Autour de « Sexe & colonies »

Exposition – ouvrage – colloque

D’octobre à décembre 2019, plusieurs événements viendront structurer le programme Sexe & colonies, dans le prolongement de l’ouvrage publié en septembre 2018. En tout premier lieu, la présentation de l’exposition Sexe, regards & colonies, inspirée de l’ouvrage édité aux Éditions La Découverte, qui sera présentée pendant 15 jours au Festival des Rendez-vous de l’Histoire de Blois au sein de la bibliothèque Abbé-Grégoire. Le 14 novembre 2019, sera publié au CNRS Éditions le second volet éditorial de ce programme dans l’ouvrage collectif regroupant une cinquantaine de contributions issus des colloques organisés en 2018 et 2019, sous le titre Sexualités, identités & corps colonisés. À l’occasion de l’édition de cet ouvrage, un colloque est proposé au CNAM le 3 décembre 2019 (le premier d’une longue série qui sera proposée en 2020 en France et aux États-Unis), autour de la lecture des images, sous le titre Images, colonisation, domination sur les corps. Cette rencontre sera l’occasion de présenter le nouvel ouvrage.
 

Actualité 1

Exposition « Sexe, regards & colonies »

Du 4 au 19 octobre 2019
Bibliothèque Abbé-Grégoire, Blois

Dans le cadre  des 22e Rendez-vous de l’Histoire de Blois, la bibliothèque Abbé-Grégoire accueillera la présentation de l’exposition « Sexe, regards & colonies », conçue par le Groupe de recherche Achac. L’exposition s’inscrit dans le programme de recherche « Sexe & Colonies » et analyse comment, depuis le XVe siècle, l’invention de l’« Autre » s’inscrit dans un processus de domination des territoires, mais également des corps. Cette exposition revient sur la construction de l’imaginaire occidental, fondé sur les représentations fantasmatiques des hommes et femmes des Suds.
Elle s’organise en plusieurs grands ensembles : le premier traite du « Fantasme » et analyse les thèmes de la découverte, de l’érotisme colonial, de la pornographie, des stéréotypes et le rapport à la femme blanche. La seconde thématique développe la notion de « domination » et analyse le rôle de l’esclavage, l’économie des corps, la violence physiques et les humiliations. Le troisième thème intitulé « L’Autre » examine les apports de l’anthropologie et du contrôle des corps, l’exhibition, les métis et les métissages. Le quatrième ensemble revient sur les enjeux,  liés aux corps, noirs, orientaux, asiatiques et océaniens. L’exposition se clôture sur la notion de « Résistance » et aborde les questions du couple mixte, des luttes et guerres d’indépendance, des arts et de la déconstruction. La présentation de l’exposition à Blois sera l’occasion de participer à une visite de l’exposition en présence de Pascal Blanchard, historien spécialiste de l’histoire des immigrations et du fait colonial et codirecteur du Groupe de recherche Achac.

 Sexe, regards & colonies

« Coloniser, c’est introduire systématiquement de la différence aussi bien dans la parure que dans la cosmétique des corps, dans la chair et par extension dans la structure même du fantasme. »

Achille Mbembe

L’exposition Sexe, regards & colonies raconte comment, depuis le XVe siècle, les empires coloniaux en Europe, au Japon et aux États-Unis ont inventé leur « Autre » dans le souci constant de le dominer —physiquement ou mentalement — en prenant possession tant de son territoire que de son corps. Au cours de leurs vastes entreprises de domination coloniale, les Occidentaux ont ainsi massivement produit et fabriqué des images stéréotypées et fantasmées de l’« Autre », diffusées via une multitude de supports(littérature, peinture, cinéma, photographie, cartes postales…). Cette culture visuelle – qui a légitimé la domination, façonné les imaginaires et entraîné une fascination pour le corps de l’« Autre » – a produit, in fine, un ensemble de fantasmes s’imposant à tous pendant la colonisation et qui perdure dans le présent. Sexe, regards & colonies s’attache ainsi à décrypter et à déconstruire, à travers cinq thématiques – Fantasmes, Dominations, L’ « Autre », Corps et Résistances –, cette histoire méconnue qui a concerné tous les empires. Dès leurs premières rencontres avec les Amérindiens au XVe siècle, les Européens sont fascinés par ces femmes et ces hommes, nus et « sexuellement libres ». Jusqu’au XVIIIe siècle, la littérature et les arts reproduisent cette image, installant dans l’imaginaire occidental le fantasme des paradis terrestres. À la même époque, l’esclavage se développe entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques : le droit de posséder le corps de

l’« Autre » noir devient un droit et une norme. Le monde s’établit alors selon un ordre sexuel qui autorise les colonisateurs à exercer un pouvoir sur les corps « étrangers », partout où ils se trouvent. À partir du XIXe siècle, et plus particulièrement dans les années 1820-1840, les choses changent avec la constitution de nouveaux empires. Dès lors, s’appuyant sur la légitimité d’un « racisme scientifique » qui éclot au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, les autorités coloniales s’organisent dans le but de contrôler les populations « indigènes », la sexualité,la prostitution, les rapports entre colonisateurs et colonisés et le cadre social de chaque population. La peur du métissage devient un thème central dans les empires européen et états-unien et cette crainte conduit à la réglementation des relations matrimoniales, à des législations sur les métis et, partout, à l’encadrement de la prostitution. Les femmes en sont les premières victimes devenant le plus souvent, des « objets sexuels », comme en atteste la production populaire d’images « exotiques » et érotiques dans les métropoles coloniales.

« Congaï » (jeune fille indochinoise), « négresse » et « Mauresque » hantent désormais l’imaginaire occidental. Les hommes sont eux aussi mis en scène, exhibés et réduits à leur seule corporalité, survirilisée ou efféminée comme en Inde, en Indonésie ou en Indochine. La femme blanche n’échappe pas non plus aux fantasmes projetés sur l’« Autre » et symbolise la ligne raciale, la color line, à ne pas franchir pour les hommes « indigènes ». La Première Guerre mondiale
(1914-1918), marque un nouveau basculement car l’« Autre » (combattant, ouvrier, figurant ou artiste) se trouve désormais au cœur des métropoles ; le temps de l’entre-deux-guerres sera celui du cosmopolitisme et des premières relations mixtes dans les métropoles.

Puis, avec l’effondrement des empires à partir de 1945 (et jusqu’en 1975 pour l’Empire portugais), les violences sexuelles contre les femmes deviennent systémiques de même que l’utilisation du viol comme « arme de guerre » dans tous les empires coloniaux. Les héritages de cette longue histoire demeurent encore vivaces aujourd’hui. Les regards sur l’« Autre » sont en effet toujours empreints des fantasmes visuels du passé, en témoignent de multiples pratiques contemporaines comme le tourisme sexuel ou la pornographie, qui thématise ses productions selon des critères raciaux. Face à leur persistance, nombreux sont les artistes qui s’engagent à déconstruire les stéréotypes et à détourner les imaginaires hérités du passé afin d’offrir de nouveaux regards sur l’altérité.

L’exposition Sexe, regards & colonies propose ainsi une approche inédite de cette culture visuelle, tant par son ampleur chronologique, la densité de son iconographie, sa diversité géographique que par la multiplicité des angles abordés. Elle en présente également les héritages contemporains qui sont au cœur des enjeux de métissage et de diversité dans les sociétés postcoloniales du XXIe siècle.

Actualité 2

Ouvrage « Sexualités, identités & corps colonisés » (XVe-XXIe siècle)

En librairie le 14 novembre 2019
  Ouvrage, 600 pages, CNRS Éditions

Sous la direction de Gilles BOËTSCH, Nicolas BANCEL, Pascal BLANCHARD, Sylvie CHALAYE, Fanny ROBLES, T. Denean SHARPLEY-WHITING, Jean-François STASZAK, Christelle TARAUD, Dominic THOMAS et Naïma YAHI. Avant-propos de Antoine PETIT, Président-Directeur général du CNRS. Postfaces de Leïla SLIMANI & Jacques MARTIAL 

Longtemps passées sous silence, la sexualité dans les empires coloniaux et la domination sur les corps apparaissent aujourd’hui comme des sujets de recherches majeurs. Les héritages de cette histoire font désormais débats dans nos sociétés de plus en plus métissées et mondialisées. Six siècles d’histoire ont construit des imaginaires, des fantasmes et des pratiques analysés dans cet ouvrage au fil des cinquante contributions de spécialistes internationaux. Coordonné par un collectif paritaire de dix chercheur.e.s de plusieurs disciplines, l’ouvrage Sexualités, identités, et corps colonisés tisse des liens entre passé et présent, et explore les nombreuses facettes de cette histoire. La publication de Sexe, race & colonies en 2018 a initié débats et polémiques, mais a aussi reçu un écho sans précédent. Ce nouveau livre va plus loin.

Aux quinze articles majeurs du précédent ouvrage réédités pour les rendre accessibles au plus grand nombre, ont été ajoutées plusieurs tribunes autour du précédent livre, ainsi que trente contributions inédites éclairant la transversalité de cette question dans tous les empires coloniaux jusqu’aux sociétés postcoloniales actuelles. La parution de Sexualités, identités et corps colonisés est un évènement scientifique. Ce livre permet de saisir comment la sexualité et les hiérarchies raciales ont été consubstantielles à l’organisation du pouvoir dans les empires et à l’invention d’imaginaires sexuels transnationaux. Déconstruire les regards coloniaux qui sont omniprésents dans nos représentations suppose de regarder en face ces images, cette hégémonie sexuelle mondialisée et ce passé aussi complexe soit-il. C’est à ce prix qu’une décolonisation des imaginaires sera possible.

Le livre s’organise en quatre parties, Discours, fantasmes et imaginaires (1), Sexualité, prostitution, corps (2), Science, race et ségrégation (3), Dominations, violences et viols (4), Spectacles, nouveaux territoires de l’érotisme, cinéma et mises en scène (5). Il propose près d’une cinquantaine de contributions, dont la majorité son inédites, et propose un panorama à 360° des enjeux et des questions autour de la sexualité aux colonies et ses héritages dans le présent. Ce livre somme, publié un an après le précédent ouvrage aux Éditions la Découverte, va permettre de revenir sur tous les débats qui ont accompagnés la première publication en 2018, de répondre à toutes les interrogations et questionnements que cette publication-événement a engagé en France et à l’étranger. Il est aussi le fruit des colloques organisés depuis douze mois et des communications proposées dans ceux-ci (à Columbia-Paris, au Musée national de l’histoire de l’immigration-Paris, à l’université de Lausanne-Suisse, à l’université de Genève-Suisse et à UCLA-Los Angeles), mais il permet aussi de donner aux lecteurs accès aux grands enjeux autour de ces débats à travers la publication de cinq tribunes publiées en 2018-2019. Le livre sera présenté le 3 décembre 2019 en avant-première lors du colloque au CNAM. Plusieurs rencontres et présentations seront programmées en 2020 autour de l’ouvrage. 

Actualité 3

Colloque « Images, colonisation, domination sur les corps »

Mardi 3 décembre 2019, de 9h00 à 19h00
Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris

Entrée libre, places limitées

Dans le continuum du cycle de conférences et de colloques proposés depuis septembre 2018 autour de l’ouvrage Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours (La Découverte, 2018), et à l’occasion de la nouvelle publication Sexualités, identité & corps colonisés. XVe – XXIe siècle qui paraîtra fin novembre 2019 aux CNRS Éditions, le Groupe de recherche Achac organise un colloque le 3 décembre 2019 au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM, Paris). Ce colloque se propose, de manière originale, de discuter de l’impact de l’iconographie dans la fabrication des imaginaires. Il réunira de nombreux chercheur.e.s, spécialistes et artistes lors de cette journée.