“Autofiction” : l’élégie crépusculaire de Pedro Almodóvar

Madiana : en VOst, Lundi 25 à 20h45 & Mardi 26 à 16h

Autofiction (Amarga Navidad) est une comédie dramatique espagnole réalisée par Pedro Almodóvar et sortie en 2026.
Après sa sortie en Espagne, le film a été présenté en compétition lors du festival de Cannes 2026.
Synopsis
Après le décès de sa mère en décembre, Elsa, réalisatrice de publicités, se réfugie dans le travail pour surmonter son deuil. Lorsqu’une crise d’angoisse l’oblige à faire une pause, elle décide de partir à Lanzarote avec son amie Patricia pendant le long week-end de la fête de la Constitution de 2004, tandis que son petit ami (Bonifacio, strip-teaseur et pompier) reste à Madrid. Pour se remettre à l’écriture créative, elle s’inspire des malheurs personnels de ses amis proches. Dans une trame temporelle se déroulant en 2025, l’intrigue explore la manière dont le cinéaste Raúl écrit un scénario qui s’avère être l’histoire d’Elsa, l’alter ego de Raúl. Raúl se plonge dans l’autofiction pour surmonter sa panne d’inspiration, et s’inspire de sa propre vie, de son petit ami Santi et de son assistante Mónica

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“Autofiction” : chef-d’œuvre introspectif ou cinéma en roue libre ?

— Par Sarha Fauré —
Avec Autofiction, Pedro Almodóvar livre une œuvre profondément introspective qui a suscité des réactions contrastées mais rarement indifférentes. La plupart des critiques saluent un film dense et vertigineux, centré sur les mécanismes de la création artistique, le vieillissement, le deuil et les ambiguïtés de l’autoportrait. Beaucoup y voient un prolongement plus sombre et plus radical de Douleur et Gloire, certains allant jusqu’à parler d’« aveu » plutôt que de confession.

Les critiques favorables insistent sur la richesse formelle et narrative du film. Plusieurs médias évoquent une mise en abyme fascinante, un « jeu de miroirs » maîtrisé avec virtuosité, où se mêlent fiction, mémoire et réflexion sur l’acte de créer. La mise en scène est souvent décrite comme somptueuse, élégante et épurée, tandis que la photographie de Pau Esteve, éclatante de couleurs mais traversée par une profonde mélancolie, impressionne particulièrement. Des journaux comme Les Échos, Première, Les Inrockuptibles ou Télérama louent un tournant important dans l’œuvre du réalisateur espagnol, admirant son honnêteté artistique et sa capacité à transformer ses obsessions personnelles en matière cinématographique universelle.

De nombreux critiques soulignent également la dimension existentielle du film. Autofiction apparaît comme un autoportrait crépusculaire dans lequel Almodóvar expose les vertiges de la création, la peur de l’épuisement artistique et la douleur du deuil maternel. Les commentateurs espagnols se montrent souvent particulièrement enthousiastes : certains parlent d’un chef-d’œuvre audacieux et libre, saluant un réalisateur qui « met son âme à nu » avec une sincérité rare.

Cependant, une partie importante de la critique se montre beaucoup plus réservée. Plusieurs reprochent au film son caractère autocentré et maniériste. Certains estiment que cette introspection tourne au narcissisme ou à l’autosatisfaction, accusant Almodóvar de recycler ses thèmes sans véritable renouvellement. D’autres jugent la construction trop cérébrale ou artificielle, évoquant une mise en abyme qui finit par tourner à vide. Des critiques comme celles du Figaro, d’Écran Large ou de CinemaTeaser dénoncent un exercice de style froid, parfois creux émotionnellement, où la sophistication formelle ne compenserait pas un manque d’élan dramatique.

Même parmi les avis mitigés, beaucoup reconnaissent néanmoins la singularité de l’entreprise. Plusieurs critiques parlent d’un « film de transition », fragile mais sincère, porté par une réflexion courageuse sur le rôle de l’artiste et le prix de la création. Au fond, Autofiction divise précisément parce qu’il pousse à l’extrême les qualités et les défauts du cinéma almodovarien : raffinement visuel, mélodrame intime, labyrinthes narratifs, mais aussi goût du repli autobiographique et fascination pour sa propre mythologie.

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« Autofiction », un film de Pedro Almodóvar
Avec Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón
20 mai 2026 en salle | 1h 51min | Comédie dramatique

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