Conférence sur “Art et transgressions”

Mardi 7 novembre 2017, à 18h, ESPE de Martinique (ex IUFM)

La modernité artistique a cela de particulier qu’elle accorde souvent une « aura » subversive ou transgressive aux œuvres qu’elle voit émerger. Que cette évaluation s’établisse sur le vif (pratique du critique d’art) ou qu’elle prenne forme a posteriori (pratique de l’historien de l’art), elle semble dans la plupart des cas un critère incontournable auquel toute œuvre doit répondre positivement, parfois même au risque de l’anachronisme. Dans ce contexte, on indexe régulièrement une œuvre d’art avant tout à sa portée transgressive que l’on finit toujours par déceler, que cette dernière soit réelle ou qu’il s’agisse d’une surinterprétation. Tant et si bien que le terme « transgressif » semble avoir perdu, dans la période récente, une grande partie de sa pertinence. On se rend alors rapidement compte que lorsque l’on affirme qu’une œuvre d’art est transgressive, on ne dit réellement rien de l’œuvre elle-même, de son fonctionnement en tant qu’œuvre, ou encore de son mode d’apparition dans un monde de l’art particulier. En d’autres termes, chercher à définir ce qu’est une œuvre d’art transgressive conduit généralement à des conclusions proches de certaines apories esthétiques rencontrées lorsque l’on tente de définir ce qu’est une œuvre d’art.
L’interprétation de l’art comme transgression fait partie intégrante de la mythologie moderniste de cette discipline. Qu’on la lie à une transgression morale, politique, artistique, économique, etc., cette idée a produit nombre d’analyses et de textes parfois obscurs. En ce sens, il nous paraît nécessaire de conserver une certaine méfiance face à un jeu rhétorique qui voudrait faire entrer tout objet d’étude (les œuvres d’art dans le champ qui nous concerne) dans l’évaluation laudative « d’œuvre d’art transgressive ».

Gardons toujours à l’esprit la réserve émise par Richard Rorty :

« Les tentatives récentes pour subvertir les institutions sociales en problématisant les concepts ont produit un petit nombre de très bons livres. Elles ont aussi produit des milliers et des milliers de livres qui représentent ce qu’il y a de pire dans le genre de philosophisme scolastique. Les auteurs de ces livres qui se veulent « subversifs » croient en toute honnêteté qu’ils défendent le cause de la liberté humaine.
Mais il est à peu près impossible de redescendre du niveau d’abstraction où se situent ces livres à un plan sur lequel on pourrait discuter des mérites d’une loi, d’un traité international, d’un candidat ou d’une stratégie politique.(1) »

 

(1) Richard Rorty, Achieving Our Country, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, coll. “Leftist Thought in Twentieth-Century America”, 1998, p. 93 ; cité et traduit par Vincent Descombes,
« “Something Different’’ (remarques sur le pragmatisme de R. Rorty) », Lire Rorty, Le pragmatisme et ses conséquences, Combas, l’Eclat, coll. Lire les philosophes, 1992, p. 199.

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