Une magnifique Antigone, mise en scène par René Loyon

— Par Roland Sabra,

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Belle affiche les 7 et 8 mai à l’Atrium avec Antigone dans une mise en scène de René Loyon. Cette tragédie de Sophocle appartient à ce qu’on appelle le cycle des pièces thébaines, du nom de Thèbes, la cité-royaume, «   la seule cité où des mortelles donnent naissance à des dieux » nous dit l’auteur! Antigone est la dernière de la série après « Œdipe roi « et « Œdipe à Colone » mais elle a été rédigée bien avant en 441 avant JC. Alors me direz-vous en quoi une pièce écrite il y prés de 2500 ans en Grèce peut-elle intéresser le public martiniquais. Et bien en ceci qu’elle nous conte une histoire qui interroge les liens entre les vivants et les morts, l’opposition entre la loi des hommes et la loi des dieux. Antigone est une résistante. Rappelons l’argument. De la liaison incestueuse entre Oedipe et sa mère Jocaste sont nés deux frères jumeaux, Etéocle et Polynice et deux filles Ismène et Antigone. Enfants maudits s’il en est, parmi les enfants maudits! Les fils héritent du pouvoir, chacun devant régner une année à tour de rôle. Mais voilà au bout de la première année Etéocle refuse de céder le trône à Polynice son frère qui va faire alliance avec l’ennemi héréditaire de Thèbes pour retrouver ce qu’il estime être son dû. C’est la guerre. Les deux frères vont mourir, l’un par la main de l’autre. Créon, l’oncle maternel, donc frère de Jocaste, personnage important de la pièce prend le pouvoir, organise en grandes pompes des funérailles pour Etéocle et refuse tout rite funéraire pour Polynice considéré comme traitre à la patrie et dont le cadavre doit pourrir sous les remparts de Thèbes. C’est là que commence la tragédie d’Antigone.A la loi des hommes, celle de Créon Antigone va opposer la loi des Dieux. A Créon qui nie le statut d’humain à son frère en lui refusant une sépulture, elle va rappeler cette loi fondatrice de l’humanité, à savoir que les hommes sont les seuls vivants à enterrer leurs morts. Antigone va donc décider au nom d’une morale supérieure, transcendante dirions_nous savamment, d’ensevelir son frère. Ce qui va la condamner à la mort! On voit bien l’opposition entre les petites lois, pour ne pas dire les petits arrangements des hommes et ce qui relève de l’ordre divin, qui n’appartient qu’au domaine des Dieux. On retrouve là l’opposition entre réalisme politique (Créon d’un côté) et idéalisme ( Antigone de l’autre). Mais Antigone c’est aussi l’histoire d’un homme de pouvoir qui prend une décision, qu’il pense juste et adaptée au bien de tous et qui s’obstine, s’entête par orgueil jusqu’à l’aveuglement, jusqu’à la catastrophe. Il faut être bien naïf pour croire cette opposition aujourd’hui dépassée .

Un des mérites de la mise en Scène de René Loyon est de s’appuyer sur une nouvelle traduction d’une actualité brûlante, celle de Florence Dupont, latiniste et directrice de programme au Collège international de philosophie. Il ya aussi ce travail d’occupation du plateau selon des diagonales très très classiques dans leur facture et puis ce positionnement des corps, notamment en ce qui concerne Créon qui se modifie, se transforme en fonction du dévoilement de la tragédie. il perd de sa superbe et finit presque tassé sur lui-même. L’utilisation du hors scène ne relève en rien de la gratuité comme trop souvent mais est tout a fait justifié, comme une mise à témoin du public. Il y a aussi un dépouillement sur le plateau qui relève encore plus la beauté du texte. Un autre mérite, mis ce travail en a tant qu’il parait fastidieux de les citer tous. repose  sur la très grande sobriété de ses choix scénographiques René Loyon a découvert le théâtre avec Roger Planchon. C’est dire que le metteur en scène a une ligne directrice claire : lier indissociablement vie individuelle et vie collective, registre de l’intime et registre de l’histoire avec un grand H.

Fort-de-France, le 10 mai 2010

R.S.

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