William Mesguich, de la pelouse aux planches

— par Selim Lander —

William Mesguich est de retour au Théâtre municipal de Fort-de-France pour trois représentations, non, cette fois, pour servir le texte d’un autre mais pour raconter son itinéraire d’artiste… et de footballeur puisque le foot fut en effet la grande passion de son enfance et de son adolescence, qu’il avait même envisagé une carrière professionnelle avant qu’un grave accident sur le terrain ne l’amenât à suivre les traces de son père. C’est d’ailleurs le moment le plus fort de la pièce, lorsque, assis en bord de scène et muni, pour une unique fois, d’un micro, il mime un interrogatoire par un journaliste précisément sur cette question : comment être comédien quand on est le fils de Daniel Mesguich ? S’il est clairement compliqué d’être un « fils de », l’exemple de William Mesguich montre que cela ne saurait empêcher le talent quand il est là. Surtout quand on est un bourreau de travail, capable, par exemple, d’interpréter quatre pièces dans la même journée lors de certains festivals d’Avignon ! Né d’ailleurs sous une bonne étoile, baptisé William en hommage au grand Will.

La cinquantaine venue, soit le moment d’un premier bilan, William Mesguich a donc entrepris de revenir sur son apprentissage de comédien. Paradoxe, peut-être : la première partie, la plus intéressante pour le spectateur, est celle où il raconte sa première vocation de footballeur ! (La manière dont il est encore capable de jouer avec le ballon rond ne laissant aucun doute à ce propos.) On découvre un petit garçon passionné qui rêve de devenir un star du football à l’instar de ses idoles du moment ; les petits copains issus de la population mélangée du XIXe arrondissement de Paris qui partagent sa passion ; l’entraînement assidu auquel il s’est soumis et les premières compétitions sérieuses en junior jusqu’à l’accident qui le clouera sur un lit pendant plusieurs mois. Coïncidence : le 11 juin 2026, jour où le comédien entamait une série de trois représentations à Fort-de-France était aussi celui où débutait la coupe du monde de football.

L’ombre du père, Daniel Mesguich, plane sur ce récit, un père – santiag, blouson de cuir ou long manteau noirs, borsalino – tout entier investi dans le théâtre, qui ne comprend rien a priori au football et à l’amour du football (« vingt-deux millionnaires qui jouent devant quarante-cinq mille pauvres ») mais qui finit, pour son fils, par se prendre au jeu. Ce qui n’empêchera pas qu’avoir un père comédien, metteur en scène, puisse être d’un grand secours lorsque le jeune William décidera à son tour de se consacrer au théâtre. Il avait déjà fait, encore enfant, l’expérience des planches, il savait le plaisir de se retrouver face au public ; sa reconversion vers le métier de bateleur allait pour ainsi dire de soi.

On ne devient pas pour autant le grand comédien qu’il est. Grand, il le démontre tout au long de cette pièce, en particulier mais pas seulement lorsqu’il déclame le monologue d’Hamlet, passage obligé de tous les comédiens et d’autant plus ici puisqu’il donne son titre au spectacle. Faute de pouvoir s’attarder sur un don (hérité?) par nature impalpable, William Mesguich raconte ses années de formation, avec une caricature savoureuse de son premier professeur de théâtre, à Paris, suivie d’une évocation chaleureuse de Pierre Debauche (1) et de son école à Agen. Ce récit n’embrasse donc pas toute la carrière de William Mesguich, seulement ses débuts, en particulier l’épisode de la Compagnie de l’Étreinte (avec Philippe Fenwick) qui parcourait la France à pied pour présenter à un public le plus souvent ignorant du théâtre une pièce intitulée La Légende des porteurs de souffle.

Être ou ne pas être de et avec William Mesguich. Fort-de-France, Théâtre municipal les 11, 12 et 13 juin 2026.

(1) Qui fut, entre autres, le créateur du Festival des Francophonies à Limoges.