auteur s’interroge au début du livre sur son désir de « l’Autre » au cours de sa vie. Juste après la guerre de 39-45, il choisit de devenir germaniste. Puis au Maroc, il fut coopérant et se passionna pour la civilisation musulmane et les Berbères. Son premier séjour au Pays Dogon en 1999 est l’aboutissement de ce désir. Désir de l’Autre, apparemment le plus lointain, en réalité si proche.

Au village de Endé, on lui parla du manque d’eau pour l’agriculture et on lui soumit l’idée de faire construire un grand barrage sur un cours d’eau temporaire. En cette région sahélienne, deux saisons alternent : 9 mois de saison sèche et 3 mois de saisons des pluies dont l’eau peut être retenue par un grand barrage Il ressentit cette proposition à lui adressée comme une « idée adéquate » ( comme dit Spinoza) pour la population et pour lui-même et il se lança dans le projet. Mais à la fin des travaux en 2005 le premier barrage fut emporté en début de saison des pluies par les eaux tumultueuses du cours d’eau qui naît d’une gigantesque cascade de la falaise  : il n’avait pas fait de sacrifice au Nommo, le fils de Dieu, sacrifié, dont le sang est l’eau ! Il se rattrapera 5 ans plus tard, lors de l’inauguration du second barrage. Ce sera «  l’alliance avec le Nommo » qui dure toujours. Le village est composé de quatre quartiers, l’un d’entre eux a une mémoire ancestrale différente des autres qui pouvait déboucher sur des antagonismes. Il fallut s’improviser sociologue et diplomate pour réunir toute la population autour du projet !

Aujourd’hui, 600 personnes travaillent dans les jardins et dans les activités annexes ( mise en conserve des produits, commercialisation ) sur une surface de plus de vingt hectares et nourrissent la population. Mais l’insécurité règne au Pays dogon depuis 2014 , comme dans l’ensemble du Mali : «  Le Nommo est bénéfique et signe d’espérance, certes le tragique rôde mais il ne faut pas qu’il nous fascine. « 

L’association «  UN JARDIN AU MALI » créée en 2001 pour ce projet a pour vocation de disparaître dans la mesure où la population pourra grâce aux revenus des jardins se rendre totalement autonome économiquement et assumer chaque année l’entretien nécessaire du barrage. Les Dogons de ce village pourront continuer à vivre sur leur terre et au sein de leur culture avec le culte du Nommo, le pourvoyeur de vie.

Le livre de Michel Pennetier montre combien dans un projet d’aide au développement économique la connaissance du partenaire et le respect de sa culture sont nécessaires pour la réussite. C’est une œuvre fondée sur la fraternité où chacun apprend de l’autre.

L’ouvrage peut être commandé en toute librairie :

Michel Pennetier

  L’ALLIANCE AVEC LE NOMMO

au Pays Dogon, Mali

Editions «  LE LYS BLEU »

40 rue du Louvre

75001 Paris