Il sagit d’imposer, non pas de quémander, la réparation des crimes commis par les colonialistes.

— Tribune du CNCP —

Oui ! Vous avez bien vu. Il s’agit de soldats exhibant fièrement des têtes d’Africains qu’ils ont décapités lors de leurs invasions coloniales.

Et puis, il se trouve encore des crapules qui déblatèrent sur de prétendus «aspects positifs de la colonisation», qui continuent à cracher la fable que celle-ci aurait amené la «civilisation» à des Peuples «sans histoire». Il se trouve encore des mystificateurs qui veulent nous convaincre que les représentants d’un État, toujours resté colonial et impérialiste, pourraient nous concéder quelques justes réparations pour les crimes qu’il a jadis commis et qu’il continue à perpétrer aujourd’hui !

Eh bien non ! C’est par une bataille mondiale et sans concession de tous les Peuples victimes qu’il s’agit d’imposer la Réparation des crimes commis par les barbares colonialistes.

Le 22 juin 2026, le tribunal d’appel de Paris a confirmé le non-lieu concernant le scandale de l’empoisonnement de la population au chlordécone. Nous sommes en face d’un Etat qui a accordé aux grands planteurs bananiers une dérogation leur permettant de semer des produits interdits en Europe et dont la dangerosité était connue, provoquant une catastrophe sanitaire qui concerne 92 % de notre population. Cet État use de manœuvres judiciaires pour éteindre la procédure et s’exonérer de ses obligations de réparations. A cela vient s’ajouter la répression des militants qui réclament justice. Pendant ce temps là, ce sont des milliers de gens qui souffrent et meurent de graves pathologies.

Cette réalité là confirme que l’État français n’acceptera jamais sans y être contraint ni de rendre justice aux victimes de l’empoisonnement, ni que des Réparations sanctionnent le crime qu’il a commis en toute connaissance de cause. Comment le ferait-il, puisqu’à l’égard de sa propre population il applique une politique ultralibérale barbare sabotant tous les services publics de santé et d’éducation ainsi que les systèmes de protection sociale ?

Il n’est évidemment pas question pour nous de renoncer à obtenir Justice et Réparation. Nous devons faire valoir nos droits à Réparation pour tous les crimes colonialistes de la traite, de l’esclavagisation et des atrocités dont les effets se font encore sentir aujourd’hui. Mais, comme le dit le titre de l’article, ce n’est pas en quémandant que nous obtiendrons quoi que ce soit de valable ; c’est en poussant le Pouvoir colonial dans ses derniers retranchements par notre mobilisation.

L’exigence des Réparations est légitime et s’appuie sur le Droit

La Légitimité de notre combat pour les Réparations ne mérite même pas d’être discutée.

Il ne peut exister aucun être humain qui ne soit pas convaincu dans son for intérieur de la légitimité du principe que tout individu et groupe d’agresseurs ayant commis un crime contre une personne ou une communauté doivent être punis et contraints de réparer les préjudices subis par les victimes. Les occidentaux le savent, eux, puisque, après la Révolution Bolchévique de 1917, ils ont considéré légitime d’obliger la Russie à rembourser des emprunts d’un montant de 2,25 milliards de francs-or que le régime tsariste avait obtenu de leur part dans des conditions plus que contestables*1.

Les fondements juridiques établissant l’obligation des Réparations ne souffrent d’aucune exception

Nous vous incitons fortement à consulter à partir du lien «https://www.ohchr.org/fr/instruments-mechanisms», le document de l’ONU qui pose les «Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire». Il vous portera tous les éléments nécessaires à la validation de nos propos. Cette résolution relève du Droit International, mais on peut aussi se rapporter aux législations nationales concernant tant les personnes physiques que morales qui, dans tous les pays occidentaux se prétendant démocratiques*2, posent le principe que la réparation des crimes soit imposée à leurs auteurs.

Nous devons refuser toutes les mystifications

La France se vante d’être à l’avant-garde de l’humanisme et de l’Universalisme pour avoir adopté, en 2001, la «Loi Taubira» reconnaissant les traites et les esclavages comme étant des crimes contre l’Humanité ! Une duperie de plus ! La première version de la loi Taubira incluait une clause, relative à un comité chargé de déterminer le préjudice et les conditions des réparations: celle-ci a été suprimée en commission. l’Etat colonial français, fidèle à son cynisme abject, en a fait une loi «mémorielle », refusant toute réparation.

Faut-il rappeler, qu’il se gargarise du fait que «La République» aurait «aboli l’esclavage» en 1848, alors que le prétendu «Libérateur des Noirs», le fameux Victor SCHOELCHER, avait fait indemniser les propiétaires pour la perte de leur «cheptel humain» et organisé le maintien de leur domination sur les «nouveaux libres» ? N’est-ce pas seulement en 2026 qu’a, officiellement, été aboli le sinistre «Code Noir» dans un édifice devant lequel trone encore la statue de Colbert, son inspirateur. N’est-il pas incontestable que l’État Français est co-responsable de la misère et de la subversion qui maintiennent Haïti dans le chaos que l’on sait. Le refus de rembourser les sommes faramineuses qu’il a extorquées au Pays pour reconnaitre son indépendance suffit à prouver sa mauvaise foi.

Pire encore, le 26 mars dernier, la France n’a pas voté la résolution historique des Nations unies, reconnaissant l’esclavage des Africains, comme le crime le plus grave contre l’humanité. Comme tous les pays européens, anciennes puissances colonisatrices, elle s’est abstenue !

Ainsi donc, devons-nous dénoncer toutes les mystifications, les effets d’annonce et les dispositions visant à garantir le statut quo des dominations et des inégalités. Les coupables des crimes contre l’humanité doivent être explicitement désignés. La réparation des préjudices doit leur être imposée.

La posture du Pouvoir colonial français se retrouve chez tous les suprémacistes occidentaux. Aux USA, la promesse faite de remettre «quarante acres de terre et un mulet» aux esclavagisés libérés n’a jamais été respectée. Après l’abolition de l’esclavage, les «nègres» ont continué à être pendus aux arbres et les lois de «ségrégation raciale» n’ont été remises en cause qu’entre 1964 et 1968. Ce qui, chacun le sait, n’a pas du tout mis fin aux discriminations et aux violences policières subies par les afrodescendants.

Ceci pour dire que la question de la Réparation des crimes commis contre l’Humanité doit être posée sur le plan international. Tant que ne sera pas remise en cause la domination exercée par les impérialistes occidentaux sur le monde, elle ne pourra être définitivement réglée.

Les Peuples victimes doivent imposer de justes Réparations aux colonialistes et à ceux qui tirent encore profit du crime

L’histoire et la réalité nous ont suffisamment enseigné que toutes les avancées en matière de respect du droit des Peuples n’ont pu être obtenues que par leur mobilisation et l’action d’Etats révolutionnaires ou simplement progressistes. Les bourreaux n’ont jamais accepté de bonne grâce d’avouer leurs crimes et de les réparer. Il n’est pas question de se satisfaire d’excuses formelles, de lois mémorielles, de quelques «programmes de développement» bénéficiant aux entreprises occidentales, ou de compensations financières destinées à payer des «produits de consommation» venant de leurs pays. Autant de «réparations» visant à maintenir nos Peuple sous la férule occidentale tout en donnant bonne conscience aux prédateurs.

Les véritables Réparations consistent à :

– mettre fin aux montages institutionnels qui permettent aux impérialistes occidentaux de maintenir leur domination politique et écomique sur des colonies ainsi qu’aux législations supranationales, par exemple en matière de droit de propriété et de brevets, qui sont appliqués de façon unilatérale dans les pays tiers.

– annuler les contrats léonins grâce auxquels ils perpétuent le pillage des ressources des néocolonies et interdire la présence de leurs bases militaires dans les néocolonies.

– imposer, sans délai et sans conditions, la restitution de tous les biens pillés dans les colonies au cours des invasions et occupations coloniales*3.

Les avancées ont toujours été obtenues à la suite d’une lutte acharnée entre les pays impérialistes occidentaux et les pays exigeant des réparations pour les Peuples victimes. L’exemple de la «Conférence mondiale de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance» du 22 septembre 2021, où allait être célébré le 20 ème anniversaire de la «Déclaration de Durban», est particulièrement significatif*4. Une vingtaine de pays occidentaux dont les USA, le Royaume Uni, le Canada et…la France l’ont carrément boycottée !

Quand des victoires sont obtenues, c’est grâce à l’engagement des Pays représentants légitimement les victimes. Ce n’est pas un hasard si la motion votée le 25 mars 2026, par l’Assemblée générale de l’ONU et qui a reconnu la traite des esclaves africains comme le crime le plus grave contre l’humanité a été portée par le Ghana. Ce n’est pas un hasard si les 3 pays ayant voté contre sont les Etats-Unis, Israël et l’Argentine ou si les 52 qui se sont abstenus sont des pays colonialistes (Royaume Uni, France et plusieurs autres pays européens) avec quelques autres qui leur sont inféodés.

C’est ici qu’il faut démasquer les colonisés aliénés qui veulent persuader les victimes qu’elles pourraient obtenir des «réparations» en faisant appel à la mansuétude des États impérialistes. Ce sont généralement des opportunistes qui ne veulent pas bousculer le système dominant dont ils parviennent à tirer quelques profits. On les entends alors rassurer les colonialistes: «ce n’est pas de l’argent que nous demandons, disent-ils», et puis, «accorder des indemnités financières à des individus (supposés incapables d’en faire un usage responsable), cela serait une atteinte à leur dignité». Autrement dit, pour tous ces aliénés, on pourrait «réparer» les inégalités structurelles et bâtir une économie alternative sans argent. Les actions symboliques ou étatiques suffiraient à changer le monde. A leurs yeux les sommes astronomiques qui ont été accaparées par les prédateurs seront certainement plus utiles à l’Humanité si elles restent entre les mains de ceux-ci !

Pour notre part, nous disons que les réparations doivent être aussi pécunières quand elles concernent les institutions propres aux pays concernés, mais que des indemnités financières doivent également permettre l’amélioration de la vie des victimes individuelles discriminées et maintenues dans la misère. En clair, l’immense fortune de GBH doit être ponctionnée pour indemniser les victimes de l’empoisonnement au chlordécone ! Aujourd’hui, les impérialistes occidentaux ont réalisé que le réveil des Peuples est en train de bousculer leur hégémonie. Ils ne sont pas prêts à rendre les armes ; c’est ce qui les a amenés à instaurer un fascisme planétaire et à déclencher une contre offensive pour tenter d’empêcher toute dynamique de Réparation. Dénonçant les forces progressistes occidentales, ils s’opposent à toute idée de «repentance» et reprennent le mythe des «bienfaits de la colonisation». Comble de l’ironie, ils ont inventé le concept de «racisme anti-blanc» pour discréditer tous ceux qui dénoncent leur suprémacisme.

De plus en plus, dans les territoires colonisés, les dits «expatriés» étalent un racisme décomplexé: En Martinique, ils se disent «chez eux» et nous crient de «retourner en Afrique». Eh bien! Puisque ces individus revendiquent l’héritage des crimes coloniaux, notre Réparation devra consister à leur demander des comptes à eux aussi.

Le processus qui imposera les Réparations est irréversible

Malgré toutes les embuches dressées par les puissances occidentales, la question des Réparations est devenue incontournable sur la scène internationale parce que dans les pays du sud , d’une part, des initiatives diplomatiques majeures ont été prises et, d’autre part, des dynamiques souverainistes ont pu s’imposer face aux Etats colonialistes. Pour illustrer cette réalité, nous citerons deux exemples :

la Conférence qui a réuni des délégations de 80 pays au Ghana du 17 au 19 juin sur «Les prochaines étapes en vue d’une justice réparatrice» et le rapprochement entre L’Union Africaine et le CARICOM : Un plan en dix points a été adopté incluant des compensations financières, la restitution de biens culturels volés par les colonisateurs, des investissements massifs dans l’éducation et la santé, et une réponse spécifique au défi climatique. Cette stratégie vise à honorer les ancêtres, élever les descendants et reconquérir le destin commun dans la liberté, la justice et l’unité. (Cf. article Human Rights Watch)

– la lutte admirable menée par les pays de l’AES, qui se sont extirpés de la CEDEAO et s’émancipent du franc CFA, qui ont chassé les bases militaires françaises, annulé les contrats autorisant le pillage de leurs ressources, nettoyé le paysage de tous les symboles de la domination coloniale et entrepris une vaste campagne de réappropriation de leur culture ouvre la voie.

Il nous faut parler aussi des grands progrès réalisés dans notre propre pays sur la question des réparations. Ils nous ont permis, par exemple, d’imposer notre vérité sur l’insurrection du 22 mai 1848 qui a entrainé l’abolition de l’esclavage. Il faut saluer ici le travail de pionnier mené par le MIR (Mouvement international pour les Réparations) sous l’égide de Garcin MALSA ainsi que l’irruption sur la scène nationale des militants, dont beaucoup de jeunes, qui ont déboulonné les statues glorifiant le colonialisme.

L’auto-réparation des traumatismes, la déconstruction des inégalités systémiques et l’éradication du suprémacisme

L’un des plus grands défis que nous avons à relever, c’est le dépassement des profonds traumatismes et des aliénations que les siécles de barbarie colonialistes et colonialistes ont générés dans les consciences des populations asservies*5. Sur ce plan là, nous ne devons rien attendre des barbares qui dominent encore le monde. C’est à ce niveau qu’intervient l’indispensable travail d’auto-réparation. Celui-ci exige de nous que nous menions une campagne intense, permanente, multiforme pour faire découvrir au monde entier l’ampleur et l’atrocité des crimes commis par les colonialistes tout au long de l’histoire et qui se perpétuent encore aujourd’hui. Il faut à tout prix déchirer le voile prétenduement démocratique et «républicain» derrière lequel ils se cachent pour s’arroger le droit de donner des leçons au reste du monde et le piller. L’auto-réparation implique, d’autre part, que nous prenions notre destin en main en développant des contre-pouvoirs afin de porter nos propres réponses alternatives dans la gestion de notre vie, notamment, dans les domaines de l’économie, de la santé, de la culture et de l’éducation, des relations internationales, etc.

En définitive, on aura compris que la lutte pour les Réparations est absolument consubstantielle de la lutte contre le colonialisme et le néocolonialisme. Seuls des États Souverains seront en condition d’imposer aux pays impérialistes occidentaux la Réparation des crimes qu’ils ont commis et celle-ci ne sera vraiment effective que lorsque le système impérialiste aura été fracassé et les multinationales démantilulées et donc, lorsque les Peuples Souverains seront au Pouvoir. Ceux-ci pourront, alors, récupérer les richesses accaparées, tout au long de l’histoire et aujourd’hui encore, par les minorités de prédateurs qui sont à la tête des pays occidentaux pour les mettre au service de l’Humanité. Ainsi, s’appuyant sur des masses organisées, des législations équitables, des institutions et des services publics efficaces imposant le respect des intérêts collectifs et individuels, pourront- ils réparer les crimes commis contre l’environnement et le vivant, garantir le mieux-vivre pour tous et pour les générations futures. D’ici à ce que ces objectifs soient atteints, reste l’exigence de surmonter les défis actuels. La lutte pour la décolonisation et la souveraineté, contre le système capitaliste et impérialiste doit donc être menée de front avec le combat pour exiger aujourd’hui la réparation des crimes dont ils sont responsables.

________________________________________________________________________________

*1 Réalisez que ce n’est qu’en mai 1997 (sous Sarkozy!!!) qu’un accord a été signé sur cette question qui n’a même pas éteint les droits de créance des ressortissants français sur le gouvernement russe !

*2 La législation française pose le principe que la réparation vise à replacer la victime dans la situation, où elle se serait trouvée si le dommage n’avait pas eu lieu, sans qu’elle subisse ni perte ni enrichissement. En France, par exemple, le code civil dans son article 1231-2 établit, concernant les crimes et délits, que les dommages-intérêts dus à la victime couvrent la perte subie et le gain manqué. Pour les dommages corporels, les articles 1240 et suivants, imposent à celui qui cause un dommage de le réparer, que ce soit par négligence, imprudence ou faute. La jurisprudence a confirmé que la réparation doit être complète, sans limitation à la valeur vénale du bien, ou de la gravité de la faute.

*3 Les occidentaux se présentent en «grands seigneurs» magnanimes quand ils remettent, à titre symbolique, quelques pièces recelées. Ce faisant, ils ajoutent au crime un mépris suprémaciste. La France, par exemple, a osé prendre comme prétexte pour refuser de rendre les biens volés, que «les Africains n’auraient pas les moyens de bien les conserver dans leurs musées» (sic). C’est Al Capone qui refuse de rendre à une victime le restaurant qu’il a volé après avoir envoyé des malfrats briser les bras du propriétaire au prétexte que ce dernier n’aurait pas les compétences nécessaires pour le gérer !

*4 Cette rencontre se tenait dans le cadre des «Conférences mondiales contre le racisme» organisées par l’UNESCO. La première s’est tenue en 1978 à Genève (elle mettait l’accent sur le Régime d’Apartheid enAfrique du Sud), la seconde en 1983 également à Genève, la troisième en septembre 2001 à DURBAN en Afrique du Sud (Conférence mondiale de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance).

*5 De nombreux travaux scientifiques ont établi que les cruautés subies pendant la période esclavagiste et toute celle de la domination coloniale impriment des traumatismes par le biais de l’épigénétique qui affectent les générations suivantes. A cela viennent s’ajouter la permanence du suprémacisme affiché par la caste des descendants des maîtres esclavagistes et les autorités françaises ainsi que l’entreprise de déculturation et de dénigrement systématique qu’ils mènent, dans un contexte où pèsent toujours sur les victimes de scandaleuses inégalités et injustices.