— Communiqué de la LDH Gudeloupe —
Après la proposition de loi déposée le vendredi 10 avril par le parti Renaissance dirigé par Gabriel Attal visant à étendre le travail le 1er mai, seul jour férié légal obligatoirement chômé, le Premier ministre Sébastien Lecornu a renoncé dans un premier temps (lundi 13 avril) sous la pression politique et syndicale à convoquer la commission mixte paritaire (CMP) entre députés et sénateurs qui aurait permis de faire adopter sans débat parlementaire ladite proposition de loi. Mais dans un second temps, il a annoncé (vendredi 17 avril) un projet de loi pour permettre aux artisans boulangers et fleuristes d’ouvrir le 1er mai. Si les boulangeries artisanales peuvent déjà ouvrir le 1er mai à la seule condition de ne pas faire travailler les salarié·es, on comprend bien que le sujet est de banaliser le 1er mai dans la logique déjà bien engagée d’extension du travail dominical.
Or le 1ermai n’est pas la fête du travail, il est la journée de solidarité internationale des travailleuses et travailleurs, un jour férié, chômé et payé, garanti par la loi et conquis par les luttes que nous tenons à rappeler ici. Le 20 juillet 1889, la IIe Internationale socialiste réunie à Paris, à l’occasion du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle décide, sous l’impulsion de Jules Guesde et du Parti ouvrier qu’il dirige, de faire de chaque 1er mai une journée de manifestation avec pour objectif la réduction de la journée de travail à huit heures (soit 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé). Le jour symbolique du 1er mai est choisi en référence aux événements du Haymarket Square de Chicago débutés le 1er mai 1886, lorsqu’une grève générale largement suivie dans tout le pays, fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick, le 3 mai 1886 ; suite à l’explosion d’une bombe qui fait un mort parmi les policiers et déclenche une bagarre générale, cinq syndicalistes anarchistes sont condamnés à mort. L’événement est célébré, pour la première fois, le 1er mai 1890, les manifestants arborent un triangle de cuir rouge ou de papier avec l’inscription « 1er Mai, 8 heures de travail ».
Le 1er mai 1891 à Fourmies, petite cité textile du Nord de la France, les ouvriers des filatures Boussus, entendent marquer de leur mobilisation cette journée d’action militante, qui s’inscrit aussi dans une vieille tradition de fête du printemps. Très inquiet le patronat a demandé des renforts militaires au sous-préfet. La répression fait neuf morts et plusieurs dizaines de blessés.
Après ce drame, le 1er mai devient encore plus le jour des revendications sociales. Le triangle rouge est remplacé par la fleur d’églantine, à la fois rappel de la périoderévolutionnaire (Fabre d’Églantine avait proposé en 1793 dans son calendrier républicain une « journée du travail » corrigée par Saint-Just en « journée des travailleurs », fixée le 20 janvier -1er pluviôse) et un hommage rendu à Maria Blondeau, tuée en 1891 à Fourmies tenant dans ses mains un bouquet d’aubépine – symbole du printemps – et dont la fleur est proche de l’églantine. Première avancée, le ministère du travail est créé en France en 1906. Mais il faut attendre 1919 pour que soit légalisée la journée de huit heures. Pendant l’occupation allemande, le maréchal Pétain décide en 1941 que le 1er mai sera « la fête du Travail et de la Concorde sociale ». Cette journée, chômée sans diminution de salaire, a alors pour objectif de rallier les Français à la collaboration du régime de Vichy. L’églantine rouge à la boutonnière, devenue symbole de la gauche, est interdite et remplacée par le brin de muguet.
En 1946, le Gouvernement provisoire de la République française déclare officiellement cette journée chômée et le caractère férié du 1er mai est ajouté en 1948.
La Fédération de la Ligue des Droits de l’Homme de Guadeloupe entend rappeler que le 1er mai est la journée de solidarité internationale des travailleuses et travailleurs, qu’elle est un moment essentiel pour réaffirmer l’universalité et l’indivisibilité des droits et en particulier l’importance des droits économiques et sociaux, que ces droits sont de plus en bafoués (Code du travail, allocations chômage, retraites, santé, logement, éducation, droits des personnes étrangères, etc.) et que la réponse aux protestations se résume par toujours plus de répression, avec des atteintes de plus en plus graves aux libertés et notamment à la liberté d’expression comme en témoigne les poursuites contre des centaines de militantes et de militants syndicalistes, associatifs et politiques1.
Dans un contexte national et international où tous les droits sont mis à mal et menacés de toute part par des forces réactionnaires qui ne cessent de gagner du terrain et propagent les poisons du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie, du sexisme et desdiscriminations, remettent en cause l’État de droit et dégradent les conditions de travail, résistons et défendons le 1er mai !
1 https://www.ldh-france.org/1er-mai-mobilisons-nous-pour-defendre-nos-droits-nos-libertes-et-plus-largementla-democratie/ et https://www.ldh-france.org/evenements/appel-a-rassemblement-le-1er-mai/
Maison de la Citoyenneté, 16 rue du Commandant Mortenol – 97110 Pointe-à-Pitre
