Jane Campion va donner du sens au festival de Cannes

—Par Dominique Widemann —
JaneCampionLa réalisatrice néo-zélandaise présidera le jury du 67e Festival de Cannes. Double Palme d’or, pour son court métrage pour Peel en 1986, puis pour le long métrage pour La leçon de piano en 1993, elle devient la première femme réalisatrice présidente du jury.

Il y a un an, la Quinzaine des réalisateurs avait décerné à Jane Campion le carrosse d’or,  pour l’ensemble de son œuvre. Dominique Widemann, journaliste critique à l’Humanité, lui avait alors consacré un portrait, Jane Campion, le cinéma expérience sensorielle. Nous le republions:

Avant de remettre à Jane Campion le prix de la reconnaissance de son travail par hommes et femmes de métier réunis au sein de la Société des réalisateurs de films (SRF), initiatrice de la Quinzaine, une de ses œuvres a été projetée, Top of the Lake. Quête de limites émotionnelles aux délicats croisements des genres, polar et emprise psychologique, exploration des relations familiales, affinités et dissonances, Jane Campion poursuit ses thématiques en une nouvelle cristallisation.

Fellini et de Kurosawa

Un cheminement artistique entamé sans doute dès son jeune âge, en Nouvelle-Zélande où elle est née (en 1954), entre une mère actrice et écrivain, un père directeur de théâtre.

Jane Campion parle de ses débuts

Nulle voie tracée, pourtant, et ce sont d’abord des études d’anthropologie qu’accomplira Jane Campion avant de se tourner vers la peinture dans la prestigieuse Chelsea Art School de Londres. Jane Campion, sous les exigences impérieuses de son imaginaire, s’est elle aussi inventé un langage, en admiratrice de Fellini et de Kurosawa. Son second court métrage, Peel, réalisé en 1982, reçoit la palme d’or du film court à Cannes en 1986.

Voir le court-métrage

À l’instar des pommes de Cézanne révélées par la recherche de la perfection en même temps que le mystère de leur nature s’accroît d’autant, c’est ici par la peau d’une orange que l’on pèle que seront enregistrées des émotions humaines entre un père et ses deux enfants. Artiste sismographe, Jane Campion, d’un film à l’autre, restitue les vibrations sensibles en transmutations plastiques, dépeint des parcours de vie avec une ligne claire qui apporte sa propre luminosité sans besoin d’embellir la part sombre. Un ange à ma table (1990) retrace l’existence de la poétesse néo-zélandaise Janet Frame, enfant puis femme « différente » que l’ordre social condamnait au néant de la folie et qui s’évertua à l’ordonnancement du chaos par des mots puisés au plus profond.

Indicible

Dans la Leçon de piano, palme d’or cannoise remise pour la première fois à une femme, en 1993, Ada McGrath (Holly Hunter), sans voix depuis l’âge de six ans, un rapport au monde impossible autrement que 
par l’intercession de sa petite fille, sa passion du piano puis l’expérimentation de la violence du désir.

A lire: Jane Campion à l’ombre de sa palme d’or

Forces de l’esprit et forces vitales de la sexualité dominent toujours chez Jane Campion, inscription fatale du destin et injonction sociale. Prêtant forme à l’indicible, une enfant rousse, sur la plage, fabrique un hippocampe de sable.

A lire aussi:

Top of the lake, voyage au bout du paradis sur Arte

« L’industrie du cinéma reste un club de machos », entretien avec Jane Campion (2010)

Bright star, notre critique du dernier film de Jane Campion

Dominique Widemann

http://www.humanite.fr/culture/jane-campion-va-donner-du-sens-au-festival-de-cann-556447