Catégorie : Littératures

La mort n’existe pas

— Par Gary Klang —

Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie (Shakespeare, Hamlet)

Je vais vous raconter une histoire qui semble tout droit sortie d’un roman de Stephen King ou d’Edgar Poe, et pourtant tout y est vrai. Elle met en scène le soussigné en compagnie de ses amis Georges Anglade et Gérard Aubourg, sauf qu’à l’époque
Georges était déjà mort et enterré. Certains vont en rire mais j’en prends le risque. Riez, riez, belles âmes ! Cela dit, je peux fort bien comprendre que lorsque Gérard et moi racontions ce qui nous arriva, les amis souriaient d’un air de dire que notre
place était à l’asile de fous de Pont Bedète. Mais tant pis, je prends le risque de passer pour cinglé, car je tiens à partager avec vous ce qui nous arriva par un bel après-midi d’été à Montréal.

Nous étions installés dans le café La Brûlerie, Gérard et moi, à une table où je faisais face à l’entrée, tandis que Gérard regardait le fond de la salle.<p>  Lire Plus

De l’écologie à la Relation

— Par Patrick Chamoiseau —

Sur des bases scientifiques autant que poétiques, la pensée écologique nous rappelle

(comme le font depuis longtemps les imaginaires animistes)

que tout est lié.

Elle embrasse l’ensemble de nos nécessités existentielles

et les dynamiques relationnelles qui les rendent possibles.

Elle ouvre ainsi la voie à une horizontale plénitude du vivant.

Sa quintessence est donc un imaginaire de la Relation :

relation de Tout à Tout, et de Tout au moindre détail.

Pourtant, quand on dit « écologie »,

l’entendement ordinaire se limite encore aux problèmes environnementaux ou climatiques.

Cette réduction explique sans doute, en partie,

la faible portée électorale des partis écologistes en France comme ailleurs.

Chez nous, en pays-Martinique, certains la définissent d’abord comme « décoloniale ».

Cette dimension si nécessaire soit-elle, devient étroite si elle constitue un horizon plutôt qu’un passage obligé.

Car l’écologie ne saurait être une fin en en soi mais un passage.

Ðés lors,

comment accéder d’emblée

(avec une poétique)

à la focale qui traverse,

qui dépasse et englobe toutes les étroitesses de nos petis combats :

 

une Politique de la Relation ?<p>  Lire Plus

Je vais au gré du vent

Je vais au gré du vent
— Par Gary Klang —
Je vais au gré du vent
Et ne sais où aller
Les chemins ne mènent nulle part
Et tout s’embrouille
La lune ne brille plus comme avant
Même le soleil paraît maussade
On dirait
Un feu d’enfer surgi pour nous narguer
Et c’est alors qu’une voix venue d’ailleurs murmure
Voici le temps des petits hommes
Tous les grands sont partis
Nous laissant seuls
Oui triste triste est ma pauvre âme
Ami
Alors que faire me diras-tu
Les guerres surgissent à tout propos
Tels des feux fous
Accompagnées de bombes aveugles
Et moi je vais
Au gré du vent mauvais
Ne sachant où aller
Pareil à l’homme
Laissé seul dans un désert de sable
Pas d’autre choix qu’attendre
J’attendrai donc
Qu’une porte s’ouvre
Et que quelqu’un m’accueille
Car je n’ai plus
Ni parents
Ni amis
Je suis
Comme un enfant que sa mère abandonne
O oui Ami
Triste triste est mon âme
Et j’attends
GARY KLANG
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« La Sensibilité », « Logique », « Conscientisation »

— Par Jean Bernard Bayard —

La Sensibilité

La sensibilité n’est pas cette faculté acquise
Elle est innée ou devient une perfide hantise
C’est ainsi que s’explique toutes nos bétises
Elle nous sert si souvent de génial pare-brise
_____
La sensibilité définit notre profonde humanité
Que l’hypocrisie civilisatrice a si bien atrophiée
Et donne libre cours à toutes sortes de vanités
Qui nous infligent une perte de notre générosité
_____
La sensibilité est l’amour envers notre prochain
Où l’altruisme règne comme un grand souverain
Dont la moralité et l’intégrité deviennent le destin
De toutes ces nations dirigées de dignes humains
_____
La sensibilité n’est point avilissante ou humiliante
Elle est très respectueuse et aussi encourageante
Ne dévalorise jamais elle est surtout bienveillante
De toutes les vertus de l’espèce la plus importante
Jean-Bernard Bayard

Logique
L’avenir de notre honorable passé dépend de notre travail présent
Comment louer le beau geste de nos ancètres tout en les humiliant
Saint-Domingue révolte glorifiée devient Haïti pays déshumanisant
Comment espérer de toutes nos magouilles un futur resplendissant
_____
Un passé simple peut nous offrir aussi bien un beau futur antérieur
Un passé composé n’offrira point un conditionnel présent supérieur
Cependant un present composé de bonnes intentions de l’intérieur
Projette alors un plus que parfait collectif à tout le monde extérieur
_____
Si nous avons un passé conditionnel peut-on espérer une évolution
Quelque soit le mode subjonctif ne sera-t-il pas de la subordination
Que ce soit bien le participle présent ou passé de toutes nos actions
Il est impératif d’être autonome, et souverain de notre chère nation
Jean-Bernard Bayard

Conscientisation
Sommes-nous une espèce morale intègre et sage
Nous disons être raisonnable et non pas sauvage
Du berceau de la civilisation à notre présent âge
L’extermination est notre seules curieux partage
_____
Sommes-nous une espèce cupide avide et cruelle
Nous disons être paisible et surtout pas criminelle
De tous temps la violence nous a été traditionnelle
La corruption est notre déviance constitutionnelle
_____
Sommes-nous la race magouilleuse et machiavélique
Nous disons être équitable et alors pas démagogique
Notre histoire démontre bien une mentalité satanique
La vérité est-elle réelle ou une propagande mystique
Jean-Bernard Bayard<p>  Lire Plus

Trois façons de transmettre la Martinique

– par Rodolf Etienne

Edouard Glissant, Eugène Mona, Valérie Kristofic. 

Le 21 septembre 1928 naît Édouard Glissant. Le 21 septembre 1991 disparaît Eugène Mona. Et le 21 septembre 2024 Fabienne Valérie Kristofic, autrice martiniquaise de littérature jeunesse s’éteint.

Il est des dates qui, sans l’avoir cherché, finissent par dessiner une géographie de la mémoire. Trois générations, trois univers, trois engagements, trois manières de dire le pays. 

Le 21 septembre en est une pour la Martinique. 

Chez Édouard Glissant, la Martinique devient pensée du monde. Né le 21 septembre 1928, l’écrivain, poète et philosophe élargit l’expérience antillaise jusqu’à en faire une réflexion sur la Relation, les langues, les mémoires, l’archipel et les identités qui ne se ferment pas sur elles-mêmes. L’œuvre d’Edouard Glissant interroge la façon dont nous entrons en relation avec les autres.

Chez Eugène Mona, cette même interrogation passe par le corps, la voix, le tambour et la flûte. Le chanteur martiniquais meurt le 21 septembre 1991, à 48 ans. Son œuvre plonge dans la langue créole, l’oralité, les mornes, les héritages africains, européens et indiens. Mona n’écrit pas un traité de l’identité martiniquaise : il la fait entendre.<p>  Lire Plus

Journée du Patrimoine : du monument à la trace

Dans nos politiques culturelles, il nous faut consolider une poétique des Traces.
— Par Patrick Chamoiseau. —

Nos monuments demeurent comme des douleurs.
Ils témoignent de douleurs.
Ils conservent des douleurs.

Ce sont le plus souvent des édifices produits par la trajectoire coloniale : forts, églises, chapelles, moulins, cachots, Grand-cases des maîtres, bâtiments d’exploitation de l’activité esclavagiste sucrière, structures d’implantation militaire… Les statues et les plaques de marbre célèbrent découvreurs et conquistadores, gouverneurs et grands administrateurs. En Guyane, comme aux Antilles, ces édifices ne suscitent pas d’écho affectif particulier ; s’ils témoignent des colons européens, ils ne témoignent pas des autres populations (Amérindiennes, esclaves africains, immigrants hindous, syro-libanais, chinois…) qui, précipitées sur ces terres coloniales, ont dû trouver moyen, d’abord de survivre, puis de vivre ensemble, jusqu’à produire une entité culturelle et identitaire originale.

La trajectoire de ces peuples-là s’est faite silencieuse. Non répertoriée par la Chronique coloniale, elle s’est déployée dans ses arts, ses résistances, ses héroïsmes, sans stèles, sans statues, sans monuments, sans documents. Seule la parole des Anciens, qui circule dessous l’écriture – la mémoire orale – en témoigne.

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Lettre à un raciste

— Par Gary Klang —
Salut raciste,
Tu me détestes parce que j’ai la peau noire, mais bizarrement, pour les grands jours, tu revêts un smoking noir. Va comprendre. Tu te crois supérieur aux autres parce que t’as la peau blanche, comme ce cinglé d’Hitler qui, soit dit en passant, était plus proche du méditerranéen que du Danois. Plus cinglé que ça tu meurs et il l’était tellement que dans sa haine il décida un jour sans crier gare d’éliminer tous les juifs de la terre. Et le pire dans cette affaire est qu’il n’a trouvé personne pour lui dire qu’il divaguait. A quoi pensaient donc les Germains ? Reprends-toi, Adolf. Reviens sur terre. Est-ce parce que les juifs se disent le peuple élu, et que tu penses que cet honneur te revient de droit ? Tu vois bien que nous nageons dans l’absurde, car il n’y a personne d’élu. Qui les aurait élus ? Sache qu’on se sent tellement mieux en accueillant l’autre, en lui ouvrant les bras, au lieu de le repousser. Tellement heureux en choisissant le bien au lieu du mal.
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Les réseaux panafricains en Martinique avant Bob Marley

— Par Rodolf Étienne

Avant que Bob Marley, le reggae et les dreadlocks ne donnent au rastafarisme une visibilité mondiale, un formidable réseau d’idées circule déjà entre la Jamaïque, Trinidad, les Antilles françaises, Paris, Harlem et l’Afrique.

Garveyisme, panafricanisme, internationalisme noir, éthiopianisme, affirmation d’une identité noire et interrogation sur l’héritage africain traversent ces espaces.

Et la Martinique se trouve beaucoup moins éloignée de cette histoire qu’on pourrait le croire.

Bob Marley n’est pas à l’origine du rastafarisme. Lorsqu’il naît en Jamaïque en 1945, le mouvement possède déjà une histoire d’une quinzaine d’années. Le moment symbolique déterminant intervient le 2 novembre 1930, lors du couronnement à Addis-Abeba de Ras Tafari Makonnen sous le nom d’Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie.

Plusieurs prédicateurs jamaïcains interprètent alors l’événement dans une perspective biblique et afrocentrée. Parmi eux, Leonard Howell, Joseph Hibbert, Archibald Dunkley et Robert Hinds. Howell, qui avait séjourné aux États-Unis et fréquenté les milieux influencés par le garveyisme, devient l’une des principales figures de la première génération rastafari.

Marcus Garvey lui-même n’est pas rastafari. Mais sa pensée exerce une influence considérable sur les fondateurs du mouvement.<p>  Lire Plus

L’éphéméride du 20 septembre

Décès d’Alexis Leger, dit Saint-John Perse, le 20 septembre 1975

 » S’en aller ! S’en aller! Parole de vivant ! »

Alexis Leger, dit Saint-John Perse, né le 31 mai 1887 à Pointe-à-Pitre et mort le 20 septembre 1975 à Hyères, est un poète, écrivain et diplomate français, lauréat du prix Nobel de littérature en 1960.

En marge des mouvements littéraires de son époque, sa poésie, en versets, est réputée pour son hermétisme, mais aussi pour sa force d’évocation. Il reçoit le prix Nobel de littérature « pour l’envolée altière et la richesse imaginative de sa création poétique, qui donne un reflet visionnaire de l’heure présente ».

Biographie
Jeunesse et débuts diplomatiques
Fils d’Édouard Pierre Amédée Leger, avocat-avoué en Guadeloupe à partir de 1873, et de Marie Pauline Françoise Renée Dormoy, fille d’une famille de planteurs guadeloupéens3, Alexis Leger naît au no 54 rue Achille-René-Boisneuf à Pointe-à-Pitre. Il y passe son enfance, ainsi qu’à l’îlet Feuille où il découvre la nature, et surtout dans les deux importantes demeures familiales que sont « La Joséphine » — une caféière sur les hauteurs de Saint-Claude au sud de Basse Terre — et « Le Bois-Debout » — une exploitation de canne à sucre à Capesterre — qui marqueront son imaginaire.<p>  Lire Plus

Les Chiens des ténèbres

— par Gary Klang —
«Prends les poils de la queue d’un chien noir, qui n’aura rien de blanc, avec un peu de sa graisse, qu’on fera fondre; ensuite que l’on fasse une mèche de quelques morceaux d’un drap mortuaire et qu’on frotte avec ce que l’on a composé; si on l’allume sur une lampe verte avec de l’huile de sureau, dans une chambre où il n’y aura pas d’autre lumière, on verra des choses admirables et surprenantes» (Le Grand Albert)
Port-au-Prince dormait encore lorsque le président Faustin se réveilla à 5 h du matin en pensant à
une phrase de Robespierre :
« On conduit le peuple par la raison et les ennemis du peuple par la terreur.» 
 
Certes, il fallait conduire les ennemis par la terreur, leur couper les couilles, la tête et la parole, mais aucun peuple ne méritait d’être conduit par la raison. Robespierre était naïf mais lui, Faustin, n’avait qu’un but : éliminer tous ses ennemis.
Pour ne plus être humilié.
Il n’oublierait jamais ce petit homme, pourtant noir lui aussi, qu’il avait eu pour prof à la fac de médecine dans les années 40.
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La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée…

La langue créole fossilisée, sacralisée, muséifiée, totémisée, pétrifiée

et folklorisée à l’épreuve des sciences du langage

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

De nos jours, l’intellectuel haïtien aurait-il peur du débat d’idées ? Aurait-il choisi le fictif repos du guerrier ou la complaisante amnésie sélective pour se conformer aux ludiques rituels du baboukèt ? Existe-t-il un « déficit épistémologique » dans le champ intellectuel haïtien autrefois habité par d’âpres débats d’idées ? À l’aune de l’intellection du refus de l’esprit analytique/critique dans le champ intellectuel haïtien, le présent article démontre que le silence contrit et faussement oecuménique de nombreux intellectuels face à l’insignifiance multifacette de l’Akademi kreyòl ayisyen (AKA) entre 2014 et 2026 n’est pas la traduction d’un simple échec institutionnel mais l’expression contemporaine d’un relatif « déficit épistémologique » qui génère l’aveuglement consenti et le nanisme de l’esprit critique face à l’absence de la politique linguistique de l’État conforme à la Constitution de 1987. En référence à la pensée analytique de Hanna Arendt (la « démission du jugement ») et de Pierre Bourdieu (la « reproduction et la conservation des idées générant le statu quo »), le présent article prend acte que de nombreux intellectuels haïtiens ont renoncé à exercer une vigilance critique envers les différents appareils d’État et envers une micro- institution l’Akademi kreyòl ayisyen–, lourdement défaillante et dont l’insignifiance et l’échec multifacette sont de notoriété publique.<p>  Lire Plus

La Journée du livre haïtien de Montréal…

La Journée du livre haïtien de Montréal est désormais un patrimoine littéraire majeur en Amérique du Nord

—Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Trois générations de lecteurs à Montréal. Ils se sont donné rendez-vous à l’entame de « leur » Journée du livre haïtien ce samedi matin 22 août 2026 : les Boucard, jeunes migrants arrivés de Jacmel dans les années 1960 et venus se mettre à l’abri du massacre de Thiotte sous François Duvalier. Ce massacre s’inscrit dans le cadre des tueries du 26 avril 1963 considérées comme l’un des épisodes les plus meurtriers de la dictature de François Duvalier et visant des opposants présumés, des militaires et leurs familles. La seconde génération des Boucard, trois enfants, nés au Québec et biberonnés au petit-lait de « Gouverneurs de la rosée » et de « Mon pays que voici ». La troisième génération des Boucard, petits-enfants eux-aussi nés à Montréal et assidus aux cours de culture et de langue créole du Centre N A Rive. Chez les Boucard de Jacmel comme chez les Boucard de Montréal, les livres, la lecture, c’est à la fois un plaisir et un liant, c’est également une histoire, une cordée de mémoires, celles de la transmission, d’une génération à l’autre, d’une île (Haïti) à l’autre (Montréal)…

Trois générations de Boucard, lecteurs fervents et assidus de l’annuelle Journée du livre haïtien du Centre N A Rive.<p>  Lire Plus

1 jour – 1 mot

— Par Patrick Chamoiseau —

17/09/26

Sur l’octroi de mer

La problématique de l’octroi de mer est assez simple.

C’est un outil fiscal.
Il n’a, en lui-même, aucune vertu particulière.

Tout dépend du projet politique, économique, social, culturel et écologique auquel il se trouve adossé.

Mis au service d’un système d’hyper-consommation importée, d’assistanat, de dépendance et de déresponsabilisation, il conforte ce système et devient aliénant.

Mis au service d’un Faire-pays — produire davantage, assainir nos consommations, réduire nos dépendances, protéger le vivant et nous projeter dans la Caraïbe, les Amériques et le reste du monde… — il peut devenir un vecteur d’émancipation.

L’octroi de mer ne vaut donc ni par son maintien, ni par son aménagement, ni par sa suppression.

Il vaut par la vision politique qui l’ordonne et par le devenir collectif qu’il conforte.

p. c.<p>  Lire Plus

Entre Garvey, la Négritude, l’Afrique et la biguine

— Par Rodolf Étienne

Dans la famille Jean-Louis-de Rivel, qui demander ?

Il arrive que l’histoire disperse les membres d’une même famille au point de nous empêcher d’y voir clair !

Henri Jean-Louis est généralement présenté comme juriste, écrivain, militant panafricaniste et pancaribéen. Son fils, Victor Jean-Louis Baghio’o, apparaît dans l’histoire littéraire comme romancier et ingénieur du son. Sa fille Cécile Jean-Louis, devenue Moune de Rivel, appartient quant à elle à l’histoire de la chanson créole. Leur mère, Fernande de Virel, reste beaucoup moins connue alors qu’elle fut compositrice, violoniste, pianiste et pédagogue.

Pourtant, réunis, leurs itinéraires dessinent quelque chose de beaucoup plus vaste : l’histoire d’une famille créole qui, pendant près d’un siècle, fait circuler entre les Antilles, l’Europe, l’Afrique et les Amériques des idées, des textes, des musiques et une certaine conception de la dignité noire. Charles W. Scheel lui-même invite à considérer ensemble Henri Jean-Louis, Fernande, Victor et Moune dans ce qu’il appelle le « losange » de l’Atlantique noir.

Au commencement, Henri Jean-Louis et Fernande de Virel

Henri Jean-Louis naît à Sainte-Anne en Guadeloupe en 1874.<p>  Lire Plus

Une langue que l’on transmet est un avenir que l’on offre

Entretien : Rodolf Étienne / Pierre-Roland Bain, KEPKAA

À Montréal, le Mois du Créole s’apprête à franchir un cap symbolique. 

Pour ouvrir cette année l’édition anniversaire du Festival créole de Montréal, deux grandes voix martiniquaises seront à l’honneur : Jocelyne Béroard et Tony Chasseur, réunis le 3 octobre au Monument-National de Montréal pour un spectacle associant zouk, biguine, kreyòl jazz et rythmes caribéens.

Du 3 au 30 octobre 2026, le KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisation — organise la 25e édition du Mois du Créole à Montréal, autour de la transmission, du dialogue, de la solidarité et de la diversité culturelle.
« Le festival, lancé à Montréal en octobre 2002, s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable de mise en relation des différents espaces créolophones. »

C’est l’un des fils rouges de cet entretien avec Pierre-Roland Bain, président du KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisationà l’occasion de cette 25e édition.

Rodolf Etienne : Dans le vif du sujet, et depuis votre position, vingt-cinq éditions après les débuts du Mois du Créole, où en est la langue créole ? <p>  Lire Plus

Gibran Khalil Gibran (1) : L’homme derrière Le Prophète

— Par Rodolf Étienne

Il existe des écrivains que l’on oublie parce qu’on ne les lit plus. Gibran Khalil Gibran appartient à la catégorie inverse, puisqu’une partie de son œuvre a peut-être été oubliée parce qu’un seul de ses livres a été trop lu.

Derrière l’un des livres les plus célèbres du XXᵉ siècle se trouvait un écrivain arabe bilingue, un peintre, un homme d’exil et l’un des acteurs du renouvellement de la littérature arabe moderne.

Publié à New York en 1923, Le Prophète est devenu au fil du temps un phénomène éditorial mondial.

Des générations entières y ont cherché des mots pour parler d’amour, de mariage, d’enfants, de travail, de liberté, de douleur ou de mort. Le livre accompagne encore aujourd’hui mariages, deuils, méditations et cérémonies. Certaines de ses phrases se sont détachées du texte au point de devenir presque anonymes. Elles circulent sous forme de citations, de cartes, d’images et de publications sur les réseaux sociaux. Ce succès extraordinaire a pourtant produit un effet paradoxal. À force de rencontrer partout Le Prophète, nous avons parfois fini par ne plus voir celui qui l’avait écrit.<p>  Lire Plus

Martinique : Identité ou delirium tremens ?

– Par Rodolf Étienne

« L’homme a peur de son rêve au moment de le satisfaire… »

L’Appel. Les Indes. Édouard Glissant. Ed. Du Seuil, 1956.

Précision indispensable : le delirium tremens est une urgence médicale liée au sevrage alcoolique sévère. Il n’est nullement utilisé ici comme qualification médicale de la société martiniquaise, mais exclusivement – abusivement – comme image littéraire et politique du sevrage et de la dépendance.

Entre désir d’émancipation et besoin de protection, revendication identitaire et dépendance économique, créolité assumée et attachement au cadre français, la Martinique semble parfois hésiter au seuil de sa propre transformation.

Le tremblement du sevrage

La question est pourtant moins simple qu’elle n’en a l’air. Depuis plusieurs générations, le discours collectif porte simultanément une volonté de différenciation et une demande d’égalité, un désir d’autonomie et un besoin de protection, une critique de la dépendance et une inquiétude profonde devant les conséquences de sa disparition. En clair, le Martiniquais affirme vouloir davantage décider ici-même en Martinique mais continue à attendre énormément de Paris. Il dénonce une économie dépendante, mais une part essentielle de son niveau de vie repose sur des mécanismes de redistribution, des dépenses publiques, des prestations sociales, des rémunérations et des investissements qui s’inscrivent dans l’ensemble français et européen. <p>  Lire Plus

Marie-Thérèse Julien Lung-Fou… « féministe » bien avant le « féminisme »

  • Par Rodolf Etienne

Les recherches contemporaines consacrées aux femmes artistes la présentent comme la première sculptrice native des Antilles françaises reconnue.

Et pourtant, lorsqu’on évoque aujourd’hui les grandes figures intellectuelles et artistiques martiniquaises du XXe siècle, son nom vient rarement parmi les premiers.

Marie-Thérèse Julien Lung-Fou, sculptrice, dessinatrice, poétesse, conteuse, autrice pour la jeunesse, animatrice culturelle, éditrice d’une revue, défenseuse du créole et du patrimoine antillais, appartient à une catégorie surprenante du patrimoine commun, celles des femmes martiniquaises dont le nom semble avoir glissé lentement hors defs limites de la mémoire collective.

Née aux Trois-Îlets en 1909

Marie-Thérèse Julien Lung-Fou grandit dans un environnement marqué par la poterie et les artisans. Née aux Trois-Ilets, en 1909, sa propre histoire familiale porte déjà plusieurs des mondes qu’elle cherchera plus tard à réunir : héritages chinois, afro-caribéens et européens.

Après une scolarité au Pensionnat colonial de Fort-de-France, elle franchit en 1934 une étape considérable pour une jeune Martiniquaise de cette époque : elle intègre l’École nationale des beaux-arts de Paris. 1934 : Il faut s’arrêter sur cette date. La Martinique est encore une colonie.<p>  Lire Plus

« Les Tigres sont encore lâchés » : chapitre V

— Par Robert Lodimus —

Magouilles, mensonges et dilatoires

« Les vices de l’esprit peuvent se corriger ; mais quand le cœur est mauvais, rien ne peut le changer.»

(Voltaire)

Les élections générales du 25 octobre 2015 en Haïti, comme nous l’avons souligné au chapitre précédent, n’ont pas échappé aux étampes des « magouilles traditionnelles ». Elles ont marqué le début d’une crise politique majeure et d’une instabilité institutionnelle prolongée dont le pays subit encore les répercussions profondes. Conçu à l’origine pour élire un nouveau président, renouveler le Parlement et choisir les magistrats municipaux, ce triple scrutin s’est rapidement transformé en une « impasse démocratique » majeure.

Le premier tour des élections, combiné aux législatives et aux municipales, s’est tenu dans un climat de forte tension. Plus de 50 prétendants briguaient la succession de l’arsouille et l’aigrefin sortant, le chef dévoyé du PHTK. Seul environ un quart des électeurs inscrits s’est déplacé aux urnes. Bien que la journée du vote ait été globalement épargnée par de grandes violences, le dépouillement a été entaché d’accusations graves de bourrage d’urnes et d’irrégularités généralisées.<p>  Lire Plus

 » Poète »,  » La Poésie »

—  Par Patrick Mathelié-Guinlet —

Poète

Lorsque vide est ma tête
où j’ai fait place nette
de toutes ces sornettes
qui peuplent l’internet,

elle s’emplit de mots
qui sont comme un écho,
une vision d’esthète
de ce que la planète

compte alors de plus beau…
Et je me fais poète
pour payer mon écot,
dans un moment de fête

partager ce cadeau
que m’aura fait la vie
d’entrouvrir le rideau
sur un bout d’infini…

La poésie

De joie ou de souffrance
elle est toujours un cri !
L’expression d’une transe
même quand on l’écrit…

Pure sorcellerie !
“Dérèglement des sens”,
c’est ce que nous a dit
Rimbaud, poète maudit…

Chercher la vérité
et le sens de la vie
au-delà d’apparences,
tutoyer la folie…

Quand tout le monde dort,
interroger la nuit.
Apprivoiser la mort
et s’en faire une amie :
ne pas mourir d’ennui !

Patrick Mathelié-Guinlet<p>  Lire Plus

Divini zozio ?

— Par Daniel M. Berté —

Divini zozio ?

Aimé Césaire té di
afos i gadé-yo, an pyébwa i divini
Mwen sé zozio man lé vini
afos gadé-yo épi lanvi
Si man té pé èt an zozio
kiles man té ka’y chwézi ?
Yonn ki ni gro-gran kri
oben an tou piti ?
Sa ka rilévé défi
ek afronté lelmi ?
Yonn ka volé isi
oben jik lenfini ?
Tala ki ni plim gri
ek ki rayi lapli ?
Sila ki évité pri
adan an piej lagli ?
Malfini ki ka souri
lé Jili ka fè kokinri épi Anri ?
Sisi ki ka sanfui
jik Sentlisi lè’y wè fizi ?
Kayali ki ka di
ki titiri sé kochonni ?
Grigri ki ka dòmi
an lépini Sentmari ?
Pewdri ki ka kouri
an lari Sentespri ?
Pipiri ki ka pini
sa ki touché yich-li ?
Bengali ki ka ri
douvan an mango mi ?
Koulibri ki pati
pou étenn lensandi ?

Anpil bòn volonté man ni
pou kon zozio man sa pati
pou alé fè an bel wondi
Jis an tet-mòn Fonsendini
Men jiskisi man ka santi
man pa ka’y rivé réyisi
Zozio sa red a divini
sa pa fasil pies mé zanmi
Si dé bel zel man té ni
man té ka’y pé pati
Fè tousa man anvi
volé lwen dan lanati<p>  Lire Plus

« L’Indifférence », « L’Humain » …

— Par Jean-Bernard Bayard —L’Indifférence
L’indifférence est-elle une forme de dépression
Ou serait-elle plutôt une méprisable aberration
Quand tout un peuple semble renier leur nation
N’acceptant pas la responsabilité de leur action
_____
L’indifférence représente-t-elle une infecte lâcheté
Ou pourrait-elle être une nature de gens dénaturés
Quand toute la racaille hypocrite se fait dévalorisé
N’acceptant aucun blame de sa sale malhonnêteté
_____
L’indifférence est pour moi une capitulation de droits
Ou encore de désavouer tous les conceptes de la loi
Quand toute une population déçue perd toutes voies
N’acceptant qu’une défaite absolue abdiquant leur foi

Jean-Bernard Bayard

L’Humain
L’humain est d’une espèce paradoxale
C’est une créature plutôt contradictoire
La race humaine est vraiment illogique
Une entité complètement controversée
_____
L’humain est surtout incompréhensible
C’est une créature bien trop contrariée
La race humaine est surtout irrationelle
Une entité qui agit en tant qu’opposée
_____
Il se protège et en même temps se tue
Il se nourrit et sans raison il s’affame
Il soigne et du coup il se rend malade
Il aime sans pouvoir s’arrêter de haïr
Jean-Bernard Bayard

 

Lettre Ouverte aux Politiciens Haïtiens

Chers Concitoyens:
Si je m’adresse à vous aujourd’hui, la situation doit-être bien plus que précaire.<p>  Lire Plus

Corrompu et mafieux, le F.N.E. d’Haïti est-il le principal partenaire financier des JIDH2026 ?

Corrompu et mafieux,
le Fonds national de l’éducation d’Haïti
est-il le principal partenaire financier
des Journées internationales de la diaspora haïtienne (JIDH2026) ?

 —Par Robert Berrouët-Oriol (*)—

audit des états financiers / Synonymes : audit financier, vérificaOKtion financière, vérification des états financiers, révision des comptes, contrôle des comptes. « Audit portant sur des états financiers et effectué en vue d’exprimer une opinion quant à la fidélité de l’image que ces états donnent de la situation financière et des résultats selon le référentiel comptable identifié ». (Dictionnaire de la comptabilité et de la gestion financière, Ordre des comptables professionnels agréés du Québec (CPA) et Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française)

Depuis Montréal et à grand renfort de publicité sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, les Journées internationales de la diaspora haïtienne (JIDH2026) ont annoncé la tenue, le mardi 25 août 2026, du « Forum international sur l’éducation et la santé Canada Haïti ». Et par courriel acheminé le 23 août 2026 à un nombre indéterminé de personnes, les JIDH2026 précisent que « Ce mardi 25 août 2026 Montréal accueillera une rencontre stratégique consacrée au renforcement des systèmes d’éducation et de santé en Haïti ».<p>  Lire Plus

Tout s’en va à vau-l’eau

— Par Gary Klang —

Tout s’en va vau-l’eau
Tout ce qui est ne sera plus
La mer se retire
Et moi
Je pense au temps passé
Au temps défunt
A la maison tombée dans la poussière
Un soir où tout semblait si calme
Et je me dis
Pourquoi tout va si mal
Qu’est-ce qui pousse à mal faire
Tel ce médecin soignant le pian
Et qui une fois élu
Ne guéris plus personne
Mais tua ceux qui jamais ne lui ont fait de mal
Tout comme ces petits hommes en pantalons flottants dans la forêt
Éliminant leur propre peuple à coups de barres de fer
Puis vidant toutes les villes
Leur chef aimait pourtant Verlaine
Sans oublier ceux qui un jour voulurent éliminer le peuple de la Bible
Les cheminées crachant la chair humaine
Et tuant à qui mieux mieux
Pourquoi donc ô mon Dieu
Pourquoi le mal
Pourquoi certains prennent-ils les chemins creux
Alors que la grand-route apporte la lumière
Comme une nuit calme baignée d’étoiles
Une nuit parfumée au jasmin
Allez comprendre

Gary Klang<p>  Lire Plus

Analyse sociolittéraire des « Larmes du destin » de Robert Lodimus

(Avec l’aide IA)

Les larmes du destin de l’écrivain et journaliste haïtien Robert Lodimus est un récit poignant qui s’inscrit comme un plaidoyer littéraire et social contre la misère, l’analphabétisme et l’exploitation humaine en Haïti.

À travers l’évocation de figures populaires de l’informel, le texte dresse une critique sans concession des structures inégalitaires de la société.

1. La radiographie de la misère et de l’informel

Le récit met en lumière la vie des couches les plus vulnérables de la population, symbolisées par des personnages comme Esthée, une marchande ambulante de maïs bouilli.

  • L’espace de la vulnérabilité : L’auteur décrit un environnement marqué par l’indigence, l’aliénation et le manque d’éducation. La ville y est dépeinte avec une « sombritude » métaphorique, illustrant la lourdeur du quotidien.

  • La dignité dans la précarité : Malgré la dureté de sa condition (« l’indigente créature »), le personnage conserve une mine souriante et s’attire l’admiration de sa clientèle. Lodimus souligne ici la noblesse et le courage des petits travailleurs face à l’adversité économique.

2. Une esthétique naturaliste et engagée

L’écriture de Robert Lodimus se rapproche des codes du naturalisme moderne, rappelant parfois le rôle de témoin social d’un Émile Zola.<p>  Lire Plus