Haïti :« Ainsi parla la mer », un documentaire récompensé en Bolivie

Lundi 26 octobre, 15 h à la Salle Case à Vent de Tropiques-Atrium, mercredi 28 octobre, 19 h au CDST à Saint-Pierre.

Cinémartinique Festival :

Avec Ainsi parla la mer, le réalisateur et producteur haïtien, Arnold Antonin a remporté, le 5 septembre 2020, le prix du meilleur moyen métrage à la XVIème édition du Festival international du film des Droits de l’Homme en Bolivie.

Men sa lanmè di, Ainsi parla la mer

Le 60ème film d’Arnold Antonin, présenté le 4 mars 2020 à Haïti, avant d’être sélectionné au Festival international du film des Droits de l’Homme de Sucre, en Bolivie, est un documentaire de cinquante minutes sur l’environnement. Il traite des multiples possibilités qu’offre le monde sous-marin, du point de vue économique, mais pas seulement…

Fier de ce prix, qui met en valeur la production du Centre Pétion-Bolivar, Arnold Antonin a déclaré au journal Le Nouvelliste : « Ce prix est une récompense à la persévérance de mon équipe et à la lutte acharnée afin de mener à bon port un projet pour le bien du pays. On a mis le triple du temps prévu. On a dû faire avec les barricades en flammes et les tirs en l’air. On a été évacué en hélicoptère depuis les Cayes après avoir passé onze jours dans un hôtel vide en plein « peyi lòk ». On était allé pour filmer pendant quinze jours la côte sud. On a pu travailler seulement quatre jours et on a dû y retourner une nouvelle fois pour finir les prises de vue. »

À noter que le film a eu le soutien du Ministère de l’Environnement et d’ONU-Environnement. Le cinéaste y décrit ce qu’est devenue la mer, au fil du temps , «un vaste dépotoir» ; il ajoute que « la mer a beaucoup à nous apprendre. Elle nous offre des possibilités énormes pour bien vivre et nous nourrir, et elle est belle. Mais avec le réchauffement climatique et la pollution, elle est menacée de mort. Tous les déchets du littoral se déversent impunément dans la mer… Avec ce film,  nous donnons la parole à la mer et surtout nous donnons aux Haïtiens la parole». Comme bon nombre de Haïtiens, le réalisateur, né à Port-au-Prince, s’exprime naturellement dans sa langue créole. Aux médias locaux, il explique  l’essentiel du message délivré dans son moyen métrage : « Lan mè di an pil pawol. A dan film ta là, lan mè ka di tout soufrans, tout’ lan mizè, nous ka viv». 

Le journal Le Nouvelliste publie un bel article qui fait le point sur le film, mais aussi sur la situation de l’île aujourd’hui : 

« Arnold Antonin a  donné la parole à la Mer. Les insulaires que nous sommes semblent n’avoir pas trouvé l’harmonie qu’il faut avec l’Océan tellement présent dans nos vies, tellement lié à notre histoire, et duquel notre présent et notre avenir dépendent.

Comment est-ce possible que toute cette beauté ne nous interpelle pas, ou si peu ? La Mer nourrit, la Mer est un élément clé de notre écosystème, elle est surexploitée, elle  est transformée en décharge, elle souffre et inévitablement cette souffrance va se répercuter sur chacun de nous.

Ainsi parla la mer est un film pédagogique sans être alarmiste. C’est un conte, une invite à comprendre pour changer la relation. Le parti pris d’Arnold Antonin cette fois-ci est de montrer, de faire entendre. Tout en douceur. Mais sans détour. La Mer nous dit qu’elle est vivante, que les coraux de son littoral, de ses fonds, comme les autres espèces qui l’habitent, sont vivants, qu’elle a besoin d’amour et d’attention, comme une mère, une sœur bienveillante.

Il suffit d’aller à sa rencontre pour se rendre compte qu’elle est malade, la Mer. Arnold Antonin a promené ses caméras du Bicentenaire à la Grand-Anse en passant par le Sud, le Sud-Est, le Nord. La beauté est vive autant que les blessures sont béantes. Ici et là ce sont de vieux garages qui lui font face, des mains qui lui font avaler des litres d’huiles libérées des moteurs de véhicules usagés, des tonnes de plastiques insubmersibles qui flottent sur ses vagues, entreprennent des voyages douloureux, sans fin, mais dont les stigmates seront infinis. Nos maisons souvent donnent dos à l’Océan, comme pour différer le plus longtemps possible cette conversation tellement nécessaire sur notre avenir commun.

La Mer parle de son inconfort. De sa peur. Pour nous. Pour elle-même. Trop souvent son bleu devient ocre, parce que la terre, l’eau des sources, des rivières et des fleuves perdent routes et mémoires pour venir se diluer en elle, aggravant la pollution, hypothéquant l’avenir de chacun des habitants de l’île. Les murs que nous érigeons, parce que nous avons conscience qu’il avance, l’océan, ne nous protégeront pas. Que pourront quelques rangées de parpaings contre des centaines d’années de mauvaises pratiques et d’indifférence ? Rien !

Arnold Antonin, dans Men sa lanmè di, a donné la parole à des experts, à des pêcheurs, des citoyens et citoyennes. La parole est savante et profane, mais elle s’accorde sur la nécessité de faire quelque chose, de changer le paradigme. Quand vous aurez vu le film, la parole sera aussi à vous. Vous aurez entendu la voix de la mer. Vous ne la regarderez plus comme avant. Chacun de ses murmures, de ses sacs, de ses ressacs vous rappellera qu’il y a urgence à faire circuler le message, de l’intérieur des terres jusqu’aux côtes : la Mer a besoin de nous, autant que nous avons besoin d’elle. »

Le film est aussi présenté, poétiquement, dans le cadre du Programme des Nations Unies pour l’environnement en Haïti

Dans ce film, c’est la Mer qui raconte son histoire avec le peuple haïtien. Vague après vague, la Mer caresse ses richesses, dévoile ses mystères, et pousse un cri d’alarme. De la surexploitation de ses ressources aux effets du changement climatique et de la pollution, la Mer vous plonge dans ses différentes nuances de bleu et expose les opportunités à saisir. Une invitation au voyage, à la découverte, mais aussi à la prise de conscience urgente. L’horizon d’Haïti sera côtier ou ne sera pas.

C’est à travers la voix de Gessica Généus que la Mer se présente et nous parle :  « Je me pare de tous les bleus mais parfois je saigne rouge. Parfois j’ai envie de pleurer de douleur. »

« Vous vous êtes approchés de moi… mais pas de la meilleure manière. Trop vite, trop près. Vous êtes des millions sur mon littoral. Et beaucoup d’entre vous vivez à quelques pas de mes vagues. »

Ils ont œuvré aux côtés d’Arnold Antonin pour que naisse le film

Soutenu par les textes de Gary Victor, que dit la comédienne et réalisatrice Gessica Généus, le documentaire alerte et met en garde les usagers,  qu’ils soient industriels ou particuliers, contre une pollution massive qui met en péril les ressources marines. La musique du film  est signée Roosevelt Saillant (Bic), la musique additionnelle, Patrick Louis (Palouto)

Arnold Antonin est un cinéaste et producteur haïtien né à Port-au-Prince en décembre 1942.

Homme de carrières diverses, Arnold Antonin est connu tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pour son engagement social, politique et culturel. Il a été honoré pour l’ensemble de son œuvre dans le cadre de la remise du Prix Djibril Diop Mambety au Festival International de Cinéma de Cannes en 2002. Il a eu deux fois consécutives le prix Paul Robeson du meilleur film de la Diaspora africaine au FESPACO à Ouagadougou en 2007 et en 2009 ainsi que nombreux prix et mentions dans différents festivals pour ses documentaires et ses films de fiction.

Gary Victor est un écrivain et scénariste haïtien. Né à Port-au-Prince, il est aujourd’hui l’un des romanciers les plus lus dans son pays, notamment par la jeunesse haïtienne. Après des études d’agronomie, il a exercé le métier de journaliste. Le quotidien haïtien Le Matin le compte parmi ses rédacteurs en chef. Outre son travail d’écriture, il est aussi scénariste pour la radio, la télévision et le cinéma.

Gessica Généus débute sa carrière de comédienne à dix-sept ans avec le long-métrage Barikad, de Richard Sénécal.  En 2011, elle  décroche une bourse d’études à l’Acting International de Paris. De retour en Haïti, elle crée sa société de production, Ayizian Productions, afin de développer ses propres réalisations.  En 2017, elle réalise Douvan jou ka leve, Le jour se lèvera, coproduit avec France Télévisions, un film qui remportera pas moins de sept prix, et que nous avons pu voir à Tropiques-Atrium-Scène Nationale, dans la sélection du Festival RCM pour le prix du documentaire.

Sources : le Nouvelliste, quotidien haïtien, relayé en partie par le site C’news actus dothy  

Attention : il faut cliquer deux fois pour que le trailer démarre…