« Fusils contre chiens, la Martinique sombre dans la violence légale »

Le Sénat français donne l’autorisation aux chasseurs de tirer pendant deux mois tous les chiens errants des D.O.M.

Avec ce projet présenté prochainement au vote à l’Assemblée Nationale, la Martinique a touché le fond. Plus que de l’indifférence envers le sort des chiens abandonnés, c’est clairement de la part des élus et instances nationales et locales, de l’hostilité directe contre les animaux de compagnie des DOM.

Premièrement, pour couper court à la justification principale de cette mesure ultime:

Personne ne nie que des meutes de chiens abandonnés ou lâchés négligemment par leurs propriétaires humains attaquent régulièrement les troupeaux des éleveurs.

Personne ne nie que c’est un brise-cœur que de voir tous ces animaux en détresse sur toutes nos plages, forêts et zones industrielles ou écrasés sur la route.

Personne ne nie qu’il faut absolument trouver et isoler ces chiens qui tuent cruellement les animaux de rente, sans gain possible pour les éleveurs qui en prennent soin.

Ne nous dites pas que personne n’a pensé à renforcer les trappages respectueux, sans les tuer. Des fléchettes hypodermiques vendues généreusement par certains vétérinaires sont déjà utilisées illégalement par les trappeurs afin de les livrer à la fourrière en les endormissant. Ces mêmes fléchettes sont utilisées partout dans le monde sur des animaux sauvages et dangereux. La loi actuelle demande aussi que la dangerosité des chiens récupérés soit évaluée par un vétérinaire compétent avant de les euthanasier dans les règles ou de les sauver. Des associations récupèrent même des chiens mordeurs qu’elles assument à vie dans des enclos en pouvant en rééduquer certains.

Serait-ce pour des raisons uniquement financières, pour faire des économies sur la gestion des animaux qu’on les déchoie ainsi de leur droit à mourir selon la loi, dans le respect, les plongeant dans la terreur et la violence pour les mutiler, les blesser à mort ou les tuer ? Ne me dites pas que nos chasseurs sont tous des tueurs d’élite.

Nous savons que cette décision ne va rien résoudre à moyen et long terme tant qu’un plan sérieux de stérilisation, d’identification et de responsabilisation des propriétaires ne sera pas appliqué, que les élevages clandestins ne seront pas sanctionnés. Toutes ces lois existent mais elles ne sont pas appliquées dans les DOM. Aux Pays bas, il a été prouvé que la stérilisation obligatoire a fait totalement disparaitre les chiens errants.

Pour ouvrir sur le sujet de la maltraitance en Martinique, rappelons dans un deuxième temps le signalement contre la fourrière territoriale et sa SPA affiliée, médiatisé dans un JT choc de Martinique Première en Octobre 2024, où la Confédération Nationale de Défense de l’Animal dénonçait la présence d’ une chambre à Gaz pour chiens et chats utilisée avec cruauté, et où monsieur Fondbonne, président de la SPA de Paris , dénonçait une  « fourrière – abattoir ». Ces révélations et mises en lumière auraient pu mettre les élus en face du problème de la maltraitance des chiens et des chats sur notre territoire. Rien n’a changé.

Un député local, annoncé des jours à l’avance avait alors visité la fourrière préparée et récurée par un vide sanitaire (= euthanasie générale des chiens et chats) pour se voir présenter une carte postale idéale. Il n’a pu constater l’entassement de 10 chiens par cage et 20 chats par cage, alors que la loi en impose 10 fois moins, exception obtenue en 2023 par le président de la fourrière de Martinique auprès de la DAAF, exception qui perdure à ce jour; Les animaux entassés s’entre-dévorent ou se contaminent de maladies fulgurantes mortelles et douloureuses, justifiant les euthanasies massives régulières ou contaminant les animaux des associations auxquelles ils sont rarement confiés.

Pourquoi les EPCI et les maires qui subventionnent cette fourrière ne font jamais d’inspections surprises ? pourquoi les comptes annexes et bilans de cette fourrière subventionnée d’au moins 500 000 euros par an sont introuvables alors qu’il y a obligation d’en faire publicité au nom de la transparence des documents publics ?

Nous observons aussi l’ignorance générale des obligations des maires qui considèrent que gérer les animaux domestiques errants et divagants équivaut à les amener avec la complicité des EPCI à la mort massive dans des conditions sanitaires déplorables à la fourrière de la Martinique, la SPA locale, fermée en Mai 2026, servant d’antichambre. Nous observons que l’habitude meurtrière cruelle de discrètement empoisonner les chats avec le poison destiné aux rats -poison non vendu dans le commerce détecté lors des autopsies- perdure dans certaines municipalités.

Nous observons que lorsque la fourrière qui vient de déclarer de nouveaux horaires ferme entre vendredi midi et lundi matin, les maires ont obligation de prévoir la prise en charge des animaux blessés et errants. Ce n’est pas fait.

Stoppons la litanie des manquements et inerties de nos municipalités et collectivité territoriale pour revenir à ce projet indigne.

Nous avons franchi un nouveau cap avec cet amendement à la loi voté par le Sénat qui va bientôt être présenté au vote à l’assemblée Nationale.

Donc, pour éviter des frais de fourrière et aussi pour ces animaux l’espoir entre 5 à 10 % d’échapper à la mort à l’AGPAM par l’adoption, les chasseurs auront le droit de tuer directement les chiens au fusil. Quand ils savent tirer, ce dont nous doutons parfois quand les associations nous témoignent récupérer de plus en plus de chiens mourants criblés de balles.

Que dire du mal aimé et traditionnellement maltraité chien Fer, pourtant unique et endémique de notre île depuis des milliers d’années.

Du chien au chat, le coup pourra partir facilement car aucun contrôle de ces tirs ne sera possible par les autorités (que du déclaratif). Un président d’EPCI n’a-t-il pas déclaré en réunion préfectorale en Octobre 2024 que les chats sont des nuisibles à éradiquer ?

Du chien à l’homme il n’y a qu’un pas quand on connait le nombre d’accidents de chasse et de balles perdues. Et tout cela en milieu urbain et péri-urbain car un chien n’est pas un loup, c’est un animal domestique.

De l’homme à l’homme, il n’y a qu’un pas si le propriétaire de l’animal qui assiste à l’assassinat de son chien décide de répondre par les mêmes moyens.

La rare présence des associations de protection des animaux domestiques aux réunions officielles sur le sujet de la gestion des animaux errants ne sert que d’alibi décoratif aux décisions implacables des autorités motivées par l’objectif d’économies morbides ?

« Passez les par les armes, passez aux armes », quelle belle initiative a validé le Sénat Français, alors que la Martinique essaie de diminuer le nombre des armes en circulation et de juguler la violence en augmentation avec des opérations fortement financées et médiatisées.

Quel chasseur vérifiera la dangerosité de l’animal avant de tirer ou vérifiera qu’il est identifié ?

Quel chasseur s’il n’a que blessé l’animal se souciera de ses effroyables souffrances ?

Une absence de conscience de la condition animale domestique, de connaissance des lois et de leur évolution depuis le XIXème siècle, une inhumanité honteuse, justifient ici l’usage de la violence systématique contre des êtres vivants sensibles, dernier maillon maltraité de nos cercles familiaux déjà si souvent victimes de leurs maîtres indignes et abandonneurs.

 

 Paul Elismain