— RS n° 447 lundi 18 mai 2026 —
Il faut saluer la « conférence-débat » organisée par Francis Carole, Béatrice Bellay, Daniel Marie-Sainte mercredi dernier, et la participation du comité de grève de Transaglo animé par la CGT. C’est parce que cette initiative du débat public sur un sujet qui est dans toutes les conversations est positive que nous souhaitons la poursuivre avec quelques remarques. La volonté d’équilibre entre intérêts des salariés et ceux des usagers était manifeste dans le propos introductif. Mais si le souci des trois éluEs de se démarquer de la majorité actuelle en charge des organismes qui gèrent l’activité était évidente et normale, il reste beaucoup à dire et faire pour avancer réellement dans une solution intégrant tous les intérêts légitimes concernés. L’intérêt global, écologique et sanitaire de la population, avec un transport public réduisant la folie du tout automobile. L’intérêt social pour une mobilité de qualité, plus proche possible de la gratuité. L’intérêt des travailleurs/ses du secteur (conditions de travail, rémunération, sécurité…). L’intérêt économique pour la collectivité.
Pour venir à bout de ce vaste chantier, il faudra plus que la seule empoignade d’éluEs, la seule négociation avec telle ou telle partie des salariés, et la seule écoute des récriminations renouvelées d’associations d’usagers/ères.
La démocratie, la justice et l’efficacité, supposent que la société entière s’empare du sujet et procède aux arbitrages résultant des choix préalables et évolutifs.
La question posée par la journaliste Cécile Marre était simple, mais centrale : y a-t-il assez d’argent pour gérer le transport ? La réponse de Béatrice Bellay : non ! était évidente, mais ne chercha pas d’explications au-delà des dysfonctionnements, des corruptions, plus évoquées de façon très allusive, que véritablement exposées. On ne peut raisonnablement faire l’économie de deux questions centrales : quel prix la société est-elle prête à consacrer à la mise en place d’un transport public satisfaisant pour le plus grand nombre ? Qui doit payer ? Nous renvoyer à l’expropriation de la bourgeoisie jusqu’au niveau international, risque de paraître un peu court, ici et maintenant, même si cet objectif historique est aussi le nôtre. Il faut décider d’un financement qui mette à contribution les grosses fortunes et l’État.
Les hauts cris poussés par les diverses branches du patronat lorsque la CTM a parlé de demander le pouvoir d’augmenter légèrement la taxe pesant sur les entreprises n’ont fait l’objet d’aucun débat dans la société.
La question du financement doit faire l’objet d’un débat démocratique, tranché démocratiquement. Si par ailleurs les intérêts collectifs sont mis au poste de commande, il convient de sortir de la logique du marché comme régulateur de l’activité. Toutes les solutions de « délégation de service public » dont raffolent bon nombre de nos politiciens cachent en réalité une tromperie. Le service public étant «délégué », il n’appartient plus au public, mais bien au privé. C’est clair ! Et si la politique ne permet pas de trancher dans la transparence ce type de questions, elle perd une grande partie de son objet.
Cette réflexion vaut pour tout ce qui concerne le bien commun : habitat, transport, eau, hygiène, énergie, déchets, etc. Répétons que l’application du principe de la gestion publique, de l’expulsion de la prédation capitaliste, ne sera un plus réel pour la société que si des mécanismes de contrôle ouvrier et citoyen, sont mis en place dans le même temps. La gabegie, le laxisme, la corruption, le mépris de l’intérêt général ne seront jamais une bonne façon de remplacer la rapacité capitaliste. Le mouvement ouvrier ne doit avoir aucune tendresse pour les passe-droits, les injustices, bref les magouilles décrites par Béatrice Bellay évoquant « les petits copains bénéficiaires », car toutes ces dérives sont socialement néfastes.
En définitive, il n’y aura jamais de baguette magique ni de grand timonier pour résoudre à la place du peuple les problèmes liés au fonctionnement de la société. Les mains magiciennes, comme disait Fanon, ne peuvent être que les mains du peuple.
Tourisme dans la Caraïbe : une pompe aspirante vers les pays dominants
Le secteur du tourisme a été promotionné dans nos îles, nous disait-on, en raison de perspectives d’emplois et de développement issues du ruissellement des richesses créées par cette activité, pour laquelle elles bénéficiaient de surcroît d’une prétendue incontestable « vocation » naturelle.
Or, l’ensemble des ministres du tourisme de la Caraïbe récemment réunis à Antigua-et-Barbuda, adresse une sévère critique à ce modèle développé depuis l’euthanasie de la production sucrière, c’est-à-dire un bon demi-siècle. Ils considèrent cette stratégie comme profondément injuste, dans la mesure où 80% des bénéfices produits dans ce secteur, sont exportés vers les pays étrangers, majoritairement propriétaires des hôtels (USA, Europe, Canada…), ceci aux dépens des pays caribéens, importateurs de l’essentiel des biens et produits alimentaires disponibles sur leurs marchés. Un transfert de richesses rappelant fâcheusement les avatars de la spéculation sucrière qui laissa les colonies dans le dénuement que l’on sait. De sorte que cette activité économique n’est en définitive ni rentable, ni durable. En effet, faisant fi des besoins des populations autochtones et des aspirations au développement des pays d’accueil, les multinationales n’ont d’autre souci que le retour sur investissements de leurs placements, en dépit des néfastes retombées en termes d’environnement et de conditions de vie.
Ainsi, avec les infrastructures mises en place en vue de la mobilisation des capitaux (ports de croisière, stations balnéaires, terrains de golf…), ce système n’a fait qu’accroître la pauvreté et saccager l’environnement (régression de la biodiversité, érosion des plages, destruction de l’habitat traditionnel, refoulement des populations, élimination des mangroves, émigration…).
Force est aussi de constater que dans leur majorité, les gouvernements caribéens et autres décideurs, dont les nôtres, ont été les maîtres d’œuvre de cette néfaste stratégie, en offrant nombre d’avantages aux promoteurs : subventions, allègements fiscaux, dérogations, facilités diverses, etc. Mais en dépit d’une multitude de mesures générales et spécifiques envisagées, ces mêmes instances ont malheureusement bien du mal à renverser un ordre dont les puissants sont les grands bénéficiaires.
Le débat sur l’activité hôtelière dans notre pays devrait prendre en compte ces problématiques mettant en cause les pratiques dominantes dans l’ensemble du bassin caribéen. En s’entêtant dans les sentiers battus ultra-libéraux dans les projets Pointe du Bout et Carbet par exemple, après de longues années de gaspillage par obstination et impéritie, nous persistons dans l’impasse que nos voisins cherchent si laborieusement à corriger. Situation d’autant plus alarmante, qu’avec la crise mondiale actuelle du capitalisme, à laquelle s’ajoute l’insécurité de la zone générée par la sauvage militarisation trumpiste, ces initiatives se heurtent à bien des obstacles.
Un proverbe de chez-nous dit : « Lè bab vwazen ka pri difé, wouzé taw ». Apprécions-en tout le suc, en contribuant à l’embellie idéologique dont est annonciatrice l’actuelle contestation d’un ordre scélérat, par lesdits voisins !
Capnord et la Saur : un » partenaire plutôt encombrant !
La séance plénière du conseil communautaire CAPNORD tenue le 7 mai dernier, fut politiquement très instructive. Le président Nestor AZÉROT reçoit avec « joie et plaisir » (sic) une délégation de La SAUR. Celle-ci est invitée (pendant plus de 2 heures !) à « échanger » avec les éluEs (la plupart le sont récemment) à propos de leurs difficultés depuis leur conquête du marché de l’eau en janvier 2025. La multinationale, présentée comme un « partenaire » par nestor AZEROT, mena une opération de communication et de charme manifestement destinée à apaiser la colère et les protestations de usager/ère/s de l’eau (domestique) du Nord, préalablement minimisées.
Si l’existence d’un « cahier des charges » a été évoquée, ni « l’agent chargé du contrôle » (sic), ni aucun élu.E n’ont songé à relever rigoureusement les infractions aux clauses dudit cahier (passibles en principe de pénalités financières).
Du reste, aucun.E élu.E n’a non plus songé au rôle que pourraient jouer les citoyenNEs ou leurs représentantEs (DLO LINO, le Comité de défense des Usagers du Nord,…) dans un « co-contrôle » de proximité, de la bonne exécution de ce contrat !
Enfin aucunE éluE n’a davantage songé à rappeler au président que ce contrôle et ce suivi peu rigoureux de l’exécution du contrat sont contradictoires avec « l’engagement » fait aux abonnéEs lors du changement d’opérateur dans un prétendu « partenariat Gagnant/Gagnant ».
Un contrat conclu avec la SAUR en 2024 grâce à une faible majorité d’éluEs (26/45), dont les termes ont été tenus sciemment ignorés de toute la population concernée (et des nouveaux maires) et ce en dépit d’un principe dit « essentiel de la démocratie locale » à savoir « le droit des habitants des communes d’être informés et consultés sur les décisions qui les concernent (cf. art 10 d’une loi datant de …1992).
Félix MÉRINE (nouveau maire du Robert, ville liée à la SME jusqu’en 2027), peu convaincu par la SAUR a exprimé les « craintes/réticences » et surtout le « refus » de « sa » population de lier tout partenariat avec la SAUR comme cela est prévu en 2027. Félix MÉRINE ignore sans doute que la SAUR opère déjà, à l’insu de son plein gré, au Vert-Pré (le plus grand quartier du Robert).
En revanche, au cours de cette même séance, tout autre fut le traitement consacré à l’examen des « 11 points de revendications du Kolèktif DLO LINO, en dernier de l’ordre du jour sans que le Kolèktif ne soit invité. (Ce qu’aucunE éluE ne releva ni ne réclama). Par suite, les éluEs ne se prononcèrent que sur…l’avis de la commission « Eau et Assainissement » pendant une …demi-heure.
Prenant pour acquises les vagues promesses de la SAUR (facturation, réparation des infrastructures, dispositifs d’aides en faveur des plus modestes), les éluEs (à l’exception de 2 abstentions), au nom de la raison budgétaire firent le choix politique de valider l’avis globalement négatif de cette commission (présidée par Pamphile).
Le Kolèktif DLO LINO, de décembre 2025 jusqu’à cette investiture, qui ne ménage pas ses mobilisations, mais sans jamais être reçu par le Pdt AZÉROT, ne peut qu’inviter les usagerEs à la vigilance.
À suivre
