Catégorie : Sciences Sociales

L’heure de vérité de la crise ?

— Par Jean-Marie Nol —

Flambée des prix de l’essence , Dette, budget de rigueur, méthode de gouvernance : l’heure de vérité de la crise qui vient sonne -t-elle aux Antilles , avec ce poison lent de l’inflation sur l’économie ?

Bien que le contexte international actuel maintienne une forte pression sur les cours mondiaux de l’énergie (notamment en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et des instabilités dans le détroit d’Ormuz), les prix des carburants dans les Antilles même si ils restent strictement réglementés par l’État risquent de connaître une sensible augmentation en octobre . La crainte d’un franchissement de seuil provient principalement de la situation en France métropolitaine, où le blocage de certaines routes maritimes internationales a poussé le prix moyen de certains carburants au-delà des 2,40 €/L dans certaines stations à la rentrée 2026. Toutefois, les autorités locales rappellent régulièrement que le mécanisme de calcul administré en Outre-mer permet de lisser et de contenir en partie ces chocs par rapport à l’Hexagone. Mais il n’en reste pas moins que le risque subsiste d’un impact négatif d’un choc pétrolier sur l’ensemble de l’économie des Antilles.  Lire Plus

Les archives féministes historiques d’Andrée Michel

— par Rodolf Étienne

Il arrive que les archives racontent davantage qu’une vie. Elles révèlent une époque, les combats qui l’ont traversée et, parfois, tout ce qu’une société a mis du temps à reconnaître.

Andrée Michel (1920 – 2022) fut l’une des pionnières françaises de la sociologie féministe.

Le fonds Andrée Michel, conservé aux Archives nationales présente sur 52,8 mètres linéaires et 215 articles, couvrant une période allant de 1886 à 2018 : correspondances, carnets, enquêtes, photographies, dossiers scientifiques et documents militants. Ce sont ainsi les traces d’une existence passée à interroger la domination des femmes, mais aussi la guerre, le colonialisme et les mécanismes du pouvoir.

Entrée au CNRS en 1951, Andrée Michel travaille très tôt sur les rapports entre famille, travail, immigration et condition féminine, à une époque où les sciences sociales françaises accordent encore peu de place à ces questions.

Chez elle, la recherche n’est cependant jamais séparée de l’engagement. À partir des années 1970, elle participe directement au mouvement féministe et fonde en 1974 un groupe consacré aux femmes et à la sociologie.

Ses archives permettent ainsi de suivre une grande partie des transformations intellectuelles et politiques de la seconde moitié du XXe siècle : revendication du droit à la contraception et à l’avortement, dénonciation du sexisme, réflexion sur la division sexuelle du travail, mais également engagement anticolonialiste et critique des logiques militaires.  Lire Plus

L’éphéméride du 29 septembre

Massacre de Babi Yar les 29 et 30 septembre 1941

Le massacre de Babi Yar est le plus grand massacre de la Shoah ukrainienne par balles mené par les Einsatzgruppen en URSS : 33 771 Juifs furent assassinés par les nazis et leurs collaborateurs locaux, principalement le 201e bataillon Schutzmannschaft, les 29 et 30 septembre 1941 aux abords du ravin de Babi Yar.

D’autres massacres eurent lieu au ravin de Babi Yar dans les mois suivants, faisant entre 100 000 et 150 000 morts (Juifs, prisonniers de guerre soviétiques, communistes, Tziganes, Ukrainiens et otages civils) jusqu’à la mise en place en 1942 du camp de concentration de Syrets.

Babi Yar (« ravin des bonnes femmes  ; en russe : Бабий Яр ; en ukrainien : Бабин Яр, Babyn Yar ; en polonais : Babi Jar) est un lieu-dit de la ville de Kiev (Ukraine) entre les quartiers de Louk’ianivka (Лук’янівка) et de Syrets’ (Сирець).

Un contexte particulier : la conquête nazie de l’Union soviétique
Arrivée de la Wehrmacht en Ukraine

Le 22 juin 1941, plus de trois millions de soldats allemands envahissent le territoire soviétique.  Lire Plus

Appel à rejoindre, la mobilisation du mardi 29 septembre !

— Communiqué du Syndicat CGTM des Retraités –—

Manifestons et dénonçons les projets budgétaires du gouvernement Lecornu. Cure d’austérité pour les retraités et des milliards d’euros pour les nantis !

Parmi les mesures scélérates : La désindexation des pensions, c’est un braquage de 6 milliards, enlevé à la mesure de compensation de l’inflation.

Le gel des pensions qui suivra, une décision tout aussi odieuse. La suppression de l’abattement fiscal de 10%, ce qui alourdira l’impôt sur le revenu de nombreux foyers modestes. La Hausse de la CSG : ce qui aura pour conséquence, d’augmenter la contribution des pensions, de ce budget anti-pauvres. La réduction de la durée maximale de versement des indemnités journalières, en cas d’affection longue durée. La fin du cumul entre l’AAH et l’ASS, cette suppression d’aide c’est 600 euros de moins, volés aux adultes handicapés.

En face, nous constatons l’ampleur des aides publiques aux entreprises

Un pognon de dingue (dixit Macron) en aides publiques aux riches : 211 milliards par an.

Des profits et dividendes records pour le CAC 40, en 2024 une année record à 133 milliards €.  Lire Plus

Caricom, Sainte-Lucie, Saint-Martin : Une nouvelle cartographie du ciel

– par Rodolf Etienne

À Sainte-Lucie comme à Saint-Martin, le ciel change.

Les compagnies américaines renforcent leurs positions, les plateformes aéroportuaires se modernisent et les transporteurs régionaux tentent de reconstruire les liaisons entre les îles.

Dans le même temps, la CARICOM dispose depuis 2020 d’un accord visant à créer un véritable marché unique du transport aérien. Le paradoxe est saisissant : la Caraïbe n’a jamais été aussi accessible depuis Miami, New York, Atlanta ou Orlando, mais elle reste encore difficile à parcourir de l’intérieur. Et cette recomposition intervient justement au moment où Washington replace officiellement l’hémisphère occidental au cœur de sa stratégie.

Sainte-Lucie – deux aéroports, deux logiques

Sainte-Lucie donne une première clé de lecture. Depuis Hewanorra, American Airlines dessert Miami et Charlotte ; Delta, Atlanta ; JetBlue, New York et Boston ; United, Newark. Air Canada, WestJet et British Airways maintiennent les grands axes internationaux. Mais, autour de George F. L. Charles, une autre carte se dessine : Caribbean Airlines, LIAT 20, Winair, interCaribbean, Sunrise Airways ou Air Adelphi travaillent les liaisons régionales. L’île dispose donc de deux portes : Hewanorra vers les grands marchés extérieurs, George F.  Lire Plus

29 septembre : Grève générale pour une journée sous haute tension sociale

—- par Rodolf Étienne —

La journée du mardi 29 septembre 2026 pourrait être une journée particulièrement sensible en Martinique.

Deux dossiers, distincts mais étroitement liés dans leurs conséquences quotidiennes, vont se rencontrer : une mobilisation nationale de la fonction publique, élargie localement à l’ensemble des secteurs, et une nouvelle échéance financière pour un système de transports collectifs déjà profondément fragilisé.

En Martinique, les organisations syndicales ont annoncé samedi 26 septembre leur volonté de relayer la journée nationale de grève et de l’élargir à l’ensemble des secteurs. La mobilisation nationale concerne initialement les agents de la fonction publique : les préavis couvrent notamment les trois versants — État, territoriale et hospitalière — et portent principalement sur les rémunérations, la revalorisation du point d’indice, les conditions de travail et le pouvoir d’achat.

Une mobilisation nationale qui prend une dimension martiniquaise

Le mouvement du 29 septembre ne naît donc pas en Martinique. Au niveau national, plusieurs organisations syndicales contestent la politique salariale appliquée aux agents publics. La CFDT réclame notamment des mesures générales et immédiates sur les salaires, une revalorisation du point d’indice et son indexation sur l’inflation, le rétablissement de la GIPA et le maintien intégral de la rémunération en cas de congé maladie ordinaire.  Lire Plus

Antilles : surveiller les signaux faibles

Oui assurément , la crise budgétaire et financière était évitable en Martinique , avec le recours à la veille et à l’analyse prospective !

— Par Jean-Marie Nol —

L’image que l’on dépeint fréquemment de l’homme politique est celle, un peu poussiéreuse, de l’élu qui endort ses auditoires par des explications idéologiques soporifiques que les citoyens doivent mémoriser sans trop savoir pourquoi ni comment faute de transparence . L’explication officielle de la dérive financière de la CTM fait état d’un déséquilibre structurel et non de mauvais choix de gestion. Mais force est de souligner que cette explication est un peu trop courte et à la limite de la caricature ,car fort éloignée des réalités de l’ensemble des régions et collectivités d’outre-mer, où la Martinique fait seule exception quant à la dégradation accélérée des paramètres budgétaires et financiers. La véritable question qui se pose aujourd’hui aux Antilles n’est plus seulement celle de la gestion du passé et du présent en solitaire d’une certaine collectivité , mais celle de la capacité collective à anticiper un avenir devenu beaucoup plus incertain. Dans un environnement marqué par le ralentissement de la croissance, l’endettement public, les tensions sociales, la fragilisation des finances publiques et la transformation rapide des modèles économiques, gouverner ne peut plus consister à mettre en avant un déséquilibre structurel et encore moins à réagir après coup aux crises lorsqu’elles surviennent.  Lire Plus

Kösem Sultan : La dame de Topkapi ou la conquête du sultanat

– par Rodolf Etienne

Kösem Sultan, la dame de Topkapi, entre dans l’histoire presque sans passé.

On ignore son nom, son lieu de naissance, les circonstances exactes qui l’ont conduite au palais impérial.

La dame de Topkapi se trouve pourtant historiquement au coeur même du pouvoir ottoman.

Compagne d’Ahmed Ier, mère de deux sultans, grand-mère d’un troisième, elle traverse près d’un demi-siècle de crises dynastiques et transforme la position traditionnellement réservée aux femmes du palais en véritable instrument politique.

Son histoire est celle d’une formidable ascension, mais aussi celle d’une femme qui conquiert le pouvoir sans jamais pouvoir sortir du système qui l’a d’abord enfermée.

Une femme surgie presque de nulle part

Le commencement de sa vie appartient davantage à l’incertitude qu’à l’histoire. Les sources ottomanes ne permettent pas d’établir précisément sa famille, son lieu de naissance ni les circonstances de son arrivée au palais. Elle aurait été d’origine chrétienne orthodoxe ; différentes traditions lui attribuent des origines grecques ou balkaniques. Les noms Mahpeyker et Kösem apparaissent ensuite dans les sources ottomanes. C’est donc avec prudence qu’il faut accueillir les biographies qui lui donnent une enfance très précisément documentée.  Lire Plus

Santé – Urgences : Au CHUM, plus de 11 139 passages en trois mois

– par Rodolf Étienne 

Depuis plusieurs mois, la question des urgences hospitalières revient avec insistance en Martinique.

Fermeture nocturne des admissions à l’hôpital Louis-Domergue de Trinité, difficultés de recrutement des médecins urgentistes, tensions sur les effectifs, organisation exceptionnelle du CHU de Martinique : les signes de la fragilisation du dispositif sont désormais mesurables.

Pourtant, lorsqu’on cherche à mesurer précisément cette tension, notamment à travers le nombre de passages et les durées d’attente, les données disponibles restent étonnamment parcellaires.

Le chiffre le plus précis communiqué récemment par le CHU de Martinique concerne les urgences de Pierre-Zobda-Quitman. Entre le 20 avril et le 20 juillet 2026, l’établissement hospitalier indique avoir enregistré 11 139 passages, soit environ 121 passages par jour en moyenne. Ce chiffre a été rendu public à l’occasion du bilan du dispositif numérique FollowMe (https://followme-urgences.fr/), mis en place afin de permettre aux patients et aux accompagnants de suivre les différentes étapes de leur parcours aux urgences. Ce volume est loin d’être négligeable.

À titre de comparaison, Pierre-Zobda-Quitman avait enregistré 42 444 passages sur l’ensemble de l’année 2024, soit environ 116 passages par jour.

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De Camille Darsières à Serge Letchimy : d’une faute à l’autre, d’une crise à l’autre

— Les Contrechroniques d’Yves-LéopoldMonthieux —

En quarante ans de décentralisation – d’apprentissage de l’autonomie –, la gouvernance régionale a trop souvent substitué l’incantation idéologique au sens de l’anticipation. Du mythe du « dépeuplement » au naufrage de la collectivité, retour sur une trajectoire budgétaire où l’imprévoyance locale s’érige en provocateur de l’État régalien auprès duquel, néanmoins, il cherche systématiquement son salut. Le silence des médias et des intellectuels étant acquis, les perdants sont réputés avoir eu raison de toujours se tromper. Une façon de les inviter à persévérer.

LA FAUSSE PANNE DÉMOGRAPHIQUE : ANATOMIE D’UNE MYSTIFICATION

À en croire le récit convenu façonné par les sachants et les faiseurs d’opinion, le BUMIDOM aurait véritablement dépouillé la Martinique de ses « forces vives », portant la responsabilité exclusive du non-développement de la collectivité. Cette assertion constitue pourtant l’une des plus grandes escroqueries intellectuelles et politiques de notre histoire récente. Elle a permis aux gouvernants locaux de se couler dans une posture d’opposition systématique aux mesures gouvernementales des années 1960 et 1970, érigeant le BUMIDOM en videur de « forces vives » et le Service militaire adapté (SMA) en « armée d’occupation coloniale ».  Lire Plus

Le mythe transforme l’ethnie, le groupe ou la nation en race…

— Par Camille Loty Malebranche —

Le verbe créateur de l’identité du groupe s’érige en mythe dès qu’il s’impose en vision sacrée qui sacralise l’ethnie, la peau, la nation, le groupe… Tout ce qui substantialise la condition, les contingences pour essentialiser des collectivités humaines afin de leur conférer des privilèges logiquement indus à cause de leur origine, de leur clan, de leur couleur, en en excluant tous les autres, est constitution d’une race. Ainsi, toute discrimination – terme à ne pas confondre avec la différenciation par les vraies valeurs spirituelles, morales, intellectuelles et les justes combats menés selon ces valeurs – est du racisme.

Le verbe créateur d’identité de groupes humains n’est pas toujours sacré. Parfois, il n’est que rassembleur! Il dévie en mythe quand il devient agressivement sacré et menaçant pour l’altérité. Sacré (parfois littéralement religieux), liant la naissance et l’existence de la société au suprahumain au cosmique voire au supracosmique et au divin via un naturalisme sacral, le verbe créateur d’identité, risque des déviations sur la route des excès parce que frontière diabolique pouvant dériver en pathogénies discriminatoires. En effet, c’est de la sacralisation verbale que naît la fiction de la race, des faux mérites et toutes les imbécillités de ceux qui distillent leur être identitaire dans une vision où ils se voudraient supérieurs à tous les autres qui ne sont de leur « nature raciale et sociale ».  Lire Plus

Mais où va le Festival entènasyonal literati kreyòl ?

—Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Résumé

Cet article propose une analyse critique des récentes mutations du Festival entènasyonal literati kreyòl (FEL) en l’inscrivant dans un cadre plus large, celui de l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti, de la Créolophonie et de l’État de droit. La réflexion analytique sur les récentes mutations du FEL s’articule à la notion de citoyenneté linguistique et aux obligations constitutionnelles du bilinguisme de l’équité des droits linguistiques (articles 5 et 40 de la Constitution de 1987) et elle soutient la perspective selon laquelle la culture doit contribuer à la consolidation de l’État de droit. Le texte promeut également l’indépendance du champ culturel face aux tentatives d’instrumentalisation des pouvoirs politiques, en particulier celles du PHTK néo-duvaliériste dont l’« arme d’intervention stratégique », dans le champ culturel, est le Fonds national de l’éducation (FNE) connu comme une véritable « industrie » de la corruption et du détournement des finances de l’État. L’analyse reproduit et soumet à l’analyse critique un document clé : le message public d’Anivence Jean Baptiste daté du 17 septembre 2026 et dans lequel le FEL célèbre l’ancien ministre PHTKiste Nesmy Manigat, rédacteur de FELmagazine, au titre de modernisateur du système éducatif national.  Lire Plus

Éducation – IA, école et fracture technologique

— par Rodolf Étienne

Les modèles de langages (LLM), dits « intelligence artificielle générative », sont déjà là.

Là, dans les téléphones, les bureaux, les universités, les entreprises et, qu’on le veuille ou non, dans les cartables.

Mais, en Martinique, la vraie question pourrait être : qui saura réellement utiliser l’IA, qui pourra la contrôler, et qui sont ceux qui risquent simplement de la subir.

Il y a quelque chose de subtilement trompeur dans la facilité avec laquelle nous parlons aujourd’hui à une IA. Il suffit d’ouvrir une application, de poser une question, de demander un courrier, une traduction, une image, un calcul ou un résumé. Tout paraît immédiatement accessible.

Mais derrière cette apparente simplicité se cache une nouvelle ligne de fracture. Car avoir accès à ChatGPT, Gemini ou à un autre outil ne signifie ni savoir l’utiliser, ni savoir vérifier ce qu’il produit, encore moins savoir l’intégrer intelligemment à son travail ou à son apprentissage.

strong>En Martinique, cette question est d’autant plus importante que l’intelligence artificielle arrive sur un territoire où les inégalités numériques, scolaires et sociales existaient longtemps avant elle.  Lire Plus

Quand les tensions s’additionnent

La Martinique prise en étau aujourd’hui sur la ligne de crête de la crise financière, voire économique , et demain une situation sociale hautement inflammable .*

— Par Jean-Marie Nol —

La Martinique aborde les prochaines semaines sur une véritable ligne de crête. D’un côté, une population déjà éprouvée par la vie chère, la stagnation des revenus et la crainte du déclassement ; de l’autre, une collectivité territoriale très endettée dont les marges de manœuvre financières se réduisent et qui doit désormais composer avec la nécessité d’un sérieux budgétaire accru. Entre ces deux réalités, le risque n’est plus seulement économique ou financier : il devient social. En effet la crise sociale constitue l’autre face de cette équation.

La Martinique navigue sur une ligne de crête fragile, marquée par une anxiété sociale grandissante mise en lumière par l’inquiétude sur la situation financière de la collectivité territoriale de Martinique et aux tensions persistantes sur le pouvoir d’achat .L’expression ligne de crête désigne une position d’équilibre instable ou une situation très délicate entre deux choix, deux exigences ou deux opinions contraires. Exemple : Un gouvernement ou une collectivité territoriale comme celle de la Martinique qui essaie de trouver un compromis entre la résorption de la dette et les mesures nécessaires de rigueur pour freiner les dépenses navigue sur une « ligne de crête » : un faux pas d’un côté ou de l’autre risque de faire basculer la situation en crise sociale ouverte , car la vie chère ne disparaît pas parce que l’inflation ralentit de façon temporaire et surtout que le hic c’est que la dépense publique est vraiment hors de contrôle.  Lire Plus

Code noir / Kòd nwa

Avant‑propos de la version créole élaborée par James Fleurissaint

Par Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue
Job Silvert, linguiste-traductologue
(Septembre 2026)

« L’Édit du Roi portant règlement pour le gouvernement des esclaves dans les îles de l’Amérique », promulgué en mars 1685 sous l’autorité de Louis XIV, occupe une place centrale dans l’histoire juridique et politique de la France coloniale. Ce texte, devenu au fil du temps le « Code noir », constitue l’un des fondements normatifs de l’ordre esclavagiste instauré dans les possessions françaises d’outre‑mer. Il ne s’agit pas seulement d’un corpus législatif destiné à encadrer les pratiques des colons : l’Édit de 1685 est un instrument de gouvernement, un dispositif de régulation sociale et un cadre d’organisation des sociétés coloniales fondées sur l’asservissement. [Annotation 1 : L’appellation « Code noir » n’est pas contemporaine de 1685 ; elle apparaît dans les usages administratifs du XVIIIᵉ siècle et se fixe dans la littérature juridique du XIXᵉ siècle.]

Dans le contexte du XVIIᵉ siècle, la monarchie absolue cherche à affirmer son autorité sur les îles de l’Amérique en imposant un cadre légal uniforme.  Lire Plus

La dette écrit le programme

Comment les français se voilent la face sur l’image cachée d’une campagne électorale présidentielle artificielle et tronquée ?

— Par Jean-Marie Nol —

L’expression « un débat artificiel et tronqué » capture parfaitement les deux plus grandes menaces qui pèsent sur l’authenticité de la campagne présidentielle de 2027 : l’absence de débat sérieux sur l’intelligence artificielle (IA) et la multiplication des promesses démagogiques et irréalistes.

Pour autant , c’est un écran de fumée et un débat public stérile et mensonger qui s’installe subrepticement , et qui ne révèle aucun intérêt fondamental pour l’avenir de la France .

Alors qui aura le courage de dire la vérité aux Français sur les vraies conséquences de la crise qui vient ?
Il y a quelque chose de profondément irréel dans le débat qui commence à s’instaurer autour de la prochaine élection présidentielle. Les candidats vont promettre, expliquer, rassurer, distribuer des milliards virtuels et présenter des programmes comme si la France disposait encore de la liberté budgétaire qui a permis, pendant des décennies, de repousser les échéances. Mais la France de demain ne sera pas celle des promesses électorales.  Lire Plus

L’élite: un concept désignifié, désubstantialisé par l’idéologie de l’économie sale.

— Par Camille Loty Malebranche —

L’élite, telle que conçue en nos sociétés platement matérialistes et pragmatiques, est précisément la ronde des fourbes les plus idéologiquement habiles qui savent accaparer oligarchiquement pour eux-mêmes, toutes les ressources communes de l’humanité par des empires financiers (bancaires, boursiers) et industriels, tout en se créant des alliés dévoués produits en politiciens de partis pour les aider à séquestrer les États en mentant aux peuples par le jeu dit d’alternance démocratique. Car si les têtes visibles du pouvoir s’alternent via des élections cycliques, les maîtres de l’argent mondial avec leur acte de prédation permanente, restent pratiquement les mêmes de manière pérenne et se succèdent de pères en fils.

Il n’y a d’élite que de la noblesse du caractère, le reste n’est qu’ironie et manipulation idéologiques des oligarchies faussement moralisatrices d’un monde systémiquement immoral. Quand on se rappelle que l’institution sociale est dispensatrice de valeur et de signification pour les membres de la société, l’on saisit alors la déformation corrompue de la vision collective lorsque tous les horizons du regard collectif sont, dès le départ, dilués dans des simulacres.  Lire Plus

Réparations : Le nouveau chapitre vers la dignité globale

-— Par Rodolf Étienne —

Pendant une grande partie du XXe siècle, la revendication centrale des peuples colonisés fut l’indépendance.

Mais les indépendances ont-elles réglé les comptes de la colonisation ? 

Soixante ou soixante-dix ans plus tard, voilà qu’une autre question prend une place croissante : après avoir obtenu le droit d’être libres, que faire des conséquences économiques, humaines, culturelles et patrimoniales de plusieurs siècles d’esclavage et de domination coloniale ?

C’est sous cet angle que la 3ème Conférence régionale de la CARICOM sur les réparations, organisée à la Barbade du 17 au 19 septembre 2026, prend une dimension qui dépasse largement Bridgetown. 

Réunis autour du thème Reparatory Justice as the Coming Enlightenment, responsables politiques, chercheurs, juristes, militants et représentants du monde africain et de ses diasporas ont travaillé à la mise en œuvre du Plan en 10 points révisé de la CARICOM pour la justice réparatrice.

La rencontre intervenait après l’adoption, le 25 mars 2026, de la résolution A/RES/80/250 des Nations unies sur la traite et l’asservissement racial des Africains. La CARICOM présente donc explicitement cette conférence comme le passage de la résolution à l’action.  Lire Plus

L’éphéméride du 24 septembre

La Nouvelle-Calédonie est proclamée colonie française le 24 septembre 1853

Les premières sources écrites concernant l’histoire de la Nouvelle-Calédonie remontent à son exploration en 1774 par James Cook, l’archipel était alors déjà habité par une population mélanésienne : les Kanak. La Nouvelle-Calédonie est une collectivité sui generis de la France.
Le contexte géographique
D’une superficie totale de 18 575,5 km21, la Nouvelle-Calédonie est un territoire d’une surface comparable à celle d’un État comme la Slovénie. La population est estimée à 245 580 habitants (recensement 2009), dont 99 078 d’origine mélanésienne. La Nouvelle-Calédonie est un territoire notoirement sous-peuplé avec une densité de 13 hab./km2 (119 hab./km2 en France métropolitaine).

Lors de l’arrivée des premiers explorateurs la population mélanésienne était estimée entre 40 000 et 80 000 habitants2.

Peuplement et préhistoire (xiiie siècle av. J.-C. – xixe siècle)
Il y a 5 000 ans environ (v. 3 000 av. J.-C.), des habitants du littoral de la Chine du sud, cultivateurs de millet et de riz, appelés Austronésiens par les archéologues, commencent à traverser le détroit pour s’installer à Taïwan. Vers 2 000 av.  Lire Plus

Sainte-Lucie – A’ila Resorts : Une aventure touristique à 1,3 milliard de dollars

– par Rodolf Etienne

À Mount Pimard, à Rodnay Bay, Sainte-Lucie ne construit pas seulement un nouveau complexe hôtelier.

Avec A’ILA Resorts, projet annoncé à 1,3 milliard de dollars américains porté par des sociétés liées à un groupe basé au Texas, l’île change l’échelle de l’attractivité touristique : hôtels, résidences, villas, bien-être, commerce, restauration, centre de conférences, accès public au littoral. 

Et derrière les images de piscines et de bâtiments posés face à la mer se joue une stratégie beaucoup plus élaborée : créer davantage de capacité touristique, attirer de nouvelles clientèles et, mécaniquement, remplir davantage d’avions.

À vingt-cinq minutes de vol de la Martinique, Sainte-Lucie organise déjà une partie du tourisme caribéen de demain.

Pas moins d’1,3 milliard de dollars pour le secteur touristique

Le projet A’ILA Resorts a été présenté officiellement en avril 2025 au Caribbean Investment Summit. Son montant annoncé : 1,3 milliard de dollars US. A’ILA Resorts est développé par Global Capital Caribbean LLC et USCEM Group LLC, deux filiales du Atlas Group of Companies, dont le siège est au Texas.

Le gouvernement de Sainte-Lucie présente Atlas comme un groupe international actif depuis plus de cinquante ans dans l’hôtellerie, les infrastructures, la santé, le logement, les bâtiments publics et les transports.   Lire Plus

L’éphéméride du 23 septembre

Naissance à Limoges de la C.G.T. le 23 septembre 1895

La Confédération générale du travail, abrégé en CGT, est un syndicat français de salariés créé le 23 septembre 1895 à Limoges. Elle faisait partie des cinq confédérations de syndicats de salariés français considérées, par présomption irréfragable, comme représentatives par l’État avant la réforme de 2008.

La CGT a obtenu 1 570 500 suffrages (34 %) aux élections prud’homales de décembre 2008 (lors de ces élections un salarié sur quatre, soit 25 % du collège employés, a voté). Elle figure comme l’une des principales organisations syndicales de salariés dans les élections aux comités d’entreprise comme parmi les délégués du personnel. En 2017, 653 222 salariés sont syndiqués à la CGT, ce qui en fait la première confédération syndicale française en nombre d’adhérents1.

L’actuel secrétaire général de la confédération est Philippe Martinez.

La CGT est affiliée à la Confédération européenne des syndicats (CES) et la Confédération syndicale internationale (CSI). Elle a longtemps été un élément moteur de la Fédération syndicale mondiale (FSM) de laquelle elle s’est désaffiliée en 1995. Lors de son 52e congrès à Dijon, les délégués votent un amendement actant à nouveau la recherche de l’unité avec les syndicats membres de la CSI, la CES mais aussi la FSM.  Lire Plus

MINERAIS CRITIQUES : Afrique, de la mine à l’usine

— Par Rodolf Étienne

Pendant plus d’un siècle, une grande partie de l’économie minière africaine a fonctionné selon une mécanique presque immuable.

Extraire la matière première sur le continent, l’exporter, puis laisser ailleurs l’essentiel de la transformation industrielle, de la technologie, des emplois qualifiés et de la valeur ajoutée.

Cuivre, cobalt, bauxite, lithium, graphite, manganèse, platine, terres rares : l’Afrique possède une part considérable des minerais devenus indispensables aux batteries, aux véhicules électriques, aux réseaux électriques, aux énergies renouvelables, à l’électronique et désormais aux infrastructures de l’intelligence artificielle.

Mais posséder le minerai ne signifie pas posséder la chaîne de valeur. C’est précisément ce que plusieurs États africains tentent aujourd’hui de changer. Selon une analyse publiée par Reuters le 10 septembre 2026, l’Afrique continentale détiendrait environ 30 % des réserves minérales mondiales, tout en ne captant qu’environ 10 % des revenus miniers mondiaux. Le contraste résume à lui seul la question : la richesse géologique existe, mais une part considérable de la valeur économique est créée après que la matière première a quitté le continent.

Du minerai brut au produit transformé

Le mouvement qui s’esquisse aujourd’hui est loin d’être uniforme, mais il devient continental.   Lire Plus

MARTINIQUE – TOURISME : Kérosène, l’angle mort

  • par Rodolf Etienne

Alors que le nouveau président du Comité martiniquais du tourisme (CMT), Alexandre Ventadour, ambitionne de porter la destination jusqu’à 1,3 million de visiteurs à cinq ans, une variable extérieure pourrait sérieusement compliquer l’équation : le prix du carburant aérien.

Pour une île dont l’économie touristique dépend presque entièrement de l’avion, la hausse du kérosène ne menace pas seulement le nombre de visiteurs, elle risque surtout de réduire ce que chacun d’entre eux laissera dans l’économie martiniquaise.

Le tourisme martiniquais aborde la saison 2026-2027 dans une situation paradoxale. Rarement les ambitions auront été aussi clairement affichées. Alexandre Ventadour, nouveau président du Comité martiniquais du tourisme, estime que la Martinique pourrait atteindre 1,3 million de visiteurs dans les cinq prochaines années, en s’appuyant notamment sur les capacités aéroportuaires et portuaires existantes et sur le développement de nouvelles dessertes. 
Il reconnaît lui-même que cette trajectoire dépendra aussi des compagnies aériennes, des tour-opérateurs et de l’évolution de la situation géopolitique internationale.
C’est cette dernière précision qui semble prendre soudain une importance particulière. Le prix moyen mondial du carburéacteur a atteint, lors du dernier relevé de l’Association internationale du transport aérien, 171,01 dollars le baril, soit une progression de 9 % en une semaine.
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L’éphéméride du 22 septembre

La République est proclamée en Martinique le 22 septembre 1870.

Dans le sud, l’annonce de ce régime qui avait permis l’émancipation des esclaves en 1848 donne le top départ pour un soulèvement organisé contre les blancs les plus racistes et la mise en place d’une république sur le modèle haïtien. À Rivière-Pilote d’où est originaire Léopold Lubin, la population incendie l’habitation de Codé, blanc esclavagiste, royaliste et surtout responsable de la condamnation qui a mis le feu aux poudres. L’état de siège est déclaré le 23 septembre si bien que le commandant Mourat assume le pouvoir civil et militaire. L’insurrection sétend à Saint-Esprit, à Rivière-Salée, à Sainte-Luce, à Sainte-Anne, à Ducos, au Lamentin, au Marin et au Vauclin. « La classe noire tout entière était dans le mouvement» d’àprès un rapport. Elle sèn prend aux biens et non aux personnes, exception faite pour Codé qui, ayant fui dans les mornes, est retrouvé le 24 septembre rôti comme un cochon. Les békés prennent peur. Les troupes militaires, avec des armes à feu contre des coutelas ou des bambous afffités, parviennent à étouffer le mouvement insurrectionnel dès le 26 septembre.  Lire Plus

De l’écologie à la Relation

— Par Patrick Chamoiseau —

Sur des bases scientifiques autant que poétiques, la pensée écologique nous rappelle

(comme le font depuis longtemps les imaginaires animistes)

que tout est lié.

Elle embrasse l’ensemble de nos nécessités existentielles

et les dynamiques relationnelles qui les rendent possibles.

Elle ouvre ainsi la voie à une horizontale plénitude du vivant.

Sa quintessence est donc un imaginaire de la Relation :

relation de Tout à Tout, et de Tout au moindre détail.

Pourtant, quand on dit « écologie »,

l’entendement ordinaire se limite encore aux problèmes environnementaux ou climatiques.

Cette réduction explique sans doute, en partie,

la faible portée électorale des partis écologistes en France comme ailleurs.

Chez nous, en pays-Martinique, certains la définissent d’abord comme « décoloniale ».

Cette dimension si nécessaire soit-elle, devient étroite si elle constitue un horizon plutôt qu’un passage obligé.

Car l’écologie ne saurait être une fin en en soi mais un passage.

Ðés lors,

comment accéder d’emblée

(avec une poétique)

à la focale qui traverse,

qui dépasse et englobe toutes les étroitesses de nos petis combats :

 

une Politique de la Relation ?  Lire Plus