Michel Dejeneffe, le père de Tatayet, est mort

— Par Sarha Fauré —

Le ventriloque belge Michel Dejeneffe, créateur de l’inoubliable Tatayet, est décédé vendredi 7 août à l’âge de 76 ans. Avec son castor à la voix aiguë et au caractère volontiers insolent, il avait marqué durablement la télévision belge et française des années 1980 et 1990.

Tatayet a perdu sa voix. Et avec elle, celui qui lui avait donné vie. Michel Dejeneffe, ventriloque belge et créateur de la célèbre marionnette, est mort vendredi 7 août dans une clinique du nord de la Loire, où il était hospitalisé depuis quelque temps. Il souffrait d’une maladie à corps de Lewy, une affection neurodégénérative. Sa disparition a été annoncée samedi par sa compagne, Maryse Liversain, et sa fille, Caroline.

Né à Namur le 10 décembre 1948, Michel Dejeneffe avait d’abord été instituteur avant de se tourner vers le spectacle. En 1975, il donne naissance à Tatayet, un personnage qui allait devenir bien plus célèbre que son créateur. L’histoire de sa naissance ressemble déjà à un petit conte de théâtre : la marionnette est fabriquée à partir d’un col de fourrure offert au ventriloque par une pensionnaire d’une maison de retraite.

Le personnage prend alors les traits d’un castor vêtu d’une salopette, reconnaissable à sa voix haut perchée et à son humour parfois impertinent. Michel Dejeneffe comprend rapidement qu’il tient là son personnage fétiche. Il crée une petite compagnie et commence par présenter ses spectacles dans les orphelinats et les maisons de retraite. En 1978, il part tenter sa chance à Paris et s’attaque aux cabarets.

La télévision va bientôt faire de Tatayet une vedette.

En Belgique, le Tatayet Show, diffusé sur la RTBF de 1986 à 1992, rencontre un immense succès. La marionnette apparaît également dans Bon week-end et dans les émissions de caméras cachées de Monsieur Zygo. En France, elle devient familière des plateaux, notamment aux côtés de Michel Drucker et de Patrick Sébastien.

Tatayet ne se contente pas de faire rire les enfants. Son insolence et son sens de la répartie séduisent également les adultes. En 1987, le castor pousse même les portes du pouvoir en interviewant Jacques Chirac, alors Premier ministre et maire de Paris. Une séquence devenue emblématique de cette époque où une marionnette pouvait se retrouver au cœur de l’actualité politique et télévisuelle.

Le personnage connaît aussi les honneurs du disque, avec plusieurs 45 tours, et devient le héros d’une bande dessinée. Pendant près de quatre décennies, Michel Dejeneffe et Tatayet forment un duo indissociable, reposant sur un principe aussi simple qu’efficace : deux voix, un marionnettiste invisible et une créature capable de dire tout haut ce que les autres n’osaient pas toujours dire.

En 2017, à 67 ans, Michel Dejeneffe fait ses adieux à la scène avec Tatayet. Mais il ne renonce pas pour autant au spectacle ni au plaisir de transmettre de la joie.

Installé depuis de nombreuses années dans la Loire, il codirige avec Maryse Liversain, jusqu’en 2023, le festival de spectacle vivant Les Dauphins magiques. Tous deux continuent également à participer à des animations destinées aux enfants hospitalisés, notamment avec l’association « Le Père Noël du lundi ».

Ce dernier engagement résumait peut-être le mieux l’homme derrière le personnage. Gérard Gagnaire, président de l’association, a salué un homme « au grand cœur ».

À l’annonce de sa mort, Patrick Sébastien a lui aussi rendu hommage à celui qui avait accompagné une partie de sa carrière. « Tatayet, c’est le mot magique », a-t-il déclaré, rappelant combien la marionnette avait apporté de bonheur « pas seulement aux enfants, aux adultes aussi ».

Michel Dejeneffe disparaît, mais Tatayet reste. Une salopette, une voix aiguë, quelques répliques insolentes et une drôle de bouille de castor suffisent à faire ressurgir toute une époque de la télévision.

Derrière cette marionnette devenue populaire, il y avait un homme qui avait choisi de faire rire, d’abord sur les petites scènes, puis devant des millions de téléspectateurs. Michel Dejeneffe aura ainsi réussi l’une des prouesses les plus rares du spectacle : donner une existence propre à un personnage de tissu et de fourrure, au point que plusieurs générations ont fini par oublier qu’il y avait, derrière Tatayet, un ventriloque.