La foyalaise (3)
— Par Myrna Nérovique —
La foyalaise rêvait de Vladymyr, un jeune homme qu’elle ne connaissait point encore. Le fantasme de ses nuits, de ses pensées, de son cœur…
Dieu seul sait, comme elle l’aimait.
Elle devait encore se rendre chez le médecin généraliste, à cause de sa pathologie physiologique : son début de cancer, notamment.
Mariam occupait encore ses pensées. Elle le savait. Une ex à lui, qui vivait en Espagne ; elle n’en doutait parfois, pas du tout.
Les enfants foyalais lui avaient dit de prendre garde, face à cette femme, qu’ils pensaient venimeuse et Saritane écoutait toujours les enfants et la jeunesse, en général. Pourtant, Mariam semblait très avenante et très gentille, dans la délicatesse de son cœur exquis.
La vérité sort de la bouche des enfants… D’ailleurs, Marimar, Muñeca Brava, Rosalinda, étaient des feuilletons qu’elle suivait jeune. Car, Saritane était chrétienne et aimait les enfants. Son rêve était de devenir Maman. Non, Sarita n’était pas une imbécile. Saritane savait que Vladymyr l’aimait, mais elle connaissait vraiment le monde d’aujourd’hui.
Elle marchait encore. Était-ce devant elle, l’ancien local de France-Antilles ? Elle ne le savait plus.
Elle devait acheter un friand aux épinards et au saumon, à la pâtisserie du Boulevard. Mais, elle marchait encore et en tournant, à l’angle de la rue, où l’on vendait encore ses produits de beauté, elle se dirigea vers le centre-ville, en priant pour encore, trouver ses boutiques favorites : Look Lemon, Coquine, Safari Way Martinique ou Influence.
Elle pensa alors à Léra, sa coiffeuse si bienveillante, de la candeur d’une mère de famille, à qui elle contait, autrefois, tous ses problèmes pécuniers et souhaitant en son cœur, que son commerce fleurisse, encore plus qu’à présent, ou encore à Madeleine, cette autre coiffeuse, qui lui ressemblait tant, et qu’elle bénissait réellement.
Elle ignora, dans sa déchéance, la mairie de Fort-de-France, où s’illustrait l’immense portrait d’Aimé Césaire, en marchant d’un pas alerte, la honte au visage, la honte de la pauvreté sans image, sans dignité et s’intima dans l’obscurité de ses pensées, remerciant tout de même, au fond de son cœur, rempli de gratitude, cet honneur d’un jour.
Le CMP de Perrinon rigolait avec les voyous, guettant les clients, au passage, d’un air de malice, incongru.
Et, du haut de Fort-de-France, quand elle se retourna, à l’appel d’un passant, elle revit devant elle, en haut des Terres Sainville, où sévissait la prostitution, cette domination de Trénelle, où elle avait encore tant de souvenirs…
Myrna Nérovique
