« Les psychoses », ou de quelques questions à l’occasion d’un séminaire.

par Roland Sabra —


Francis Bacon, Autoportrait

Les nosologies sont filles des pratiques culturelles. Alors qu’en France il est plus ou moins d’usage de parler de psychoses infantiles, l’OMS ne retient le diagnostic de psychose que pour les adultes. Vérité ici, erreur au-delà… Un semblant d’accord toutefois à propos de psychoses : le mot ne s’emploie qu’au pluriel, c’est dire l’ambition du séminaire qu’organise à Schoelcher le GAREFP du 30 octobre au 3 novembre sur le thème. Voici quelques unes des questions que nous aimerions voir débattues.

Psychose est un terme générique qui recouvre, la liste n’est pas exhaustive, schizophrénie, syndrome maniaco-dépressif, bouffée délirante, paranoïa, autisme… il s’oppose à celui de névroses, lui aussi au pluriel et qui recouvre des comportements qui ne provoquent pas de graves confusions mentales. Le critère de gravité, sous-jacent à ce classement, est souvent inefficace dans la réalité. Il existe des confusions mentales non handicapantes et de sévères névroses suffisamment invalidantes pour rendre impossible la vie professionnelle voire tout simplement sociale.

Un autre critère est quelque fois retenu, celui du rapport à la réalité. Si le névrosé sait parfaitement que 2 + 3 = 5 et s’il en est profondément malheureux le psychotique serait persuadé que 2+ 3 = 6 tout en étant ravi de cela. Le trait est un peu grossier ne serait-ce que parce que les psychotiques heureux ne courent pas les rues. On objectera aussi que du coté de la psychose bien des mélancoliques ont tout à fait conscience de leur mal-être alors que les « névroses de caractère » (Alexander, Ferenczi), comme la névrose obsessionnelle, organise l’ensemble de la personnalité avec des symptômes qui peuvent être discrets ou sporadiques. Ce critère n’est en réalité qu’une dérive du critère quantitatif précédent, puisqu’il s’agit toujours non seulement de mesurer mais de constituer l’écart entre le normal et le pathologique, démarche que l’on trouve dans le corpus freudien dés l’origine. La position de Lacan visera à subvertir cette opposition en y substituant un continuum, sur lequel le curseur du Sujet se déplace sans cesse.

«  La névrose serait le succès d’un conflit entre le moi et son ça, la psychose, elle, l’issue analogue d’une telle perturbation dans les relations entre moi et monde extérieur »1 . Voilà la formule « simple » qu’inspire à Freud les travaux de Hollos et Ferenczi au tout début des années 1920, sur la psychanalyse du trouble mental paralytique. La formule est assez forte pour que Freud, la même année, 1924, remette l’ouvrage sur le métier en publiant « La perte de réalité dans la névrose et la psychose »2 .

Deux mouvements dans la psychose

D’emblée Freud situe le rapport à la réalité comme discriminant dans la distinction qu’il construit. Pour la névrose la dépendance du moi à la surpuissance de la réalité réprime, dans un ratage réussi du refoulement, une partie de la vie pulsionnelle, alors que pour la psychose le moi au service du ça est coupé de la réalité dans un déni de celle-ci et se retire. Dans un cas domine la réalité, dans l’autre le ça. Une reprise d’un fragment de l’analyse de Melle Elisabeth V. R…3 est donnée comme illustration : « une jeune fille amoureuse de son beau-frère est, devant le lit de mort de sa sœur, ébranlée par cette idée : maintenant il est libre et peut t’épouser»4. La scène fait aussitôt l’objet d’un refoulement dont le ratage-réussi, ou si l’on préfère le retour du refoulé, conduit à une somatisation, à des douleurs hystériques. Il y a écrit Freud une dévalorisation par la névrose de la « modification réelle » par refoulement de la « revendication pulsionnelle, donc de l’amour pour le beau-frère »5. La séquence comporte deux temps, celui du refoulement et celui de son échec, la perte d’un fragment de réalité dont l’exigence est à l’origine du refoulement. La psychose, elle qui aurait conduit au déni de la mort de la sœur, comporte un mécanisme analogue à un refoulement par lequel le moi se détache du reste du monde » sur lequel précise Freud avec humour il « faut penser à se demander ce qu’il peut bien être »!6

Deux mouvements donc dans la psychose, le premier arrache le moi à la réalité, le second compense la perte de réalité par « la création d’une nouvelle réalité qui n’implique plus le même effet choquant que celle qui a été délaissée. »

Quant à la névrose « [elle] ne dénie pas la réalité, elle veut simplement ne rien savoir d’elle; la psychose la dénie et cherche à la remplacer. »7 Toutes deux sont l’expression de l’incapacité du ça à s’adapter à l’ananké. Le « refusement » du souhait de part de réalité [...] est le motif de cette rupture avec le monde extérieur. » écrit Freud qui précise « La parenté interne de cette psychose avec le rêve normal ne peut être méconnue. Toutefois la condition du rêver est l’état de sommeil aux caractères duquel ressortit le fait de se détourner pleinement de la perception et du monde extérieur. »8

Le remaniement de la réalité est continu, il est sans cesse enrichi par la production de nouvelles perceptions avec l’angoisse qui les accompagne, conformes à la nouvelle réalité « ce qui est atteint de la façon la plus fondamentale par la voie de l’hallucination. »9 Dans la psychose l’accent est entièrement mis sur le premier temps qui est structurellement morbide et ne laisse d’autre issue que la maladie alors que dans la névrose l’accentuation porte sur la deuxième phase au cours de laquelle l’évitement d’un morceau seulement de la réalité laisse un espace, de régression certes, mais aussi d’étayage vers un passé plus satisfaisant.

Ces deux textes courts de Freud ne sont pas sans poser problèmes. Tout d’abord, cela a été remarqué par plus d’un lecteur, il y a cette imprécision, ce flou, cette ambiguïté terminologique entre réalité et réel qui fait balancer le sens entre perception et réel objectif posé comme un objet intangible, déjà là, immédiat et non construit si l’on peut dire. C’est faire l’impasse sur la production signifiante inhérente à la perception du monde, au statut d’alluvions signifiantes du signifié et sur le travail de sélection, d ’élimination qui en résulte. Le construit de la réalité repose sur un travail de re-présentation qui toujours prend le pas sur le plaisir d’organe, tout comme les hallucinations renvoient le psychotique à une réalité dont la souffrance qui en résulte témoigne d’une ‘existence dont il convient de ne pas douter.

L’évitement de la perte de réalité chez le névrosé est rendue possible, consolidée par l’oedipianisation à venir  du sujet, l’existence du refoulement premier n’étant pas remise en cause. Chez le sujet psychotique la perte de réalité est supposée préalable, elle est déjà là et l’absence de refoulement n’est pas sans poser problème notamment en ce qui concerne l’existence du transfert. Cette distinction qui renvoie à la prévalence des processus secondaires chez l’un et primaires chez l’autre est sujet à questionnement dans la simple mise en perspective de la névrose phobique et les terreurs qui l’accompagnent (prévalence des processus primaires) et la psychose paranoïaque où semblent prévaloir dans l’infinie redondance augmentative les processus secondaires de la formalisation. Si les premiers travaux d’Abraham, Ferenczi soutiennent que la psychose est dénuée de toute capacité de transfert une autre ligne de recherche se met en place dés le début des années vingt et en 1928 Ruth Mack Brunswick publie l’ «Analyse d’un cas de paranoïa »10 ou apparaît pour la première fois l’expression « psychose de transfert ».  La porte était désormais ouverte pour un grand débat sur les explications théoriques et l’approche pratique de la psychose, dans le quel allaient s’illustrer kleiniens, winicottiens et annafreudistes. Pour Mélanie Klein la relation objectale est déjà là puisqu’elle est la condition même de la vie mentale. Pour Winicott et Searles, entre autres, il existe une phase de narcissisme primaire caractérisée par une indifférenciation entre le sujet et l’objet. Deux points de vue théoriques aux implications pratiques importantes. Pour Klein la psychose de transfert doit être interprétée à fin de modification à l’aide d’une théorie des positions et du précieux concept d’identification projective, dans ses effets positifs comme négatifs, au risque d’une sur-interprétation diront les critiques, ( voir le cas du petit Dick)11. Pour ceux qui soutiennent que les phénomènes qui relèvent du narcissisme primaire ne répondent pas à la technique interprétative classique, il vaut mieux les laisser évoluer et accomplir les stades non encore atteints et donc ne jamais défaire un transfert positif.

Quelle place pour l’histoire du Sujet?

La ligne de partage ainsi dessinée n’est surtout pas fixe ni même étanche. Elle n’a cessé d’être remaniée ne serait-ce que par le développement des cas de borderline tantôt rangés du côté des schizophrènes ( Robert Knight), tantôt du côté de la psychose maniaco-dépressive. Jean Bergeret en France a exploré cette piste dés 1974 en publiant «La dépression et les états-limites»12.

Parmi l’ensemble des questions que posent les deux texticules de Freud on soulignera  celles-ci : si la psychose est une structure quelle place pour l’histoire du sujet? Devant l’impossibilité d’un recollement du moi morcelé, que faire pour diminuer la souffrance? Si l’industrie pharmaceutique a des réponses sonnantes et trébuchantes, celles-ci relèvent d’un conception organiciste de la psychogénèse des névroses et des psychoses qui fait clivage depuis plus d’un siècle. La reprise de ce débat, mais n’a-t-il jamais cessé?, ces dernières années s’inscrit dans un contexte de montée en puissance des neurosciences. Parmi ces joutes nous nous attarderons sur celle dont on a célébré les soixante ans  en 2006. Elle illustre le déport lacanien de la problématique freudienne.


Il y a tout juste soixante ans les 28, 29 et 30 septembre 1946 une trentaine de psychiatres se réunissaient à l’invitation de Henry Hey à Bonneval pour discuter de la « Causalité psychique des troubles mentaux ». Au cours de ce séminaire plus connu aujourd’hui sous le nom de « Psychogénèse des névroses et des psychoses »13 Lacan, Ey, Rouart, Bonnafé; Courchet prirent la parole. Nous ne retiendrons que l’intervention de Jacques Lacan.

L’infatuation du Sujet

Quelle est la cause de la folie? Qu’atteste la croyance délirante? Une méconnaissance qui révèle le sujet. La méconnaissance est aussi reconnaissance et négation de ce qui est dit, ce par quoi le sujet s’affirme. «  Quel est donc le phénomène de la croyance délirante? – il est, disons-nous, méconnaissance, avec ce que le terme contient d’antinomie essentielle. Car méconnaître suppose une reconnaissance, comme le manifeste la méconnaissance systématique , où il faut bien admettre que ce qui est nié soit en quelque façon reconnu. »14 Le sentiment d’étrangeté qu’éprouve alors le sujet devant ses propres productions langagières montre « que la folie est vécue toute dans le registre du sens. [...] Le langage de l’homme, cet instrument de son mensonge, est traversé de part en part par le problème de sa vérité..»15. Le langage habite l’homme sans pour autant lui appartenir. Le psychologique en l’homme, relève de l’in-sensé, ce en quoi la folie nous parle à travers les calembours, les mots d’esprits, les lapsus, les homonymies, les néologismes.

Lacan va reprendre le cas de l’Aimée de sa thèse16 pour montrer que la personnalité est un état d’équilibre ou de déséquilibre que le sujet entretient avec lui-même dans ses relations fonctionnelles avec l’entourage. La cause de l’état est à situer dans l’inscription du sujet dans son histoire, le symptôme actuel renvoie à un état manifesté antérieurement, l’efficacité du traitement est assujettie à d’éventuels changements existentiels. La psychose est un mode d’existence. Une fois punie, par la prison l’Aimée de Lacan se trouvera quitte de ses délires ! La sœur d‘Aimée, occupe la place du moi-idéal, qu’elle-même est incapable d’incarner. L’agressivité est détournée vers d’autres (attentat manqué envers une actrice en vogue) et le sentiment inconscient de culpabilité (idéal du moi) fait appel à l’auto-punition que seule une sanction légale peut satisfaire. Attirance et répulsion témoignent de façon tragique du duel à mort dans lequel est engagée l’Aimée.

La structure paranoïaque est une structure de méconnaissance. Que Louis II de Bavière, Napoléon, Alceste, se prennent pour ce qu’ils sont passerait encore mais qu’ils s’imaginent l’être au nom d’une raison supérieure souligne « l’infatuation du sujet » et l’ « agression suicidaire du sujet »17 qui l’accompagne. « Le risque de la folie se mesure à l’attrait même des identifications où l’homme engage à la fois sa vérité et son être… . Lacan introduit ici ce qui sera le thème de la troisième partie de son intervention les effets psychiques du mode imaginaire non sans avoir enfoncé le clou avec une phrase qui depuis a fait florès : Et l’être de l’homme, non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme limite de sa liberté18. L’homme est malade de la liberté qui l’engendre.

La dette à l’égard de Wallon

La relation au monde est construite par un marqueur, le transitivisme, qui ne s ’efface jamais tout à fait et que l’on retrouve dans l’aptitude à parler de soi à la troisième personne et par quoi « le sujet s’identifie dans son sentiment de soi dans l’image de l’autre et que l’image de l’autre vient à captiver en lui ce sentiment. » Que le premier effet qui en surgisse soit un effet d’aliénation n’est pas sans conséquence. Tout d’abord et ce n’est pas rien le désir n’a de cesse de se faire reconnaître ce que vérifie l ’aphorisme « Le désir de l’homme c’est le désir de l’autre » et puis corollaire subversif, il n’y a pas d’objet qui puisse se constituer sans médiation. On retrouve là la dialectique du maître et de l’esclave. Lacan a cette phrase écrite pourrait-on croire pour quelques militants de l’identité martiniquaise : « Cette dialectique qui est celle de l’être même de l’homme doit réaliser dans une série de crise la synthèse de sa particularité et de son universalité, allant à universaliser cette particularité même19» C’est de sa partition que le sujet procède de sa parturition écrira Lacan.

La prise de conscience de l’unité corporelle et du non-morcellement du corps que permet le stade du miroir est moins importante que le spectacle des variations que l’enfant impose à son corps. Le spectacle de l’unité corporelle est le produit de l’activité de l’enfant, ce par quoi est provoquée l’assomption jubilatoire du désormais « fameux » stade du miroir emprunté à Wallon. Le moi se constitue sur un mode extéroceptif. Le sujet n’existe que dans le moment de la perception qu’il a des formes qu’il modèle et qui le fascinent. Il se constitue d’un coup par elles et en elles. Autour de cette captation identificatrice par l’imago s’articulent une immense série de phénomènes subjectifs «  depuis l’illusion des amputés en passant par les hallucinations du double… les objectivations délirantes qui s’y rattachent. Prévalence du regard dans l’expérience d’Harrison dans laquelle on place dans un premier moment des hommes et des femmes dans une même pièce mais séparés par un mur laissant passer les odeurs et les bruits mais arrêtant le regard pour constater l’arrêt de l’ovulation chez les femmes; puis on place dans un second temps ne serait qu’un seul homme et une seule femme séparés par une cloison de verre et l’ovulation se produit au bout de douze jours.20

Dire que les identifications secondaires et le langage seront convoqués pour tenter de pallier cette déficience constitutive, cette incomplétude c’est dire l’importance du narcissisme, du masochisme primordial et de la primauté de la pulsion de mort et de l’ambivalence entre l’amour et la haine. Refente du sujet qui le constitue comme unité corporelle et comme corps séparé du corps de la mère. Désir de mort de l’autre, renversé en crainte du désir de mort venant de l’autre, jeu de la bobine et du fort-da repéré par Freud chez son petit-fils.

L’irrémédiable altérité du symbolique et l’impossible accès au réel qu’elle implique signe une aliénation du sujet isomorphe à la structure même de la folie et ruine tout espoir d’une subjectivité consciente d’elle-même. Lacan dans le séminaire, les Psychoses21 de 1955-1956, reviendra sur la symbolisation primitive, à partir de la fameuse scène primordiale de l’«Homme aux loups » en précisant : [elle] est restée là ne servant à rien, et pourtant déjà signifiant, avant d’avoir à dire dans l’histoire du sujet. Le signifiant est donc donné primitivement, mais il n’est rien tant que le sujet ne le fait pas entrer dans son histoire »22. Ce que Jacques-Alain Miller traduira en donnant au chapitre XIV du séminaire le titre : « Le signifiant, comme tel, ne signifie rien ». Le signifiant n’est là que s’il y a une adresse au message qu’il soutient. La question est de savoir qu’elle est cette adresse dont l’absence conduit à la forclusion? Au passage Lacan égratigne la confusion faite d’après lui entre la projection telle qu’elle fonctionne dans la jalousie névrotique et ce qui dans la psychose relève de ce mécanisme.

Aux tenants des causes « organicistes » de la folie Lacan oppose donc une analyse en termes de structure psychique dans laquelle le rôle du miroir comme stade constitutif et de l’identité et de l’aliénation subvertissait la frontière entre normal et pathologique. Henry Ey ne s’y trompa pas qui conclut son commentaire du rapport de Lacan par ces mots :  « Si nous devions suivre Lacan dans sa conception de la psychogénèse, il n’y aurait plus de psychiatrie. C’est son cadavre qu’il nous a présenté et caché sous un linceul si merveilleusement brodé »23.

Des statistiques qui posent questions

Un autre point qu’il serait important d’aborder lors de ce séminaire et que nous n’avons pas la place de développer ici est celui du retour en force de la psychiatrie génétique qui, depuis quelques années avec le développement des neurosciences, s’appuie d’abord sur des études statistiques. L’autisme (psychose infantile?) par exemple est un trouble fortement héréditaire : le risque de récurrence dans les familles d’autistes est 45 fois plus élevé que dans la population générale, et lorsqu’un jumeau monozygote est atteint d’autisme, son frère ou sa sœur a un risque de 60 % d’être également autiste. Les garçons sont 4 fois plus touchés que les filles etc. Il semblerait qu’une corrélation, et non pas une causalité existe entre un marqueur génétique et la fréquence de « troubles envahissants du développement » , selon l’euphémisme en vogue. Le progrès doit être aussi significatif que celui que connaît l’aveugle désormais nommé mal-voyant et le sourd mal-entendant.

Autre pilier du développement des neurosciences : l’abondante pharmacopée mise à disposition des médecins par l’industrie pharmaceutique. Les neuroleptiques améliorent la qualité de vie des patients même si deux tiers à trois quarts d’entre eux souffrent d’effets secondaires, auquel cas on ajoute à la prise de médicaments celle de correcteurs d’effets secondaires. Il est des cas où le cocktail est aussi agrémenté d’anti-dépresseurs. On peut aussi y associer des séances de dressage, les T.C.C. (techniques de comportamentalo-cognitivistes). Il serait souhaitable que d’autres réponses plus construites que celles de « l’anti-livre noir de la psychanalyse » sous la direction du grand Timonier Jacques-Alain Miller soient abordées.

La psychose et les institutions analytiques

Un tout dernier point d’une importance qui n’est pas sans conséquence pour l’offre d’analyse en Martinique est celui de la place de la psychose dans les institutions.

Jean Allouch à partir du nœud borroméen qu’il érige en paradigme de la psychanalyse va placer la question de la psychose au centre des institutions analytiques. D’autres à partir d’un questionnement de l’« étrange » insistance de Freud à souligner l’homosexualité dans le cas Schreber vont montrer que se construit là quelque chose qui ressemble à un souvenir-écran.

« J’ai réussi là où le paranoïaque échoue »24 Freud affirme avoir réussi à sublimer son homosexualité là ou d’autres, (Fliess, Jung…) ont versé dans le délire. Pas si sûr! Il reviendra dans plusieurs lettres à Ferenczi sur ce thème en 1908 et notamment en 1910 après avoir écrit son Schreber. Comme le montre brillamment Chawki Azouri25, c’est toujours dans un contexte dans lequel Freud veut asseoir définitivement et indiscutablement la paternité qu’il revendique sur des concepts élaborés au cours de l’analyse qu’il a commencée avec Fliess, poursuivie avec Jung et Ferenczi mettant ces derniers, à leurs risques et périls dans une position intenable, d’élèves, d’analystes, de disciples et d’enfants. Si la date de la fin de ce qui est nommée abusivement l’auto-analyse de Freud diverge et fait l’objet d’un désaccord entre Didier Anzieu et François Roustang, Eric Laurent constate « qu’en 1908-1910, Freud analyse au moyen de Jung et Ferenczi l’étrange rapport du père et de la folie. »26 Ce qui est occulté dans le Schreber de Freud c’est la question radicale de la paternité et celle de la transmission. Question qui ne cesse de travailler les institutions psychanalytiques. La transmission se faisant, à la suite de Freud par l’intermédiaire d’institutions ayant hérité d’une certaine névrotisation de Schreber. L’infini processus de scissions des institutions analytiques, de production d’une altérité radicale et d’un ailleurs dans lequel la production théorique des « dissidents » est posée comme un délire en est une illustration édifiante.

Citons Chawki Azouri : Que l’on se soit autant attaché à l’homosexualité de Schreber témoigne en cela de l’homologie qui existe entre la structure de l’institution et le rapport à la psychose. Cela invite à poser la question d’une institution pour les analystes d’une façon proche de ce qui est conçu à propos d’une institution qui ne se fonde pas sur la ségrégation des psychotiques [...] qui ne fonctionne pas selon l’opposition d’un bon dedans à un mauvais dehors. La fin de l’analyse, sa traversée par l’analysant et l’analyste, et l’élaboration théorique qui en résulte, voilà qui pourrait être alors l’édifice pour bâtir « un nouveau mode d’accession du psychanalyste à une garantie collective ». A condition que l’association n’érige pas l’oubli en maître. »27

Il va de soi que l’ensemble de ces points ne pourra pas faire l’objet d’une analyse approfondie. Ils sont mentionnés ici pour faire trace. La diversité des thèmes abordés dans le programme prévu, le sérieux du travail déjà accompli par les participants sont gages d’une prise en compte de questionnements qui débordent le cadre de la profession et donc susceptibles d’intéresser le plus grand nombre .

Roland Sabra

 


1Névrose et psychose,Freud, OCF .P, Vol. XVII p. 3 Paris, 1992

2Op. cit p. 37-41

3Études sur l’hystérie,, Freud et Breuer, p. 124 , PUF, 1978.

4La perte de réalité dans la névrose et la psychose, op. Cit p.38

5Ibid. p.38

6Névrose et psychose, op. Cit. P 7

7La perte de réalité dans la névrose et la psychose,op. Cit. p.39

8Névrose et psychose ibid.

9La perte de réalité dans la névrose et la psychose,op. Cit. p.40

10Brunswick, Ruth Mack (1928). L’analyse d’un délire de jalousie. In: M.C. Hamon (Ed.), Féminité Mascarade, Paris: Seuil, 1994. pp. 133-195.

11Mélanie Klein, « L’importance de la formation du symbole dans le développement du moi », 1930 in « Essais de psychanalyse », pp.263-278 Éditions Payot, 1968.

12Éditions Payot, 1974

13Le problème de la psychogénèse des névroses et des psychoses », Bibliothèque Neuro-psychiatrique de langue française, Editions Desclée de Brouwer, 1950.

14Op. cit. p. 33

15Ibid. p 34

16De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, Jacques Lacan, Editions du Seuil, 1980. Première publication 1932.

17Le problème de la psychogénèse des névroses et des psychoses ». Op. cit.p. 38

18Ibid. p. 41

19Ibid. p. 45

20Ibid. p 51

21Séminaire III 1955-1956, Les Psychoses, Éditions du Seuil, Paris, 1981.

22Les psychoses, Lacan, p.177

23Op. Cit. p. 60

24S. Freud, lettre à Ferenczi du 06 octobre 1906, cité par E. Jones, La vie et l’oeuvre de Sigmund Freud, Tome II p. 87 PUF, 1979

25« J’ai réussi là où le paranoïaque échoue » , Chawki Azouri,Denoël, 1991

26Ornicar? N°12-13 p. 139

27« J’ai réussi là où le paranoïaque échoue » , Chawki Azouri op. Cit pp 245-246

SEMINAIRE DU GAREFP

Groupe Antillais de Recherche d’Etudes et de Formation Psychanalytique

«Les psychoses»

Du 29 au 31 Octobre 2007

Dans la clinique des sujets pour lesquels se pose la question de la psychose, nous nous proposons d’interroger le transfert et ses particularités dans le travail avec les enfants et les adolescents.

Lundi 29 Octobre 2007 : (18h30-21h)

Accueil : Marie-José CORENTIN  et Isabelle HEYMAN 

Félix VIGON « Déchirure » Une œuvre picturale en guise d’introduction

Catherine GUILLARD « Je vois…je suis vu…voilà !… »

Qu’en est-il de l’inscription signifiante et de la pulsion pour Mathieu, petit garçon de 4 ans?

Anne LEFEVRE : « Léa et la petite poule rousse, une histoire que personne ne lisait ».

Entre dysphasie et psychose, que s’est-il joué pour cette petite fille au moment de l’entrée dans la lecture ?

Discutante : Marie-José CORENTIN

Pot de bienvenue

Mardi 30 Octobre 2007 : (18h30- 21h)

Marie-José CORENTIN  «S2, Sans Domicile Fixe, cherche désespérément toit »

Comment la petite Cybèle s’inscrit elle dans le langage ? Quelle « invention signifiante »

met-elle en œuvre ?

Isabelle HEYMAN « Joan, moderne petit Poucet »

Qu’est-ce qui s’actualise de la structure qu’est-ce qui fait symptôme dans le transfert avec

Joan, enfant psychotique ?

Discutante : Joëlle Blais

Mercredi 31 Octobre 2007 : (18h30 -21h)

Yael GIUGLARIS : Le poids du secret et ses conséquences sur le dire d’une adolescente.

Comment exister quand le non-dit ne permet pas de dire ?

Josiane DESROSES : « Une adolescente en crise ».

L’émergence d’un délire à la suite d’un évènement traumatique pose la question de la

structure : entrée dans la psychose ou manifestation névrotique « bruyante » ?

Discutante : Luce Descoueyte

Prix : 70 (3 jours)….25€ la Soirée

Lieu : Ecole Hôtelière, Anse Gouraud 97233 Schoelcher

Renseignements et inscriptions : 05.96.61.71.17 ou 06.96.02.24.22 ou 06.96.25.95.10