Catégorie : Sociologie

« Il faut sauver Carthage », de Robert Lodimus – Partie 1

Avant-propos

Luttons ou mourons

Les historiens, dans bien des cas, n’insistent pas assez sur les éléments de « complot international », lorsqu’ils tentent de cerner les causes et les effets de la « décadence » de la République d’Haïti. Il s’agit d’un état situationnel provoqué par les anciens maîtres de cette colonie jadis juteuse et prospère. C’est cet angle de traitement que ceux qui se donnent pour mission de rédiger l’histoire doivent prioriser pour éviter que l’autoculpabilisation ne déroute l’énergie et la conscience de la lutte. Depuis les événements politiques qui ont conduit à la naissance de la patrie haïtienne, les pays comme les États-Unis, la France, l’Angleterre, l’Allemagne, le Canada etc., n’ont-ils pas tout tenté pour prouver que les anciens esclaves ont échoué dans leur projet de construire et de vivre dans une société libre, un État indépendant et un pays prospère ? Jusqu’à présent, pourrait-on dire, ils ont réussi. Ce peuple de la Caraïbe vit actuellement dans une réserve miséreuse, sans faune et sans végétation, comme des animaux de l’âge préhistorique, dont ils semblent hériter le tragique destin. 

La route qui doit faire lever le soleil sur les ajoupas des pauvres, y compris ceux de la République d’Haïti, passera inévitablement par une lutte révolutionnaire.

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Présentation du projet de loi S.U.R.E.

1. Un contexte de crise du système pénal

Le projet de loi S.U.R.E. (« Sanction utile, rapide et efficace ») s’inscrit dans un contexte de dysfonctionnement du système pénal français marqué par trois difficultés majeures :

  • Un taux de récidive élevé (environ 60 % dans les 5 ans après une peine ferme), qui interroge l’efficacité des sanctions.
  • Une surpopulation carcérale chronique, empêchant l’exécution effective de toutes les peines.
  • Des délais de jugement excessifs, pouvant atteindre plusieurs années en matière criminelle.

Face à ces limites, la réforme vise à rendre la justice plus rapide, plus effective et plus dissuasive, tout en favorisant la réinsertion.

2. Les principaux axes de la réforme

a) L’introduction d’un « plaider-coupable » criminel

Le projet prévoit la création d’une procédure inspirée de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), appelée :

  • Procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR)

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Esclavage : plus grave crime contre l’humanité

Déclaration du Comité Devoir de Mémoire Martinique, le 28 mars 2026, sur le vote de l’ONU du 25 mars 2026

Le Comité Devoir de Mémoire Martinique prend acte du vote du 25 mars 2026 à l’ONU proclamant que  » la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains » sont  » les plus graves crimes contre l’humanité », et s’interroge sur l’abstention de la France.

Pendant plus de quatre siècles, entre 12 et 15 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques.

Mais ce chiffre ne reflète qu’une partie de la tragédie.

Avant même l’embarquement, lors des captures, des razzias et des marches forcées vers les côtes, entre 2 et 4 millions de personnes périrent.

Durant la traversée atlantique, dans les cales des navires négriers, près de 2 millions d’êtres humains moururent. Une fois arrivés dans les Amériques, la mortalité demeura extrêmement élevée.

Dans les plantations esclavagistes, entre 30 % et 50 % des nouveaux arrivants mouraient dans les dix premières années, victimes du travail forcé, de la malnutrition, des maladies et des violences.

Cela représente entre 3 et 6 millions de morts supplémentaires.

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Transaglo : le pourquoi de la gève

Pour nos salaires, respect des engagements pris

— Par le Comité de grève des chaufeurs de Transaglo.—

Nous, chauffeurs de la société TRANSAGLO sommes en grève depuis mardi 17 mars 2026. Nos revendications portent autant sur nos rémunérations que sur nos conditions de travail.
Comme trop souvent, de nombreuses critiques fusent, venant de personnes qui n’ont même pas pris la peine de nous interroger sur les raisons de notre mobilisation.
Nous avions déjà mené une lutte du 11 avril au 13 mai 2025 et nous avons signé un accord dont l’article 4 est ainsi rédigé :

Article 4 : Instauration d’une prime de 13ème mois en substitution de la prime semestrielle forfaitaire

MARTINIQUE TRANSPORT s’engage dans le cadre de la préparation de la prochaine convention de délégation de service public, devant entrer en vigueur au 1er septembre 2025, à intégrer dans le calcul des dépenses salariales la prime de 13e mois qui se substituera à la prime forfaitaire semestrielle.

Ce principe s’inscrit dans un cadre d’objectif d’harmonisation des salaires qui devra être mis en place par la société dédiée qui regroupera l’ensemble des salariés  travaillant sur le réseau centre.

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Pourquoi se fait‑on tatouer?

— Par Joan Tahull Fort, Universitat de Lleida —

Dans une époque marquée par l’instantanéité et les tendances éphémères, nous choisissons d’apposer quelque chose de « permanent » sur notre peau en nous faisant tatouer. Pourquoi agissons-nous ainsi ? Des raisons historiques, sociologiques et psychologiques permettent de l’expliquer.

Un tatouage peut apparaître comme une contradiction : à une époque marquée par l’instantanéité et les modes éphémères qui disparaissent rapidement, nous décidons d’inscrire quelque chose « pour toujours » sur notre peau.

Cette tension n’est pas un détail esthétique : c’est un indice. Pour comprendre pourquoi nous nous faisons tatouer aujourd’hui, il faut regarder au-delà de l’encre et se demander ce qui se cache derrière.

D’une « pratique marginale » à un langage devenu courant

Pendant des décennies, en Occident, les tatouages ont été socialement stigmatisés et associés presque exclusivement aux prisonniers, aux marins, aux milieux criminels ou aux personnes en marge de la société. Dans d’autres contextes culturels (notamment dans diverses sociétés d’Asie, d’Afrique et d’Océanie), traditionnellement, le tatouage a toujours été accepté et intégré dans la vie sociale : il s’agissait non seulement d’une pratique normalisée, mais aussi fonctionnelle, car elle indiquait le statut, la profession, l’appartenance ou marquait des rites de passage.

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Tournoi de domino – Festinina

📅 Vendredi 27 mars – 15h : Éliminations | Samedi 28 mars : Demi-finales | Dimanche 29 mars :Finale
📍 Habitation La Merveilleuse – Morne Figue, La Trinité 

La Solidarité Martiniquaise de Jeu, en partenariat avec Festinina, organise un tournoi de domino dont les bénéfices permettront de soutenir des projets en faveur des personnes les plus démunies.

Trois prix seront attribués aux meilleurs joueurs (en espèces ou par virement selon le nombre de participants).

Au-delà de la compétition, ce rendez-vous promet une ambiance conviviale et stratégique : les joueurs sont invités à venir démontrer leur maîtrise autour de la table, dans une atmosphère où l’on vient autant pour gagner que pour partager un moment de plaisir.

Les dominos : origines, règles et tradition en Martinique

Les origines du jeu de domino

Le jeu de domino trouve ses racines en Chine, où il apparaît dans les textes dès le XIIIᵉ siècle. La plus ancienne mention connue figure dans un ouvrage du lettré Zhou Mi (1232-1298).

Le jeu arrive ensuite en Europe au XVIIIᵉ siècle, probablement par les routes commerciales, et se diffuse d’abord en Italie vers 1760 avant de se populariser rapidement en France.

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Jean-François Boclé, l’art comme mémorial des violences de l’histoire

Jean-François Boclé, artiste martiniquais majeur de la scène contemporaine, est décédé à l’âge de 55 ans. Peintre, sculpteur, vidéaste, performeur et écrivain, il laisse derrière lui une œuvre dense et engagée, traversée par la mémoire coloniale, les violences historiques et la recherche d’un « Nous » capable de dépasser les fractures du monde contemporain.

Un enfant de Martinique marqué par son île

Né en 1971 à Fort-de-France, Jean-François Boclé passe ses premières années en Martinique, dans un environnement qui marquera profondément son imaginaire et sa pensée. Il quitte l’île à l’adolescence pour poursuivre ses études en métropole, mais restera toute sa vie profondément attaché à ses racines caribéennes. La Martinique, avec ses blessures historiques et sa richesse culturelle, restera au cœur de sa réflexion artistique.

Après des études de littérature moderne à la Université Paris-Sorbonne, il choisit de se consacrer aux arts plastiques. Il intègre l’École nationale supérieure d’art de Bourges en 1992 avant de poursuivre sa formation à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris entre 1995 et 1998. Cette formation dans deux institutions majeures de l’enseignement artistique français ouvre rapidement à Boclé les portes de la scène contemporaine internationale.

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Boubacar Ould Messaoud, ancien esclave devenu figure de la lutte antiesclavagiste, est mort

Le militant mauritanien des droits humains Boubacar Ould Messaoud, fondateur de l’ONG SOS Esclaves, est décédé jeudi 12 mars 2026 à Nouakchott à l’âge de 80 ans. Figure majeure du combat contre l’esclavage en Mauritanie, il aura consacré plus d’un demi-siècle à défendre les droits des personnes réduites en servitude et à porter la cause des Haratines sur la scène nationale et internationale.

Né le 15 mai 1945 à Rosso, dans le sud de la Mauritanie, Boubacar Ould Messaoud est issu d’une famille d’esclaves. Son accès à l’école, rendu possible grâce à l’intervention d’un directeur d’établissement, marque le début d’un parcours exceptionnel vers l’émancipation. Après des études à Nouakchott puis à l’École nationale d’ingénierie de Bamako, au Mali, il obtient une bourse pour poursuivre sa formation en Union soviétique. Il étudie à l’université d’État de Moscou avant d’intégrer l’Institut d’architecture de Moscou, où il obtient un diplôme d’architecture avec mention excellente. De retour en Mauritanie en 1974, il participe à l’élaboration de plusieurs projets architecturaux à Nouakchott, notamment le quartier de la Socogim.

Parallèlement à sa carrière d’architecte, il s’engage très tôt dans la lutte contre l’esclavage, un système officiellement aboli en 1981 mais qui perdure dans certaines régions du pays.

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3133, le nouveau numéro national pour signaler une situation de maltraitance

Victime ou témoin de maltraitances envers une personne adulte vulnérable, âgée, en situation de handicap ou de précarité ? Depuis le 1er mars 2026, le numéro national dédié à la lutte contre les maltraitances est le 3133. Il remplace le 3977.

Les violences, maltraitances ou négligences peuvent prendre des formes multiples : physiques, psychologiques, sexuelles, financières ou matérielles ou institutionnelles. Ces actes portent gravement atteinte à la dignité et aux droits fondamentaux des personnes particulièrement vulnérables. Même en cas de doute, le 3133 vous accompagne dans votre démarche et vous apporte conseil si besoin.

Comment fonctionne le 3133 ?

Le 3133 est un numéro gratuit et accessible 7 j/7, de 9 h à 20 h. Il peut être composé même en cas de doute. Il participe au repérage des maltraitances afin d’y apporter des solutions rapidement. Le 3133 peut être composé par tous et est ouvert à toute personne victime ou témoin d’une situation de maltraitance :

  • une personne âgée ;
  • une personne majeure en situation de handicap ;
  • une personne majeure en situation de précarité ;
  • un proche, un aidant ou toute personne témoin ou inquiète pour une personne vulnérable.

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L’Heure du Grand Dévoiement

Lettre ouverte à l’attention des membres des Comités Nobel et des Lauréats du monde entier.
 Par Yves Untel Pastel —

L’obsession guerrière paroxysmique est là. Le monde ne bascule plus ; il s’est rompu. Nous assistons à l’effondrement définitif des digues qui retenaient encore un simulacre d’humanité. Ce qui s’érige aujourd’hui sur les décombres du droit des peuples, c’est la déification de la force brute et le sacre de l’appétit dérégulé. En cette période de ruptures géopolitiques sans précédent, cet appel est une exigence citoyenne adressée à ceux que notre civilisation a désignés comme les dépositaires de l’autorité morale.

La Profanation du Vivant Le corps des plus faibles — enfants, vieillards, innocents — n’est plus seulement une victime collatérale ; il est devenu le territoire même de la guerre. Cette désanctuarisation de la vie humaine marque le passage d’un conflit d’intérêts à une pathologie civilisationnelle. La vie est profanée, jetée dans les cataractes de sang, tandis que la folie sert de pitance à un navire planétaire en dérive totale. Au cœur même des nations qui se prétendaient exemplaires, le pouvoir est confisqué par des élites dont l’immoralité est devenue une bannière.

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Tout goudron, tout béton et l’on s’en fout du rhum Neisson

— Par Térèz Léotin —

Il existe au Carbet, à la Martinique, un rhum très apprécié des amateurs du monde entier. Il est hélas en danger de mort cependant. Ce rhum n’est autre que le Rhum Neisson avec notamment son « zépol karé » légendaire largement prisé, ainsi dénommé en raison de la forme très originale de la bouteille. Ce rhum agricole nécessite, comme tous les autres, un environnement approprié qui favorise la qualité de la production. Les concepteurs martiniquais, en effet, ont été les premiers et les seuls à obtenir le label rhum agricole de la Martinique, d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC). Le « Rhum de la Martinique » l’est devenu par décret du 05 novembre 1996, publié dans le Journal officiel de la République française du 08 novembre de la même année. L’AOC a été délivrée par l’Institut national des appellations d’origine, « après plus de vingt années de démarches de la part des acteurs de la filière. » L’appellation d’origine contrôlée (AOC) concerne notamment les spiritueux. Elle garantit au consommateur « un lien étroit entre le produit et son terroir qui tous les deux doivent être de qualité ».

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Le Monde en face : Le Pays taliban », par par Solène Chalvon-Fioriti et Marianne Getti,

Dimanche 8 mars à 21h05 | France 5

Le documentaire « Le Monde en face : Le Pays taliban », réalisé par Solène Chalvon-Fioriti et Marianne Getti, propose une immersion dans l’Afghanistan près de cinq ans après le retour au pouvoir des talibans. À travers un voyage à travers le pays, les journalistes montrent le fonctionnement d’un régime fondamentaliste extrêmement strict, largement isolé du reste du monde et particulièrement répressif envers les femmes.

Le film s’ouvre sur le témoignage d’Abu, un jeune garçon dont la famille est liée aux talibans. Avec l’innocence de son âge, il explique que ses proches servent le pays en arrêtant les voleurs ou les personnes qui boivent de l’alcool. Ce regard d’enfant révèle l’idéologie inculquée dès le plus jeune âge. Dans cette société profondément conservatrice, les relations entre filles et garçons sont fortement limitées, même si Abu avoue jouer au ballon avec sa sœur malgré l’interdit.

Depuis la prise de pouvoir des talibans en 2021, l’Afghanistan est devenu l’« Émirat islamique d’Afghanistan », un régime très rigide et largement non reconnu par la communauté internationale.

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L’alliance avec le Nommo au Pays Dogon (Mali)

Ce que disent les Dogons : «  Nous n’avons jamais été esclaves et nous n’avons mis personne en esclavage « 

Paysan berrichon, paysan chinois, paysan dogon : même pensée «  Pleuvra-t-il assez, pleuvra-t-il trop ? »

« L’eau est ce qui, dans le monde, est le plus proche de Dieu » ( Amadou Hampâté Bâ, écrivain malien)

Voilà un titre bien mystérieux ! Le Pays Dogon ? Une région du Mali, non loin de la frontière avec le Burkina-Fasso, constitué d’une gigantesque falaise en arc de cercle, longue de 200 km , au pied de laquelle vit le peuple des Dogons qui sont environ 500 000 aujourd’hui, répartis en une multitude de villages. Les Dogons sont aujourd’hui bien connus par les amateurs de l’art africain grâce à une grande exposition au Musée du quai Branly il y a quelques années. Mais plus lointainement, les Dogons ont fait parler d’eux depuis les années trente du siècle dernier à travers le livre de l’ethnologue Marcel Griaule «  Dieu d’eau, trente jours de conversation avec le vieux sage Ogotoméli ». Cette enquête et à proprement parler cette initiation à la spiritualité dogon s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui avec les nombreux travaux de l’école de Marcel Griaule comme si ce petit peuple s’était doté d’une spiritualité secrète dont la profondeur et la créativité fascinent tous ceux qui cherchent à la comprendre.

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Haïti : Pour comprendre le phénomène des gangs armés…

— Par Robert Lodimus —

« Dans une société fondée sur le pouvoir de l’argent, tandis que quelques poignées de riches ne savent être que des parasites, il ne peut y avoir de « liberté », réelle et véritable. »

  (Lénine)

Tout va de travers dans ce pays que l’on appelait autrefois – et non par ironie – la Perle des Antilles. À cette époque-là – qui était aussi celle du Bicentenaire du président Dumarsais Estimé – les touristes venus des quatre coins de la planète déambulaient par dizaines dans les rues des villes accueillantes et longeaient sans inquiétude les sentiers des campagnes verdoyantes, noyées dans l’exubérance des forêts vierges. Ce temps béni et enchanteur n’existe plus dans cette presqu’île mourante de la Caraïbe. Aujourd’hui, la République d’Haïti incarne, symbolise aux yeux des étrangers une clocharde lépreuse qui attend sa dernière heure dans la honte grisailleuse, une pestiférée malchanceuse que même sa diaspora cherche volontairement à éviter par tous les moyens. 

En 2025, la population haïtienne était évaluée à 12 037 506 habitants. 75% du nombre se retranchaient dans les bas-fonds d’une misère au goût de fiel.

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Intermittence : refuser la précarisation, défendre nos territoires

Lettre ouverte à Mesdames, Messieurs les Élu.e.s nationaux représentant les territoires ultramarins au Sénat et à l’Assemblée nationale quant à la nécessaire adaptation du régime d’intermittents du spectacle dans les territoires ultramarins.

— De Manuel Césaire (*) —

Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

Créé en 1936 sous le Front populaire, consolidé à partir de 1969, puis restructuré au début des années 2000, le régime des intermittents est l’expression concrète de la reconnaissance, par un État, des réalités, des spécificités, des besoins et des problématiques d’un secteur : le secteur culturel. Ce secteur qui plus globalement participe très concrètement à l’économie française avec une valeur ajoutée de 49,5 milliards d’euros en 2023, soit 2% de l’économie française.

Face à une activité discontinue, des contrats de courte durée, le régime d’intermittent par la voie de l’adaptabilité et porteur de flexibilité a permis et continue de permettre à plus de 300 000 femmes et hommes d’accéder à une assurance chômage adaptée, une protection maladie et maternité, des congés payés mutualisés, des droits à la retraite, ainsi que des dispositifs de mutuelle et de prévoyance.

Ce régime continue de jouer un rôle moteur vertueux pour la structuration et la professionnalisation du secteur culturel.

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Tourisme régénératif : la leçon de Marcel Mauss pour réinventer le voyage

— Par Élodie Manthé (*) —

Et si le tourisme de demain ne se mesurait plus à l’intensité des expériences consommées, mais à la qualité des liens tissés ? En relisant Essai sur le don de Marcel Mauss, une autre voie apparaît : voyager non plus comme un client, mais comme un partenaire engagé dans un échange durable.

Dans un article récent, je m’intéresse aux travaux de l’anthropologue Marcel Mauss dans son Essai sur le don de 1925, une œuvre majeure qui éclaire la dimension sociale et symbolique des échanges et qui nous permet d’ouvrir une troisième voie pour résoudre ce dilemme. Selon cette analyse, le tourisme moderne – qui traverse une phase de désillusion – doit dépasser les solutions purement transactionnelles pour s’ancrer dans une dynamique plus humaine et équilibrée. En s’appuyant sur deux exemples extrêmes d’échange étudiés par Mauss – le potlatch et le kula –, l’article propose un outil précieux pour décrypter les excès du tourisme contemporain.

Le potlatch, pratiqué sur la côte nord-ouest de l’Amérique et décrit au XIXᵉ siècle, consiste à accumuler des biens pour les détruire ou les distribuer de manière ostentatoire, affichant ainsi pouvoir et prestige.

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Carême : Moïse à jeûné mais ni Jésus ni ses disciples…

Carême et pélagianisme : grâce, conversion et liberté humaine

Chaque année, le Carême ouvre pour les chrétiens un temps particulier : quarante jours de préparation à Pâques, marqués par la prière, le jeûne et le partage. En 2026, il débute le mercredi 18 février avec le rite des Cendres. Mais au-delà des pratiques visibles, le Carême soulève une question spirituelle essentielle : l’homme peut-il se sauver par ses propres efforts, ou dépend-il d’une grâce qui le dépasse ? Cette interrogation traverse l’histoire chrétienne et se cristallise notamment dans la controverse du pélagianisme.

Le Carême : un temps de conversion et de grâce

Dans l’Église catholique, le Carême commence le mercredi des Cendres, fixé au VIe siècle par le pape Grégoire Ier. Ce jour-là, les fidèles reçoivent sur le front une croix de cendres, issues des rameaux bénis l’année précédente. Deux paroles bibliques peuvent accompagner ce geste :
« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » ou
« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ».

Ce rite ancien renvoie à la fragilité humaine et à la reconnaissance du péché.

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Démocratie sans boussole : quand les partis ne rassemblent plus

— Par Vincent Tiberj (*) —

D’un côté, des partis toujours présents dans les institutions ; de l’autre, une part croissante de citoyens qui ne s’en sentent plus proches : l’écart se creuse entre représentation politique et société. 

Jamais les partis politiques français n’ont semblé aussi fragiles. Entre montée des “sans-parti”, vote par défaut et rejet massif des formations existantes, le lien entre citoyens et organisations partisanes s’effrite – au risque de déstabiliser durablement notre modèle démocratique.

Nous vivons une étrange période politique. La coalition qui gouverne n’est pas celle qui est sortie victorieuse des élections de 2024. Les débats continuent à s’organiser autour des figures et partis politiques comme si de rien n’était. La perspective de la présidentielle est dans les têtes et elle est préparée activement dans les cercles partisans. Pourtant, les niveaux de défiance n’ont jamais été aussi forts en France et la classe politique est devenue un des sujets majeurs de préoccupations des répondants aux sondages. La “grande démission civique” aboutit à ce que de plus en plus de citoyens se détournent des urnes et des partis pour faire politique autrement.

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Michel Portal, la liberté pour seule partition

— Par Sarha Fauré —

Le clarinettiste, saxophoniste, bandonéoniste et compositeur Michel Portal est mort le 12 février 2026 à Paris, à l’âge de 90 ans. Avec lui disparaît l’une des figures les plus singulières et les plus libres de la musique européenne des soixante dernières années : un soliste international formé au classique, pionnier du free jazz, compagnon des avant-gardes contemporaines et compositeur célébré pour le cinéma.

Une enfance basque, entre fêtes et rigueur

Né le 27 novembre 1935 à Bayonne, dans les quartiers populaires du Saint-Esprit, Michel Portal grandit dans un univers mêlant artisanat, petites échoppes, synagogue, école Jules-Ferry et gare. Il aimait rappeler, non sans malice, que l’on disait en traversant l’Adour : « Je vais à Bayonne », comme si son quartier en était à la lisière — image d’un destin toujours un peu à côté des cadres établis.

Son père, Sylvain Portal, l’initie très tôt à la musique. À 9 ans, il apprend le bandonéon, instrument qu’il ne quittera jamais tout à fait. Il étudie ensuite la clarinette à l’école nationale de musique de la ville.

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« Les Nouveaux Esclavagistes », de Barbie Latza Nadeau

Dans Les Nouveaux Esclavagistes, Barbie Latza Nadeau signe une enquête internationale d’une ampleur rare sur l’un des trafics les plus lucratifs et les plus méconnus de notre époque : la traite des êtres humains. Loin d’être un phénomène marginal, ce commerce clandestin constitue aujourd’hui une véritable industrie mondialisée, générant des profits colossaux et faisant une nouvelle victime toutes les trente secondes.

L’ouvrage montre que la traite des êtres humains constitue aujourd’hui une véritable économie mondialisée, générant environ 150 milliards de dollars par an. Ce chiffre vertigineux révèle une réalité glaçante : derrière chaque bénéfice se trouve une vie exploitée.

Une enquête internationale au long cours

Journaliste d’investigation installée en Italie, Barbie Latza Nadeau s’est d’abord intéressée aux migrations en Méditerranée. En embarquant sur des navires humanitaires venus secourir des embarcations de fortune, elle observe un phénomène récurrent : la présence massive de jeunes femmes nigérianes. En creusant, elle découvre l’ampleur des réseaux de traite sexuelle opérant entre l’Afrique et l’Europe, souvent en lien avec des organisations criminelles structurées.

Mais son livre élargit considérablement le champ. Des côtes libyennes aux États-Unis, de l’Ukraine à la Thaïlande, elle cartographie un système tentaculaire et intercontinental.

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La Saint-Valentin : d’un mythe antique à une fête, commerciale et mondiale, de l’amour

Chaque 14 février, des millions de couples célèbrent la Saint-Valentin à travers le monde. Roses rouges, chocolats, cartes illustrées et déclarations enflammées rythment cette journée devenue emblématique de l’amour romantique. Pourtant, derrière les clichés et le succès commercial, l’histoire de la Saint-Valentin demeure complexe, mêlant traditions antiques, légendes chrétiennes, poésie médiévale et stratégies marketing modernes.

Des racines antiques controversées

Certains font remonter la Saint-Valentin aux Lupercales, fête romaine célébrée du 13 au 15 février en l’honneur de Lupercus, dieu de la fécondité. Lors de ces rituels, des prêtres parcouraient la ville en frappant les femmes avec des lanières de cuir censées favoriser leur fertilité. Ces célébrations, marquées par une forte dimension sexuelle et carnavalesque, visaient à encourager la reproduction et symbolisaient le renouveau du printemps.

Toutefois, aucun texte antique n’associe directement le 14 février à l’amour romantique. Si l’Église a su  christianiser bien des fêtes païennes, le lien direct entre les Lupercales et la fête des amoureux reste historiquement fragile.

Les figures de saint Valentin : entre histoire et légende

Plusieurs martyrs chrétiens nommés Valentin sont célébrés le 14 février.

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Napoléon Bonaparte : L’empereur fossoyeur qui assassina Toussaint Louverture…

… en 1803 au Château de Joux, dans le massif du Jura…

— Par Robert Lodimus —

Durant les dernières semaines de sa vie, Napoléon Bonaparte pensait de temps en temps à Hannibal Barca. Il relisait ou écoutait des récits tragiques sur la chute de Carthage. Peut-être, l’empereur voulait-il que la fin de son exil à l’île Sainte-Hélène ressemblât à celle du grand héros de la cité carthaginoise. Comme vous le savez, Hannibal se suicida, dans le but de priver ses ennemis, les Romains, du plaisir de le tourner en dérision. De le ridiculiser. De l’humilier. L’arme du suicide est souvent utilisée par les grands chefs militaires pour disparaître dans la dignité, pour mourir de manière honorable, après une cuisante défaite sur le champ de bataille. Les samouraïs s’éventraient avec leur sabre ou leur poignard : c’est ce que l’on appelle « faire son hara-kiri ». Adolf Hitler ne termina pas son existence comme Benito Mussolini. Il se tira lui-même une balle dans la tête. Alors que pour Benito Mussolini, la honte l’accompagna aux barrières des ténèbres. Son cadavre, comme celui de sa compagne, Clara Petacci, fut profané par les partisans le 28 avril 1945 à Giulino di Mezzegra, en Italie.

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« La désoccidentalisation des savoirs », un livre de Thomas Brisson

Décentrer l’Occident sans renoncer à l’universel

Dans Désoccidentaliser les savoirs, Thomas Brisson propose une analyse nuancée et ambitieuse des circulations intellectuelles entre l’Occident et les sociétés dites du « Sud ». Plutôt que d’opposer frontalement savoirs occidentaux et savoirs non occidentaux, il interroge les conditions dans lesquelles les sciences humaines et sociales se sont diffusées à l’échelle mondiale, transformées au contact d’autres contextes, et parfois retournées contre l’hégémonie dont elles étaient issues.

L’ouvrage s’ouvre sur une série de questions provocantes : peut-on comprendre le capitalisme indien contemporain avec les catégories de Max Weber ? Analyser le suicide au Japon à partir des concepts forgés par Durkheim pour la France du XIXe siècle ? Appliquer sans précaution l’historiographie occidentale moderne à des mondes – arabe ou chinois – dotés de traditions historiques pluriséculaires ? Ces interrogations ne visent pas à disqualifier les sciences sociales européennes, mais à mettre en lumière leur inscription historique et culturelle. Elles soulignent le décalage possible entre des concepts élaborés dans un contexte précis et leur usage dans d’autres univers sociaux.

Pour autant, « désoccidentaliser » ne signifie pas rejeter en bloc les savoirs nés en Europe.

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Le monument et les traces

Visite d’échanges et de réflexion patrimoniale avec le Parc Naturel de la Martinique.

— Par Patrick Chamoiseau —

Le Château Dubuc est un haut lieu mémoriel de notre fondation collective. Nos ancêtres partagés y ont mené durant des siècles une lutte antagoniste et solidaire. Cette habitation sucrière fut l’une des plus puissantes de la côte atlantique. On y produisit du sucre, du tafia, de l’indigo ; on y exploita des terres défrichées au prix de la “désapparition” de nos ancêtres Kalinago ; on y fit travailler des centaines d’Africains, puis leurs descendants, réduits en esclavage et aux aliénations. Les archives attestent de pratiques de contrebande et d’un commerce négrier clandestin qui reliait cet endroit aux réseaux atlantiques. La prospérité du site fut brève, sa chute rapide au XVIIIᵉ siècle — mais son empreinte demeure.

Ici, comme partout ailleurs chez nous, la notion de patrimoine est problématique. La mémoire coloniale y a laissé des vestiges qui constituent un monument visible (bâtiments d’exploitation, canaux, citerne, moulin, cachot, débarcadère…), relevant d’une structure de domination totalitaire. Les mémoires amérindiennes, africaines et créoles, y ont laissé des traces qui tissent de nouvelles alchimies patrimoniales.

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Nous, médecins et scientifiques, alertons sur le décalage croissant entre l’état de la science et la fabrique de la loi

— Collectif —

Alors que le gouvernement prépare une loi d’urgence agricole, plus de 650 experts dénoncent une politique qui privilégie le court terme au détriment de la remise en cause d’un modèle dont les limites sont établies de longue date par la recherche.

Au moment où une nouvelle loi d’urgence pour l’agriculture est annoncée, la France semble rejouer un scénario désormais bien connu. Face à une colère agricole profonde et légitime, la réponse politique privilégie des mesures de court terme, repoussant, une fois encore, l’examen de fond d’un modèle agricole dont les limites sont établies de longue date par la recherche.

Nous, médecins et scientifiques issus de disciplines allant de l’économie à la toxicologie en passant par l’agronomie, prenons aujourd’hui la parole collectivement pour alerter sur le décalage croissant entre l’état des connaissances scientifiques et la fabrique de la loi. Non pour opposer agriculture et environnement, mais pour rappeler la nécessité de les reconnecter, au moment où les orientations politiques adoptées ces dernières années s’éloignent dangereusement de ce que recommande la science.

Destruction de la biodiversité

Le diagnostic est clair.

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