Selim Lander

« Circus Baobab »

S’envoyer dans l’air

— par Michel Herland — Variation : On pourrait voir le grand plateau d’un lointain théâtre jonché de déchets de plastique blanchâtres sous la lumière des projecteurs comme une provocation aux bozarts et puis sans doute ou peut-être ça dépend qui se dirait-on que non que les bozarts n’ont plus lieu d’être en ces temps troublés que le beau en tout état de cause n’est plus de mise qu’on se trimballe dans la laideur zones commerciales hideuses sacs d’ordure éventrés véhicules hors d’usage placidement qui rouillent routes jonchées de détritus plages prises d’assaut par le trop-plein du monde les montagnes elles-mêmes souillées plus d’espace vierge partout notre laideur s’affiche on n’ose plus se regarde plus en face tellement repoussants nous sommes obèses dès l’enfance et après ça ne s’arrange pas les cuisses qui frottent l’une contre l’autre les corps qui ridicules se dandinent les gros dégueulasses les maigres à faire peur les tordus les bancals les ridés comme vieille pomme gueules repoussantes de tortue malade les miséreux dans les vaps qui font la manche ils n’auront rien pas de pitié pour les minables tout est moche malsain ça pue notre merde qui envahit tout alors les bozarts rien à vraiment plus rien à foutre on se console devant la télé les paysages inviolés qu’ils disent moi j’y crois pas les émissions animalières les bêtes sauvages dommage que soient les dernières condamnées qu’elles sont chacun le sait une larme puis on s’en fout d’autres chats à fouetter tiens les chats j’oubliais les chats chats errants maigres à mourir animaux familiers tu parles qui tuent les derniers oiseaux et les chiens galeux qui hurlent la mort au bout de la chaîne chiens fidèles qui montrent les crocs pourrais continuer mais avez compris c’est votre monde alors les bozarts plus de saison c’est sûr et certain comme deux et deux font quatre enfin ça c’est plus trop sûr ni certain vu que les mathématiques c’est juste pour rabaisserhumilier les têtes mal faites et il en manque pas de celles-là donc les bozarts c’est fini vive les laidzarts le lézart le trash c’est ça qu’on veut on est habitué ça dépayse pas et puis pas le choix faut faire mauvaise fortune mais bon cœur comme se dit donc j’y reviens à mon théâtre le plateau couvert jonché de trucs dégueulasses en plassetique en réalité si tu regardais bien ce serait des bouteilles écrasées et si tu regardais encore mieux pas de VittelVichyEvianSaintYorreSanPéDidier des bouteilles en plassetique ultrafin où ce qu’on met l’eau pour les pauvres et d’abord c’est pas étonnant vu que ce seraient des Africains-crève-la-faim qui les auraient jetées là sauf que là me suis bien planté à voir les muscles ces gus peuvent pas crever la dalle ceux-là bouffent leur quotidien bifetèque oh putain ça impressionne je les ai comptés dix qu’ils sont tous baraqués tout pareil les deux nanas pareil bref ils ont des muscles et des bouteilles pas toutes écrasées d’autres en état à peu près vu le plassetique si fin et même d’aucunes des cabossées avec de la flotte ou du bandji dedans dedans j’y étais pas donc ces gus ou gusses de la Guinée qu’ils seraient je t’ai pas dit t’as peut-être deviné rapport au bandji avec leurs muscles bifetèqués font des trucs pas catholiques comme s’envoyer en l’air ça ça te plaît pas vrai bon ils font ça à leur mode qui pourrait te surprendre vu que c’est au propre qu’il s’y envoient dans l’air et dans des positions que t’imaginerais pas sont raffinés à leur façon enfin si t’as rien d’autre à faire tu pourrais les considérer tu en apprendrais des belles sur ces façons de s’envoler ben oui ils s’envolent vraiment ces gus et gusses tu l’aurais pas cru hein bon entre deux bagarres faut quand même pas exagérer la poésie pouètpouèt c’est d’autre temps on est trash de chez trash faut plus rêver au bon vieux temps tu me diras ce que t’en penses moi en tout fin de compte bien pesé j’aime plutôt bien les laidzarts et puisque t’as pas le choix…

Circus Baobab (acrobaties aériennes théâtralisées), Guinée.

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Trois artistes martiniquais à la Fondation Clément

— par Selim Lander —

La Fondation Clément s’attache à faire voir, à promouvoir les artistes antillo-guyanais, tout en faisant découvrir à son public des œuvres venues d’autres horizons mais le plus souvent en relations historiques et affectives avec la Martinique (l’art traditionnel africain, l’art contemporain du Bénin, Télémaque, Pascale Marthine Tayou, etc.). Trois artistes martiniquais, dont un « importé », sont en ce moment à l’affiche, soit dans l’ordre alphabétique Claude Cauquil, Alain Dumbardon et Robert Manscour. Comme ces artistes sont déjà bien connus des amateurs, on se contentera d’examiner ici deux œuvres de chacun.

Les Temps recomposés de Claude Cauquil

En dehors même des amateurs, tout le monde connaît Claude Cauquil à la Martinique, tout en ignorant parfois son nom, pour les grandes fresques peintes sur nos murs, avec ou sans son ami Mickaël Caruge, telle, pour ne citer qu’un exemple, la série de visages plus grands que nature sur le mur situé en face du magasin Bricorama, ex Weldome, à Fort-de-France. Son art, néanmoins, est bien plus divers et s’est encore diversifié au cours du temps avec, d’une part, l’apparition de broderies minutieusement confectionnées et, d’autre part, à l’opposé pourrait-on dire, des toiles de grand format vigoureusement brossées représentant des paysages naturels.

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« Le Monologue du gwo pwèl »

Texte Fabrice « Makandja » Théodose, m.e.s.  Patrice Le Namouric

« Tout passe
il paraît
mais pour que ça passe
il faut parler »

— par Selim Lander — Des formules qui font tilt comme celle que l’on vient de lire, il y en a plein dans cette pièce qui tient à la fois du slam, du seul en scène, du stand-up et du théâtre, bref un objet scénique que l’on n’a guère l’habitude de voir dans la salle à l’italienne, temple du théâtre d’antan, de la mairie de Fort-de-France. Sans doute cela explique-t-il pourquoi le public qui remplissait la-dite salle n’était pas tout à fait le même que celui que l’on y rencontre habituellement. Notons avant d’aller plus loin que l’aphorisme mis en exergue est une habile justification du propos de la pièce.

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« L’Imprévisible Rencontre » par Dominique Berthet

Par Selim Lander —

Dominique Berthet est professeur à l’Université des Antilles, directeur de la revue annuelle Recherches en Esthétique (qui en est à sa trentième livraison) et l’auteur de nombreux ouvrages. Celui qui vient de paraître présente un intérêt particulier pour les lecteurs avertis, lorsque l’auteur, abandonnant à la fin le ton professoral, raconte quelques-unes des rencontres « magnétiques » – suivant la terminologie introduite au début du livre – avec des œuvres ou des artistes qui l’ont marqué.

Au-delà de cet éclairage sur les préférences esthétiques de l’auteur, l’ouvrage présente un double intérêt. Les lecteurs désireux de s’initier à l’art y trouveront des connaissances, organisées à partir du thème de la rencontre, qui apportent des réponses à deux questions fondamentales : qu’est-ce qu’être artiste et qu’est-ce qu’être spectateur (ou regardeur) ? Les autres lecteurs qui ont déjà quelques lueurs à propos de ces deux questions ne seront pas mécontents de les préciser, même s’ils s’arrêteront sans doute davantage sur les exemples, assortis d’une riche iconographie, qui viennent compléter les explications théoriques.

Il y a des rencontres fécondes, bien documentées dans l’ouvrage, tant du côté des artistes (celle de Wifredo Lam avec Picasso par exemple) que du côté du public (comme celle de Berthet lui-même avec l’œuvre de Zao Wou ki, relatée parmi d’autres à la fin).

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« Femme ! » de Cindy Richard

— Par Selim Lander —

La Martinique a eu la primeur de Femme !, une pièce écrite et mise en scène par Cindy Richard, également présente sur le plateau avec quatre autres comédiennes. Comme le nom le laisse deviner, il s’agit d’une pièce féministe et celle-ci se développe sur deux axes : 1) les combats des femmes et leurs acquis et 2) en contrepoint, toutes les violences, toutes les injustices dont elles demeurent victimes. Vaste programme qui risque de paraître indigeste, mais ce ne fut certainement pas le cas pour le public martiniquais qui a beaucoup applaudi, pendant et après.

On ne sait jamais avec ce genre de pièce à messages si le public est heureux de se voir conforté dans ses certitudes, qu’elles lui viennent de son expérience vécue ou qu’elles correspondent à son idéologie (1), c’est-à-dire à tout ce qu’il a déjà appris et retenu de son milieu familial, de ses fréquentations, des médias, de l’école, etc., ou bien s’il est séduit par le côté spectaculaire, à moins que ce ne soit les deux à la fois.

Le critique qui, fatalement, n’en est pas à sa première pièce féministe, s’intéresse surtout à la manière dont tout cela (car la pièce vise à l’exhaustivité) peut faire théâtre.

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« Les Cœurs andalous » d’après Carole Martinez, adaptation et m.e.s. Estelle Andrea

— par Selim Lander — Décidément les romans de Carole Martinez sont faits pour le théâtre. Après Du domaine des murmures mis en scène avec succès à plusieurs reprises, c’est maintenant au tour des Roses fauves – cette fois sous un nouveau titre – par Estelle Andrea, une habituée du Théâtre Aimé Césaire où nous l’avons vue, dernièrement, comme autrice-comédienne, dans Sur les pas de Léonard de Vinci et un an plus tôt comme metteuse en scène (associée à William Mesguich) d’Une Tempête de Césaire, spectacle mémorable et succès d’autant plus méritoire qu’il réunissait un grand nombre de comédiens amateurs mais qui surent se montrer à la hauteur de l’enjeu.

Le roman Les Roses fauves part d’une ancienne coutume espagnole. Avant de mourir, les femmes brodaient un coussin rempli de billets où elles enterraient leurs secrets. Naturellement, ces coussins légués à la fille aînée ne devaient en aucun cas être décousus, à moins d’un grand malheur. Mais, bien sûr, le tabou est brisé dans le roman, faute de quoi il n’y aurait rien à raconter ! La dernière de ces femmes, la sixième dans la lignée, celle qui lève le pot aux roses, a donc hérité de cinq coussins de ses ascendantes maternelles, soit ses mère, grand-mère, bi- tri- et quadrisaïeule.

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« Un Égyptien peut-il parler anglais ? » de Noor Naga

— Par Michel Herland —

«Une Américaine au Caire », ce titre eût été plus clair. En anglais d’où le livre est traduit, c’était If un Egyptian Cannot Speak english, ce qui ne valait pas mieux que le titre retenu pour l’édition française. Outre leur manque d’élégance, ces deux titres, l’anglais comme le français, ont le défaut de nous mettre sur une fausse piste en nous promettant une histoire plutôt drôle, ce qui est loin d’être le cas ; nous nageons au contraire en plein drame.

Oublions le titre puisque l’histoire – dramatique donc – contée par Noor Naga ne manque pas d’intérêt, d’autant qu’elle est astucieusement menée. L’auteure, à l’instar de son héroïne, est américaine d’origine égyptienne, comme elle venue enseigner l’anglais au Caire à la recherche de ses racines. À la différence de son héroïne Noor Naga a bénéficié d’une bourse d’écriture et, à voir comment ce roman plus ou moins auto-fictif (dans quelle mesure, le lecteur ne peut le savoir) est construit, elle a dû participer à un atelier d’écriture romanesque (creative writing) comme il s’en donne tant dans les université d’Amérique du Nord.

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« Sélune » au festival Labadijou

–Par Selim Lander —

Sélune pour tous les noms de la terre est une œuvre de Faubert Bolivar, martiniquais d’origine haïtienne, philosophe, auteur de théâtre confirmé dont plusieurs pièces ont été couronnées par des prix. Sa pièce La Flambeau a été produite sous la forme de mini-opéra au Canada. Quant à Sélune c’est un beau texte à lire autant qu’à écouter au théâtre, un texte prenant, dur, poignant parfois tout en étant un document sur la société haïtienne, avec le chômage endémique, la corruption, et, sous-jacente, la débrouillardise (des mères surtout !) qui permet, malgré tout, de vivre ou au moins de survivre. La pièce a été écrite avant le tremblement de terre de 2010 et le déferlement des gangs. C’est donc un autre Haïti que celui d’aujourd’hui, certes mal en point mais pas totalement décomposé. Par exemple, lorsqu’un nouveau dictateur prend le pouvoir, il cherche à se concilier l’opinion en « donnant le baccalauréat au peuple », c’est-à-dire en gonflant artificiellement le taux de réussite (est-ce pour la même raison que le taux de réussite à ce même examen est si élevé en France ?)

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« Kreyol Man La » : de la belle danse, mais…

— Par Selim Lander — Alfred Alerte est un chorégraphe d’origine martiniquaise, installé en Métropole dans un lieu nommé la Bergerie de Soffin (département de la Nièvre). Dans Kreyol Man La, il revient sur son enfance à Trenelle, en danse, en musique… et en paroles. Disons tout de suite pour lever toute ambiguïté que nous avons aimé cette pièce, tout en déplorant un mélange de genres bien superflu, même s’il est évidemment légitime qu’un créateur ait envie d’exprimer ce qu’il a sur le cœur. Et sans doute le fait que cette pièce soit créée à la Martinique après une dernière résidence sur place explique-t-il en partie ces débordements. Sans doute explique-t-il aussi l’apparition à la fin de la pièce de cinq danseuses bèlè : un geste sympathique mais le contraste entre les deux sortes de danse ne pouvait pas être à l’avantage de la seconde. En l’occurrence, l’apparition de ces cinq danseuses apparaît plutôt comme une intrusion qui vient casser l’ambiance, de même que le retour, au milieu de la pièce, du conteur créole que nous avions déjà largement entendu dans un prologue délivré au pied du plateau puis sur le plateau.

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Une pièce…d’«Or» – Cendrars/Simonin

Au TAC du 16 au 18 janvier à 19h30

— Par Selim Lander —

Blaise Cendrars (La Chaux-de-Fonds 1887 – Paris 1961) dont on connaît avant tout La Prose du Tanssibarien et de la petite Jehanne de France (1913) fut non seulement poète mais également journaliste et, pour ce qui nous intéresse ici, romancier. De nationalité suisse, il s’engagea dans l’armée française en 1914, fut gravement blessé dès 1915 et amputé du bras droit.

L’Or qui date de 1925 et marque l’entrée de Cendrars dans le genre du roman rapporte l’histoire véridique d’un de ses compatriotes, Johann August Sutter (1803-1880), un aventurier au destin exceptionnel, puisque, après avoir émigré en Amérique et gagné non sans mal (via Vancouver et Honolulu) une Californie encore mexicaine et misérable, il parvint à bâtir en quelques années un empire agricole (New Helvetia), au détriment des Indiens et grâce à des ouvriers-soldats en grande partie kanak. Après la réunion de la Californie aux États-Unis, il fut nommé capitaine, puis général, tout en poursuivant ses entreprises. Véritable coup de théâtre : la ruée vers l’or, à partir de 1848, vit l’envahissement de ses terres par des bandes incontrôlables et sa ruine, ou presque.

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« L’homme qui voulait peindre des fresques » de Michel Herland

— Jean-Noël Chrisment (revue Esprit n° 517-518, janvier-février 2025) —

Il y a une élégante humilité dans ce titre, L’Homme qui voulait peindre des fresques, faisant d’emblée douter qu’il y soit parvenu. Au dernier tiers du recueil, un poème au ton très détendu, reprenant, à peine modifié, ce titre dans le sien, en émettra de nouveau le doute, plus explicitement encore, resserrant sa dérision d’un humoristique « peut-être ». C’est une position d’écriture à laquelle peut d’emblée répondre, ici, celle d’une lecture qui sera celle, en toute simplicité, d’un partage attentif d’intérêt avec Michel Herland pour ce qui insiste en l’homme, persiste en lui de ce « haut-langage » du poème, dont le rapport au merveilleux terrifiant du monde s’est sans doute instauré bien avant que la Grèce ne lui prête cette hauteur. Au fond, sans doute, dès que l’homme a su s’interroger sur ce qui le dépassait de ce monde incompréhensible où il se trouvait jeté, au mutisme « déraisonnable » en tout cas devant ses questionnements. Sur ce qu’il redoutait comme plus durable, plus éternel ou d’une menace plus opiniâtre, derrière les rugosités passagères de l’instant ou les atermoiements fragiles d’une époque.

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« Pierre-Monde, l’œuvre au noir » d’Izae Etifier

— Par Selim Lander —

Après Fonds Saint-Jacques, c’est au tour de Saint-Pierre d’accueillir la nouvelle exposition d’Izae Etifier et elle vaut le détour. Pour qui découvre cette artiste, c’est une vraie et très bonne surprise. « L’œuvre au noir », c’est d’abord ces gros cailloux suspendus dans l’espace ou déposés sur une table, voire posé carrément sur le plancher comme le gros rocher qui nous accueille en haut de l’escalier (comme toujours, au Créole Art Café, c’est en effet à l’étage avec son balcon sur la rue que se tient l’exposition, là où jadis se trouvaient les chambres des clients, puisque ce lieu agréablement ou mieux artistement décoré fut jadis un hôtel). L’artiste qui se dit en quête de la pierre philosophale (voir infra) l’a trouvée avec ses cailloux, des artefacts qu’elle a fabriqués elle-même dans la tradition des alchimistes dont elle semble vouloir se revendiquer.

Les tableaux accrochés sur les murs ne sont pas noirs mais ils demeurent dans des teintes généralement sombre, rouille ou vert profond, des abstractions traversées parfois de grandes lignes verticales, ou qui dans de rares cas, comme dans le tableau à dominante verte qui apparaît ici derrière l’artiste, confine au réalisme (on peut y voir l’image d’une mer verte avec des nuances de bleu, sur un fond corallien).

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Mes vœux à la classe politique martiniquaise

— par Michel Herland — Ce début d’année voit déferler, et c’est normal, les vœux de diverses personnalités de notre île. Ils appellent à mobiliser nos énergies dans le bon sens, et c’est normal, ne manquant pas de parler de nos principaux atouts : notre jeunesse pleine d’énergie, notre belle nature. Comme la plupart de ces personnalités sont aux affaires à un titre ou un autre, j’aurais préféré qu’elles annoncent ce qu’elles entendent faire concrètement dès cette année pour mobiliser la jeunesse et mieux tirer partie de la nature.

La nature nous offre la richesse de son sol et la beauté de ses paysages. Agriculture et tourisme donc. L’agriculture tout d’abord. On parle beaucoup de l’autosuffisance alimentaire : s’en soucier est en effet nécessaire. En ces temps troublés il est loin d’être inconcevable que, en raison d’une crise particulièrement grave, le cordon ombilical avec la « mère patrie » se rompe. « En temps Robert », alors que la Martinique était bien moins peuplée qu’aujourd’hui et encore principalement rurale, il lui fut bien difficile de se nourrir. Qu’en serait-il aujourd’hui ?

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« Benoît blues », un roman moderne

— Par Michel Herland —

Les éditions Mémoire d’encrier basées à Montréal, spécialisées dans les auteurs de la diaspora (souvent haïtiens ou d’origine haïtienne comme le directeur de la maison d’édition) et issus des peuples premiers nous offrent cette fois le premier roman d’un comédien noir de nationalité française.

C’est d’abord l’histoire de deux copains d’école, à Paris, soit Geoffrey, le petit Blanc dit « Petit Bâtard » et Benoît, le petit Noir dit « Petite Merde ». Qui grandissent et l’histoire deviendra alors triangle mais le lecteur ne l’apprendra que tardivement. Geoffrey a rencontré Édith, l’a épousée, ils forment un couple modèle avec une petite fille, une joyeuse bande de copains rencontrés à l’école d’architecture pour la plupart. Benoît n’a pas connu la même réussite, orienté vers l’enseignement technique il a fait un peu tous les métiers, de maçon à éducateur en passant par fleuriste ou musicien. Il a aussi fait l’acteur, comme l’auteur du roman dans la vraie vie mais l’on n’en saura pas davantage à ce sujet.

Dès le début, nous apprenons le suicide de Benoît, puis l’histoire semble s’orienter vers le récit idyllique de la famille de Geoffrey racontée par lui-même, un sujet qui ne peut pas demeurer passionnant longtemps, et de fait, peu à peu, le récit revient vers Benoît par le biais du journal qu’il a légué à Geoffrey.

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« Faire courir le monde »

— Par Michel Lercoulois —

Quel beau titre pour un recueil mêlant images et poèmes, issu de la toute jeune maison d’édition, Ad Verba, bel objet de surcroît avec son élégante couverture à rabats, le papier et la typographie soignés. Ce petit mais beau livre est né du pari des deux fondateurs de la maison, deux plasticiens – l’une qui tisse, Christine Lumineau, l’autre, Xavier Ribot, qui crée des installations, en général de taille réduite – de proposer les photographies d’une centaine et plus de leurs œuvres à la libre inspiration des poètes. Seule contrainte : se maintenir entre dix et vingt lignes. On sait quelle soif d’écrire anime tant de nos contemporains. Alors que le lancement de ce concours fut discret, ils furent deux-cent-vingt poètes à répondre, proposant exactement trois-cent-quatre-vingt-neuf textes comme nous l’apprend la quatrième de couverture. On est en droit de parler de concours car ne furent finalement retenus que trente-huit poèmes (soit à peu près un sur dix) à raison d’un seul par auteur, soit trente-huit auteurs, poètes ou apprentis poètes plus ou moins aguerris mais, avec une sélection aussi drastique, le résultat ne pouvait qu’être bon, même si, évidemment, la sensibilité du lecteur s’accordera plus facilement avec celle de certains des auteurs plutôt que d’autres.

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Élégie tropicale

Nota bene : Le poète n’analyse pas, n’explique rien. Ses poèmes sont des contes que chacun peut déchiffrer à sa guise. À l’instar du photographe ou du peintre, le poète prend des instantanés et s’efforce de décrire ce qu’il a observé avec son propre vocabulaire. Bien que le poète raconte ce qu’il voit, qu’il ne juge pas, son regard est sélectif et il ne cache pas ses états d’âme. S’il est « voyant », comme dit Rimbaud, il ne faut pas l’entendre au sens où il verrait plus clair que les autres, mais simplement qu’il faut le laisser libre de voir, parfois, autrement. Michel Herland.

Tes grands arbres à l’assaut des mornes jusqu’au ciel
Les lianes qui s’accrochent aux fromagers
Les fleurs sauvages de tes savanes
Tes gamins sourire-soleil
Les mamzels longues jambes
Les vieillards en ont vu d’autres
endimanchés de blanc
ils accompagnent l’un des leurs
à sa demeure dernière

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« Marion 13 ans, pour toujours » au théâtre

— Par Selim Lander —

Le suicide de la jeune Marion fut d’abord un fait divers, en 2013, avant de devenir en 2015 un livre écrit par Nora Fraisse, la maman de Marion, puis un film en 2016, enfin une pièce de théâtre en 2022. Le titre du livre (repris pour le film et la pièce) exprime d’abord un sentiment de perte : Marion n’est plus, elle ne dépassera jamais l’âge de 13 ans, celui de sa mort, ses parents ne la verront plus grandir, elle a disparu définitivement dans le caveau où elle est enterrée. Encore faut-il comprendre ce qui s’est passé, quel enchaînement véritablement fatal a pu conduire une jeune adolescente à accomplir l’irréparable ?

Marion 13 ans, pour toujours est présentée comme une pièce d’utilité publique. On ne le contestera pas. Et l’on encouragera même les parents et les professeurs à ne pas manquer les occasions qui se présenteront d’y conduire leurs enfants ou élèves. Le parti de présenter le harcèlement sans le montrer est en effet globalement réussi. On ne verra jamais les collégiens qui s’acharnent sur Marion.

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« Ya Ax Thé », une rétrospective du groupe Fwomajé

— par Selim Lander —

Préambule : Lors d’une table-ronde qui s’est tenue le 4 décembre à Tropiques-Atrium en marge de l’exposition Fwomajé, les artistes présents se sont plaints de pas être suffisamment mis en lumière dans les médias. Si cela est en effet possible pour les chaînes de radio et de télévision, comme dans l’unique quotidien de l’île et les quelques magazines existants, on ne saurait adresser ce reproche à Madinin’art, sous la houlette de Roland Sabra, qui ne se contente pas d’annoncer les événements culturels mais publie régulièrement des comptes rendus, critiques s’il y a lieu, des spectacles vivants comme des expositions organisées ici ou là et qui ne demande pas mieux que de donner la parole aux artistes désireux de s’exprimer. En l’occurrence, Madinin’Art a déjà largement annoncé l’exposition Fwomajé en reproduisant plusieurs textes du catalogue dès le 3 octobre et, quelques semaines plus tard, par un texte soulignant combien cette manifestation était « incontournable », suivi de l’annonce des rencontres organisées à l’occasion.

Autre sujet d’étonnement pour qui assistait à cette rencontre : que l’extraordinaire travail de la Fondation Clément en faveur des artistes locaux (expositions collectives, personnelles, rétrospectives en tout genre qui font chaque fois l’objet d’une large publicité) n’ait pas été mentionné (en dehors d’une allusion sibylline à une lointaine exposition à « la Case à Léo »).

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« Art en Liberté » : une exposition de L’Art Gonds Tout

par Marie Alba.

Du 07 au 14 décembre 2024 de 10H00 à 18H00. Vernissage le vendredi 06 Décembre de 18H00 à 21H00. Galerie C’CYL Art, Fort de France.

La galerie C’CYL ART accueille à partie du 6 décembre l’exposition Art en Liberté. La liberté dans toutes ses acceptions, celle qui confère à l’artiste une palette d’expressions de tous les possibles : engagement, émotions et transcendance !

À travers différents champs des arts plastiques (peinture, sculpture, upcycling…) l’exposition Art en Liberté compose avec une diversité de questions allant du féminisme et de l’engagement en général à d’autres thématiques comme celles de l’identité, de la relation à l’autre et, aussi bien, de la joie et de l’hymne à la vie.

Chacune des œuvres est une témoignage de la liberté de l’artiste, qui ouvre des fenêtres sur des mondes différents et transmet une expérience unique. Tout en célébrant leur pluralité, les artistes de L’Art Gonds Tout renforcent leur identité collective.

Des œuvres de Michèle Laune et d’Hélène Jacob, de leurs éclatantes explosions de couleurs, jaillissent des messages forts et parfois militants.

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« L’Affaire Dussaert » : Attention à la peinture !

— Par Selim Lander —

Une heure et demie de bonheur au théâtre, ce n’est pas si fréquent. Un conférencier qui délivre un discours jamais pesant, toujours dans l’humour, souvent très drôle, tout en étant pertinent, voire percutant par moments. Telle est L’Affaire Dussaert que les spectateurs martiniquais auront pu déguster pendant les trois dernières soirées de ce mois de novembre… après bien d’autres soirées un peu partout puisque la pièce a déjà été jouée plus de huit cents fois, devant des salles pleines où se trouvaient sans doute des spectateurs qui, comme nous, n’en étaient pas à leur première représentation. Pour nous, la première fois remonte à 2015 en Avignon, la revoir à la Martinique au Théâtre Aimé Césaire était une occasion à ne manquer sous aucun prétexte, d’autant que le programme de cette année contient peu de pièces de cet acabit.

Il serait cruel de raconter L’Affaire Dussaert. On peut en donner une idée par l’anecdote suivante, attribuée à Alexandre Dumas père (in Le Corricolo, chap. 40, fin), qui est rapportée à la fin par Jacques Mougenot avec les mots de Dumas :

« Un pauvre fou de Charenton […] Sa folie était de se croire un grand peintre […] Il vous conduisait devant le chef d’œuvre, levait la toile verte, et l’on apercevait une toile blanche.

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« Traces », « Un Petit déjeuner »

— Par Selim Lander—

Les vendredis se suivent à l’Atrium et ne se ressemblent pas. Salle à peu près vide le 8 novembre 2024 pour entendre Étienne Minoungou dans un texte de Felwine Sarr ; salle comble le 15 pour voir Aurélie Dalmat dans la pièce de François Raffenaud.

Traces Discours aux nations africaines

Felwine Sarr est un intellectuel sénégalais de haute volée, agrégé de sciences économiques à la fois par le concours français et par le concours africain (CAMES), enseignant désormais à l’Université Duke (Durham, North Carolina), musulman revendiqué, partisan inconditionnel de la restitution aux pays africains des œuvres de leur patrimoine (co-auteur du rapport remis à Emmanuel Macron en 2018), fondateur à Dakar des « Ateliers de la pensée » avec Achille Mbembe. Sa parole pèse et mérite – ne serait-ce qu’à ce titre-là – d’être entendue. Dans Traces, il porte un message universel même s’il s’adresse en priorité aux Africains. Il faut, écrit-il, « pousser l’humanité plus loin, repousser l’horizon de la lumière, désensabler l’eau vive » et, certes, qui ne souscrirait pas à un si beau programme.

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« Atoumo », la nouvelle exposition du PABE au Créole Art Café

[atumo] ou l’orthographe donne le sens.
On entend [atumo] mais on l’écrit comment ?
Problème scolaire ardu mais plus encore dès qu’il s’agit de l’exprimer à travers une sensibilité esthétique.
La phonétique, ici le son des mots, ne nous donne pas l’orthographe des mots. Comment choisir entre les différentes écritures :
A tout mot/maux (n’importe lequel)
A tous mots/maux (tous les mots/maux, chaque mot/maux)
Ou encore
Atoumo la plante créole qui guérit tout
Atout mot (celui qui l’emportera, le dernier, la guerre)

C’est l’enjeu pictural, sculptural ou poétique… auquel se livrent les artistes du PABE et leurs invités dans leur nouvelle et originale exposition de novembre-décembre 2024 ! : « La Martinique [atumo] »

L’orthographe et (n’en doutons pas l’esthétique aussi) est porteuse de sens !

Selon leur dominante personnelle sentimentale politique (optimiste ou pessimiste ?).

Les un.e.s choisissant une Martinique marquée par son histoire, sa géographie ou caractérisée par sa végétation, sa gastronomie, la danse, la musique… dépeindront, dessineront, photographieront, sculpteront une Martinique résiliente ou en voie de guérison.

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« Le Chœur » / Fanny de Chaillé-Adami

— Par Selim Lander —

Pour une fois, c’est le théâtre et non la danse qui était l’invité d’Anjelin Preljocaj au Pavillon Noir à Aix-en-Provence. Le Chœur est le fruit du programme « Talents Adami Théâtre » qui invite chaque année un artiste, Fanny de Chaillé en l’occurrence, à produire un spectacle avec dix jeunes comédiens. Fanny de Chaillé, actuellement à la tête du Théâtre national Bordeaux Aquitaine, déclare vouloir pratiquer « un théâtre du corps [séparant] texte et mouvement pour mieux réagencer leur rencontre » : c’est un bon résumé de la pièce présentée à Aix et, sans doute, l’accent mis sur le corps dans ses spectacles n’est-il pas pour rien dans sa présence dans un lieu normalement dédié à la danse ?

Quoi qu’il en soit, la séparation texte/mouvement est sensible à la fois dans les figures mobiles (ou non comme lorsque les danseurs composent du mobilier, par exemple) et dans les prises de parole où ils se tiennent immobiles, groupés (« en chœur ») ou non. Autre principe qui a guidé la construction de la pièce et qui a dû s’imposer naturellement, compte tenu du contrat avec l’Adami, jouer à fond la logique du chœur en multipliant les morceaux en groupe et en faisant en sorte qu’aucun comédien ne se distingue trop par rapport aux autres.

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Théâtre : Rambert, Goupil, Van Gogh, Pirandello

Par Selim Lander —

Quelques jours à Paris, l’occasion de voir un peu de théâtre au hasard des disponibilités, car les salles sont généralement bien remplies. Certes, il y a une majorité de têtes blanches parmi les spectateurs mais le théâtre a encore de l’avenir.

Clôture de l’amour

La pièce la plus prestigieuse de ce petit échantillon, reprise parisienne du texte de Pascal Rambert couronné par deux prix (Syndicat de la critique, Centre national du théâtre), interprété par Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, les deux comédiens pour lesquels il fut spécialement écrit et qui l’ont créé lors du festival d’Avignon en 2011, joué depuis plus de deux cents fois.

Comme le titre l’indique, il s’agit d’une rupture amoureuse. Sa particularité : deux monologues séparés par un bref intermède musical (la chanson Happe d’Alain Bashung interprétée par une chorale de collégiens). L’homme tire en premier, la femme en second. Comme la pièce dure deux heures, on mesure la difficulté de l’exercice pour les comédiens, d’autant que le texte, profus, répétitif doit être particulièrement difficile à apprendre. Mais encaisser le texte de l’autre, tout en exprimant pratiquement sans bouger les sentiments qu’il provoque est également un exercice difficile.

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« Une Ombre vorace » de Mariano Pensotti

— Par Selim Lander —

La biennale d’Aix-en-Provence qui se déroule cette année du 21 septembre au 14 décembre accueille un certain nombre de spectacles théâtraux ou non (1) programmés par ou en co-production avec – comme c’est le cas ici – le Théâtre du Bois-de-l’Aune. Après Bye Heart de Tiago Rodrigues (2), voici une pièce de Mariano Pensotti commandée par le Festival d’Avignon pour des représentations hors les murs dans des lieux non dédiés au théâtre afin d’attirer un public non habitué, avec toutes les contraintes que cela suppose : espace restreint, non équipé, décor facilement transportable. À Aix, elle est présentée sur le plateau du théâtre de l’Archevêché où sont installés trois gradins, un moyen de sortir des lieux habituels du théâtre (un plateau n’étant pas destiné aux spectateurs) et de s’en tenir à une petite jauge. Aix, cependant, n’est pas un village et les amateurs de théâtre – sans parler des autres – y sont nombreux et nombreux furent ceux qui se sont retrouvés privés de ce spectacle donné seulement deux fois.

D’autant que Mariano Pensotti, dramaturge et metteur en scène argentin à qui l’on doit de nombreuses pièces, n’est pas un inconnu dans notre pays.

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