— Par Dominique Daeschler —
Deux spectacles sans paroles qui ne sont pas s’en rappeler la grande époque de la marionnette tchèque où la médiation de l’objet incluait une parole secrète pour contrecarrer la censure soviétique. Deux spectacles inspirés par deux œuvres de Vaclav Havel( Perpetuum mobile et Audience) qui ont pour thème l’oppression politique sous des régimes totalitaires.
Perpetuum Havel- m e s Petr Bohac- scénario Bohac et Zotov-Mikshin
Dans une cellule de prison un homme tondu, opposé au régime totalitaire de son pays est recroquevillé sous une maigre couverture. Un dissident. Un prisonnier politique soumis à l’isolement dans une cellule spartiate va accomplir les gestes de survie quotidiens avec les humiliations qui doivent détruire sa résistance : séances de tinette sous la surveillance d’un maton qui le mate, repas dérisoire sous forme de petit pois, flashs de lumière… Pas de livre, pas de radio, seuls de lancinants bruits qui s’amplifient : l’homme n’a que son corps pour dire, en s’astreignant à des exercices physiques, qu’il lutte, que son aspect robotique dénonce une nécessité de routine pour survivre. Plus tard il dansera…Dehors les barbelés semblent se resserrer autour de lui. Le temps des horloges est révolu. Des images d’enfants qui jouent aux chevaliers sont projetés : dans l’enfance la guerre aurait encore un état de grâce ! Humour avant la projection de prisonniers d’opinion reconnus par Amnesty International.
Tout déplacement est fait avec une extrême précision et ce corps qui veut rester en vie nous capte entièrement dans son aisance du geste, sa façon de suggérer et de jouer les arrêts sur image. Féru de danse contemporaine, de théâtre gestuel, d’arts martiaux, de danse de rue, Roman Zotov-Mikshin prend ainsi la parole, inscrivant dans sa chair l’obstination, la rébellion jusqu’à l’envoi dans sa cellule de son propre cadavre. On s’autorisera à dire que la mise en scène est « sans bavures » lisse comme le tranchant d’une guillotine.
LA MANUFACTURE – Château de St Chamand- 14, 18, 20 juillet.
Antiwords- conception et m e s Petr Bohac et Mirenka Chechova
Un artiste dissident et persécuté, évoquant Vaclav Havel lui-même, rencontre un brasseur imbu de son pouvoir. Canette après canette, la bière est imposée à l’artiste qui trouve mille subterfuges pour ne pas boire : ne pas tomber sous la coupe de l’autre, garder sa dignité et l’esprit clair, ne pas se livrer. Le puissant s’impatiente sûr de son pouvoir, l’artiste dissident compose : seul un surtitrage ne parlant que de bière renvoie à l’attitude des deux hommes. C’est la montée en puissance de l’absurdité qui finit par nous inquiéter car elle distille à grands renforts de mousse qui dégouline une violence sournoise qui n’a pas de fin… Les rôles sont tenus par deux comédiennes en costume d’homme, le visage enfoui dans d’énormes grosses têtes soulignant les disproportions corps- têtes mettant en place le grotesque si bien dépeint dans les caricatures politiques de Grosz. Méfions-nous du non-sens.
La manufacture-Château de St Chamand- 15h55- 13,15,19,21 juillet.
