« La force des choses »

— Par Loran Kristian —

Paroles-témoins, Marie Michèle D… en cause appariée.

Je vous les livre sous forme clôturée du réel, là où projette un mensonge à visage humain. Ces choses que j’agrée avec d’autant plus de facilité, qu’il nous manque le temps d’y regarder de près, en feu de tous côtés, comme ces bandits aux quatre croisées de nos couches de fiction.

C’est peut-être en dévalant par là qu’un espricorps peut se trouver zombi, privé d’autonomie, d’indépendance, et virer jouet d’un autre. Par la force des choses.

Dans la gorge actuelle, le blanc devient noir, les lumières s’équivalent en pieds d’ombre, et la veillance, toujours bien pesée, porte sur l’être un amour glabre et déplumé.

Le monde… Pris du désir de revenir sans cesse, de ne jamais quitter la scène, puisqu’elle est tout désormais, qu’elle nous assigne aux puissances du produire et distribuer. Le monde pris au délire, surveillant à tout va, à tout coin ; son désir fou de caméras ici et là, parce que tout le vaut bien. Le mérite et le sens inversés. Rotation sidérale. Ce qui court depuis laide lurette dans l’ombre de mes doutes : ce mécanisme destructeur tant bien même peu visible, passant par l’émail du silence.

Ce qui rend digne d’estime, n’est-ce-pas ce que les choses ont de bon, de qualités et de vertus. Ce qui prisent en donnant la valeur, ou qui la déterminent. Mais dans l’inversion des charges qui pèsent sur les uns et les autres : ce qui harcèle aussi. Qui donc tourmente et malmène son homme ou sa femme depuis le cœur d’un système nerveux, tout près du traumatisme et de ses liens intimes. Ce qui harcèle, au travail. Sans accident, sans catastrophe, dans le lent écoulement cumulatif. Dans la répétition du spectacle au cent présentations, mille représentations.

Ceci n’est pas un seul impact seul. Pas une seule collision de corps à corps, seuls, à saccades violentes. Pas une physique de particules soumises aux champs de force, mais autre chose : une chimie transformant les matières sous lente métamorphose.

Ce qui n’est pas à choc unique, non. Cela s’accumule souvent, subtil, délié, si fin et si menu qu’il s’en trouve délicat. Ceci pénètre dans la durée. Au fond d’un lieu à soi ; en espace personnel de moments, de mouvements et de points ondulant dans le temps.

Au fond du cœur. Lieu d’où génère ce champ magnétique à la corde puissante, plus intense que les autres, qui environne blindé contre le champ terrestre. Ce lieu que l’on sent si proche à travers les tissus et les peaux.

Cette rumeur encore, nuage ou pluie ou fumée tranquille, passée sans prendre la peine de dissocier, qui porte à l’impuissance. La peine est un espace où s’investit le corps, tout entier, sa force et l’avenir des pensées comme des chairs. Un lieu à soi, en cadre sécurisant, capable de mettre à sec, et possiblement, vous désorienter dans un profond intarissable.

Tel qu’on dirait effracté, par la rupture des faits. A ces moments de flou, ces mouvements d’ambigu, de points et de brisures abstraites où l’insupportable se porte bien dans l’invisible ou le secret.

Dans l’engourdi, l’esprit peut se couper des choses et des réalités, comme en zone lacunaire, puis finir par scruter dans la cache des yeux ou dans une viole d’intonations, de ces signes liés aux fins d’un temps : l’engourdissement des boucles et des rétroactions, les évitements et les reviviscences, la cognition des hontes et culpabilités, et puis toutes les palpitations et les troubles induits.

On parle ici de trauma complexe et de relation destructrice. On parle aussi de gens montés sur des retors, banalisant le mal envers et contre tous, pourvu qu’une part de leur corps-mort s’amarre aux ancres borgnes sur le fond de la rade.

On parle de ce qui doute, de larmes en réunion, de pleurs traités comme des faiblesses ; on parle d’épuisées revues comme dé-faillibles, d’isolement renommé mal à s’intégrer, on parle de résistance requalifiée en agressivité.

On donne la parole aux choses retournées dans la faute, à leur symptôme relu comme un défaut dans l’existence, celles à qui l’on dénie antécédence et subséquence.

Conformé au récit dominant, le collège s’accommode tant bien que mal, s’arrachant au réel afin de protéger l’institution, nourrissant de violences encloses le cortège de souffrances au travail. Nourri à l’immédiat, gavé dans la peur et la docilité, il court-circuite et pousse à l’inertie devenue rationnelle, un corps collectif diminué.

Voilà la chose. La chaîne de causes et conséquences. Les défaillances tombant l’éclipse des responsables. La protection du cadre venue dysfonctionnelle. L’institution recrée alors sa plantation, d’où cette voix sans voix crie. D’où la force des choses avive, éclaire, enmaronne chaque pas ; écotone courbant sous le vent sans tomber.

Plantation du monde diffusant le toxique et sa reconduction, au gré de bonnes et mauvaises foi. Peut-on croire à sa marque collective, quand elle serre sous la feuille les délires et les failles personnelles ? ​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​

loran kristian