Wendie Renard, de la Martinique à l’Olympique lyonnais, un parcours sans faute

Après leur septième sacre européen, les footballeuses de l’Olympique Lyonnais sont les vedettes d’un documentaire sorti sur les écrans le 9 septembre 2020, « Les joueuses, #paslàpourdanser ».

Le film est non seulement un hommage à l’équipe-phare du foot féminin, mais aussi un plaidoyer pour l’égalité des sexes au sein de notre sport national. Une mise en lumière fort juste et largement méritée, si l’on songe à cet autre documentaire « Les yeux dans les Bleus », qui en son temps vint nous plonger au sein de l’équipe de France, quand Zidane en était la vedette incontestée…

Quelques jours après leur victoire, les Lyonnaises sont en promotion pour le film de la réalisatrice Stéphanie Gillard : si elles consacrent leur vie au football, c’est la première fois qu’on les voit à l’écran, dans des images qui racontent leur quotidien, leur préparation, pendant et avant des compétitions où elles se battent pour gagner des titres importants.

Ce film est l’occasion d’entrer dans l’univers du football au féminin : « Les spectateurs vont voir comment on souffre, la vie d’une footballeuse. Ce n’est pas seulement des matches qu’on prépare, qu’on gagne, où l’on fête des victoires, c’est en fait beaucoup de travail », avoue la joueuse lyonnaise, Selma Bacha, actrice le temps du film. Au récent Festival du cinéma d’Angoulême, sur le tapis rouge, les joueuses, Wendie Renard, Selma Bacha, Eugénie Le Sommer et toutes leurs co-équipières posaient en stars averties. Dans la foule des photographes massés autour d’elles, on pouvait voir Julie Gayet, la comédienne qui a produit le film et Jean-Michel Aulas, le Président du Club de Lyon qui, depuis dix ans, finance cette équipe de footballeuses professionnelles.

Au micro des journalistes de la chaîne en continu CNews, Wendie Renard, originaire de la commune de Schoelcher en Martinique, numéro 3 qui évolue au sein de l’équipe comme défenseuse droite ou centre, se confie : « Cela nous fait mal de ne pas partager des moments en famille. Quand l’été arrive tout le monde est en vacances et on doit repartir. Il fait 30°, tout le monde est à la plage. Il fait chaud, toi tu es en train de courir, de faire des abdos. (…) À la fin, quand on va chercher des titres, on se dit qu’on ne fait pas tous ces efforts pour rien (…)  C’est beau, c’est magnifique, en fait, tous ces moments de partage, ces pleurs, ces joies, ces danses… » 

Le reportage de Francetvinfo

L’équipe féminine de L’Olympique Lyonnais s’est imposée au fil des années comme une des meilleures équipes de football au monde. D’entraînements en compétitions, de doutes en victoires… Le documentaire est une invitation à porter un nouveau regard sur la place faite aux femmes dans le sport : un univers où les valeurs de respect et d’ouverture seront les piliers de l’évolution vers l’égalité.

Le documentaire a été tourné de mars à septembre 2019 à Lyon, ainsi qu’à Londres et Budapest, au fil des déplacements de l’équipe. Une immersion dans les coulisses du groupe : entraînements, réunions, shootings photos, événements avec les partenaires ou pour « OL Fondation »… Les matchs ont été filmés à hauteur de joueuses, embarquant le spectateur sur le terrain.

Il s’agit du deuxième long métrage de Stéphanie Gillard, qui a beaucoup travaillé sur les questions de sport. À sa filmographie figurent notamment :  « Lames Ultramarines » qui présente des jeunes escrimeurs des Antilles françaises rêvant de rejoindre l’équipe de France. Ou encore « Une Histoire de Ballon », qui traite de la rencontre entre la tradition orale et le football au Cameroun : juin 2002 Corée-Japon, la Coupe du monde de football… vue du Cameroun. Comment un peuple vit au quotidien et à des milliers de kilomètres les échecs et les exploits de son équipe nationale ? Comment, dans un pays de tradition orale, un événement international ultra médiatisé fait naître des légendes, des histoires ? Comment la tradition orale s’accorde-t-elle avec les médias à l’occidentale, composants indispensables de la transmission de l’information sportive ? (Allo Ciné)

« Les joueuses, #paslàpourdanser » témoigne de la soif de reconnaissance de ces sportives de haut niveau. Plus que de l’anonymat ou de la différence de salaires avec leurs homologues masculins, elles souffrent du manque de considération pour leurs performances sportives. En témoigne la faible couverture médiatique de leurs exploits.

« Selon moi, les gens ne s’intéressent pas au football féminin parce qu’ils ne connaissent pas les joueuses. Pour qu’il y ait de l’engouement, il faut pouvoir s’identifier à des champions / championnes. Même si elles gagnent tous les titres, si on ne connaît pas les personnalités, ça ne prend pas », estime Stéphanie Gillard. « Avec ce film, je voulais inviter les spectateurs à découvrir une équipe féminine. L’idée était d’entrer au coeur d’une équipe, à la rencontre de joueuses professionnelles d’exception. »

La presse française, britannique et américaine en parle de façon élogieuse : 

Le  magazine Télérama : Il était temps que le foot féminin soit à l’honneur… En filmant les championnes de l’Olympique Lyonnais, la réalisatrice Stéphanie Gillard a réussi une belle incursion dans le monde du foot féminin, où règnent un sens aigu du collectif et un désir fou de victoire…
Pour Jacques Morice, au-delà de l’hommage aux footballeuses, le film est une charge contre les inégalités dans le sport. Voici le début de l’interview qu’il a réalisée auprès de Stéphanie Gillard, le 9 septembre :
Question / Les joueuses d’exception que vous avez suivies ont réussi le 24 août dernier à décrocher une septième Ligue des champions et un cinquième titre d’affilée, égalant le record détenu par le Real Madrid d’Alfredo Di Stefano, à la fin des années 1950. Une réaction à chaud ?
Réponse / Je suis très contente. Elles sont toujours capables de se dépasser. Quand on entend Wendie Renard dans « la zone mixte » dire juste après le match que cinq coupes d’affilée, c’est bien, mais qu’il faut maintenant en viser six, c’est parlant. Elle se projette déjà vers un nouvel objectif. Cela démontre que ce sont des super compétitrices.
Question / Pourquoi ce titre un peu curieux, Les Joueuses #paslàpourdanser ?
Réponse / C’est en référence à un article qu’Ada Hegerberg a écrit en 2018, le lendemain de la remise de son Ballon d’or, le premier de l’histoire du foot féminin. Lors de la cérémonie, un invité lui avait posé une question un peu fâcheuse, à savoir si elle savait twerker. Elle avait du coup réagi à travers un bel article, assez long, relatant sa vie et sa passion du foot, et qui se terminait par cette signature #notheretodance, autrement dit #paslàpourdanser. Cela m’avait marquée. Lorsque j’ai commencé à travailler sur le projet du film, je me suis plongée dans les archives. Et j’ai constaté que les journalistes comparaient systématiquement les joueuses à des danseuses, avec plus ou moins d’ironie, certains les invitant même à aller faire des entrechats…

Wendy Ide : « Dans le documentaire de Stéphanie Gillard éclairant des coulisses sportives, The Squad (Les Joueuses), nous parvenons à avoir une vision plus proche et personnelle des joueuses de l’Olympique Lyonnais. Le long métrage de Gillard (…) apporte une correction indispensable à la vision extrêmement masculine du football de son pays. »

The The Hollywood Reporter : « The Squad travaille à plusieurs niveaux. C’est un documentaire sportif qui est suffisamment convaincant pour attirer même  un public peu intéressé par le football. C’est un traité féministe féroce qui ne bascule jamais dans une polémique ennuyeuse. Pour la prochaine génération de footballeurs, hommes et femmes, il pourrait être un catalyseur et une inspiration. »

Quant à moi, il me reste à souhaiter que « Les joueuses, #paslàpourdanser » soit sous peu présenté à la Martinique, puisqu’une de ses stars de la pelouse et de l’écran n’est autre qu’une enfant du pays, dont la célébrité n’est certes plus à faire :

« C’est la meilleure défenseuse centrale du monde », certifie Patrice Lair, qui a tout gagné à la tête de l’OL (2010-2014), avec la joueuse martiniquaise sous ses ordres. « Wendie a toutes les qualités : l’anticipation, le jeu long, le jeu court, un gabarit exceptionnel, le jeu de tête… elle est au top niveau depuis plusieurs années ».

Et Julie Debever, remplaçante en équipe de France, dit simplement de Wendie : « Face à elle, on fait du mieux qu’on peut…  Avec Wendie Renard, on est souvent fataliste… ou admiratif. »

 Fort-de-France, le 11 septembre 2020.