Catégorie : Avignon

« La sœur de Shakespeare », d’après Virginia Woolf, m.e.s. de Juliette Marie

— Par Dominique Daeschler —

Reprenant le texte de Virginia Woolf « la chambre à soi » pour le premier spectacle de la jeune compagnie Reme, Juliette Marie se l’approprie en associant à Judith la sœur inventée de William Shakespeare, la célèbre écrivaine. C’est en complices qu’elles dialoguent sur le peu de cas que l’on fait des femmes créatrices, la reconnaissance et l’argent allant de préférence à la gent masculine. Alors si Judith a autant de talent que son frère que va-t-il se passer ? Ira-t-elle d’échec en en échec ou fera t’elle taire les oiseaux de mauvais augure ? Notre bonheur c’est que Juliette Marie mélange les époques et leurs types de société. Le mur fait des feuillets de la « chambre à soi » sème ça et là un féminisme évolutif. Pas question de laisser Virginia sur un piédestal et de l’isoler dans son époque. Juliete Marie l’a fait sortir du cadre et la met en mouvement de façon subtile à travers les discussions qu’elle a avec Judith. La metteuse en scène ne craint pas de convoquer le rap, le monde des influenceuses, la situation mondiale actuelle, se servant de la marionnette et du mime, du chant pour mieux partager avec le public à son tour impliqué.

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« 24 », Cité des promesses »- texte et m.e.s M. Grandperret et S. Nivault

— Par Dominique Daeschler —

Quatre voisins qui s’ignorent vivent Au 24 cité des promesses. Quelles promesses pour César, Louise, Sylvain, Arthur ? Celles qu’ils se font d’être visible, de combler leur ambition, de sortir d’un boulot alimentaire ou de la dépression. Quel sens ont leurs existences ? Chaque individu est bien cerné dans ce qu’il fait, ce qu’il donne à voir : attitudes, prise de parole, chacun semble entrer dans une typologie sociologique presque caricaturale. La dérision, les humiliations, les rêves animent les corps et tout doucement le plateau est animé par une conscience de groupe qui, en grande partie grâce à la danse, crée une force visuelle qui ne se démentira pas. IL y a une densité dans la rencontre, quand les barrières sociales et les préjugés se font la malle, elle habite le plateau. Le délitement des murs, la poussière ne laisseront pas l’indifférence, la solitude gagner. Le texte bien calé sous leurs pieds, les comédiens danseurs, avec une mention spéciale à Laurent Troudart, donnent l’espoir d’un monde où un « nous » se construit et s’épanouit dans et par les différences.

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« Alif », texte & m.e.s. Abdelwaheb Sefsaf

— Par Michèle Bigot —

Festival d’Avignon off, 11.Avignon, 04>23.07 2026

Alif est le troisième volet du triptyque « Hexagone, une petite histoire de France ». Ce troisième volet est consacré à l’importance de la langue dans l’histoire de l’immigration. Comme son titre l’indique , il s’agit d’un bel éloge de la langue arabe, de sa culture, de sa poésie et de sa musicalité. Abdel, l’enfant de l’immigration maghrébine, va au collège à St-Etienne, où il découvre les beautés de la langue arabe, sous l’égide d’une professeure passionnée, qui enseignera aux enfants l’amour de cette langue et leur montrera l’importance d’habiter avant tout sa langue maternelle, cette ressource qui jamais ne s’épuise et jamais ne vous trahit. Et que les enfants issus de l’immigration ont fort besoin d’apprendre et de révérer. Ce troisième volet parachève donc l’histoire de la famille, le premier ayant été consacré à l’histoire de la mère d’Abdel (Si loin, si proche), le second à l’histoire de son père (Ulysse de Taourit).

Cette troisième partie se distingue des précédents par sa dimension poétique et lyrique. La musique (Georges Baux, Abdelwaheb Sefsaf) y occupe une place importante, non moins que les danses qui l’accompagnent (remarquable Adila Bendimerad).

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« Thésée, sa vie nouvelle », conception & m.e.s. Valérie Dréville, Guy Cassiers

D’après le roman de Camille de Toledo
Festival d’Avignon 2026, L’Autre scène du Grand Avignon, Vedène

— Par Michèle Bigot —
Nous voici prévenus, le titre annonce la couleur et cette couleur ce n’est pas « la vie nouvelle de Thésée », c’est « Thésée, sa vie nouvelle », nuance!! Le focus, c’est donc Thésée, et accessoirement, ou secondairement, comme un ajout énoncé par le remords, une correction, un ajustement: « sa vie nouvelle ».
Allons-y voir, entrons dans le labyrinthe avec ce Thésée, nouvelle facture. Nous sommes invités à cheminer à ses côtés et à assister (ou à participer) à son combat contre le monstre, le Minotaure, qui lui aussi doit être d’un genre nouveau. C’est ainsi que passé et présent se conjuguent d’entrée, comme se conjuguent avec eux l’individuel et le collectif. C’est le pouvoir du mythe, antique et actuel, personnel et collectif tout ensemble.
Le récit sera notre fil et Valérie sera notre Ariane! Une parole oraculaire ouvre et ferme le récit: « Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue? » Récit qui nous mène du début du XXème siècle et sa grande guerre, à la fin des trente glorieuses, c’est à dire aujourd’hui, en passant par la seconde guerre.

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« RIP «, Textes Mathilde Bourbin / m.e.s Mathilde Bourbin, Nathalie Bernas

— Par Dominique Daeschler —

Le collectif Attention Fragile s’attaque à travers une adaptation très libre de « La mort d’Ivan Illitch » de Tolstoï, aux représentations de la mort fantasmées ou vécues pour en dégager, avec humour, le sens de la vie. Le tout petit plateau d’Artéphile va vivre les remous, dans ces temps de disette, d’une distribution à 7 comédiens qui demande à la metteuse en scène des astuces d’entrée, de sortie, de planques (derrière des cadres de tableau). Aux remous va s’ajouter la défonce totale du mythe du temps étiré à la russe. En cassant les codes du réalisme, en jouant les décalages tant dans le décor (des peintures de la Renaissance au kitsch) que dans les costumes et le jeu souvent excessif voire mélodramatique, l’intemporalité s’installe. Peu importe où on est, à quelle époque, ce sont les pensées intérieures de chacun qui font rebond créant un climat électrique, hystérique. Le verbe se fait tonitruant (la veuve) Il déchire l’enveloppe sociale pour laisser apparaître la mesquinerie et la pingrerie de la veuve, l’hypocrisie et l’égocentrisme des (faux) amis.

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Barrage – texte Jenny Briffa, m.e.s. Frederic Andrau –

— Par Dominique Daeschler —

La compagnie Exil de Nouvelle Calédonie axe son travail théâtral sur l’approche d’évènements, de situations politiques inhérents à la vie sur l’île. Dans Barrage ce sont les émeutes violentes de 2024 conduites par de jeunes kanak qui sont au centre du récit dont s’emparent deux protagonistes, Marguerite kanak indépendantiste, Kevin caldoche loyaliste. Ils sont tous deux professeurs dans le même lycée donc à même d’avoir un point de vue sur la jeunesse scolarisée ou non.

Le récit, tout en dialogues s’impose comme les images d’un documentaire, développant les points de vue d’une population contrastée où subsiste un rapport néocolonial fort. Le choix est fait d’entrer dans le débat politique par ce qui est vécu au jour le jour dans cette période insurrectionnelle (vols des jeunes désœuvrés, peur pour les parents restés dans des zones incendiées, échanges avec les différents PC …). Cela permet un échange clair qui facilite la compréhension du spectateur mais reste dans l’affectif du relationnel entre deux personnes. On raconte plus qu’on ne joue, les personnages sont très statiques se heurtant aux difficultés de la théâtralisation.

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« Femmage », jeu, m.e.s. Chloé Begou – textes de sept autrices

— Par Dominique Daeschler —

Femmage, définition : hommage rendu à une femme ou à une création artistique inspirée des pratiques féminines traditionnelles, critique d’une hiérarchie art et artisanat.

Revue par Chloé Begou, c’est une volonté d’une rencontre pluridisciplinaire d’arts valorisant des récits d’artistes en mouvement, afin de construire un langage commun qui nous aide « à tenir » dans le monde d’aujourd’hui. Sept autrices, de la guadeloupéenne Béatrice Bienville à Douce Mirabaud, en passant par Sophie Fillières ont été choisies pour leur engagement féministe, certaines revendiquant la dénomination « activiste ». Leurs histoires, bâties sur la transgression remettent en cause le genre assigné. C’est queer, punk, sur scène Chloé Begou, grande silhouette noir immobile face au public, jette les texte, les mâchent, les mastiquant en rage ou en douceur , dans une continuité de souffle qui appelle la musique de la compositrice batteuse Yoko Oshima, défie la créativité De Clara Chotil qui dessine en direct des œuvres projetées derrière elles.

C’est tonique, cash, avec cette distance que sait mettre un grand professionnalisme. Chacune joue sa partition à l’écoute des deux autres ,se rassemblant parfois entre musique et chant, donnant tout son sens à un changement de rôle et à la sororité.

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« Island story », texte création collective, concept & m.e.s. Kyung-Sung Lee

— Par Michèle Bigot —

4>6-07-2026, festival d’Avignon

Gymnase du lycée Aubanel

Island Story, la pièce créée par Kyung-sung Lee en 2022 relève du théâtre documentaire, dans la meilleure acception du terme. Elle ne repose pas seulement sur la force intrinsèque des témoignages, mais aussi et surtout sur l’incarnation qu’en réalisent les acteurs-témoins. Les faits sont suffisamment tragiques pour secouer la torpeur des festivaliers et les amener à une saine conscience historique. Des faits si méconnus en France ( et ailleurs) qu’il est besoin de les rappeler.

Il s’agit du massacre qui s’est déroulé sur l’île de Jeju le 3avril 1948. A peine libéré de la colonisation japonaise, la Corée est divisée en deux et administrée par l’URSS au Nord et par les USA au sud. Le 3 avril les membres du Parti du Travail de Corée du Sud attaquent des postes de police de l’île. La répression exercée par les forces de l’ordre est aveugle et impitoyable. 30 000 personnes dont une majorité d’innocents disparaissent et sont assassinés de façon systématique.

Des années plus tard, lorsque la démocratie met fin à plusieurs décennies de dictature, la mémoire refait surface.

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Who cares?

— Par Michèle Bigot —

La Manufacture, festival d’Avignon OFF

4>21/07 15/50>17/10

Who Cares? C’est la question qu’on est en droit de se poser face à l’indifférence du monde, media, réseaux sociaux et bar du commerce confondus. L’impression qu’on a souvent face à la catastrophe imminente (ou déjà advenue) que « tout le monde s’en fout ». Pas Guillaume Bariou, qui a consacré temps et efforts dans une recherche sur la possibilité, non pas d’une île, mais de l’empathie. Dans quelle mesure, jusqu’où peut-on sortir de l’apathie pour entrer en empathie?

Voilà le questionnement qui hante le personnage et son auteur. A point de proposer sur scène quelque chose comme une sortie de l’indifférence, une naissance au monde réel, en proie à toute sorte de désastres: on a le choix, catastrophe climatique (on est en plein dedans, sécheresse, canicule, incendies …), tsunamis, séismes et autres tragédies qui ébranlent la société des hommes non moins que celle des autres espèces vivantes.

Alors que faire? Et que faire quand on est homme/femme de théâtre? Comment traduire en langage scénique ce désarroi, cette angoisse existentielle?

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Deux pépites tchèques à la Manufacture : Perpetuum Havel et Antiwords

— Par Dominique Daeschler —

Deux spectacles sans paroles qui ne sont pas s’en rappeler la grande époque de la marionnette tchèque où la médiation de l’objet incluait une parole secrète pour contrecarrer la censure soviétique. Deux spectacles inspirés par deux œuvres de Vaclav Havel( Perpetuum mobile et Audience) qui ont pour thème l’oppression politique sous des régimes totalitaires.

Perpetuum Havel- m e s Petr Bohac- scénario Bohac et Zotov-Mikshin

Dans une cellule de prison un homme tondu, opposé au régime totalitaire de son pays est recroquevillé sous une maigre couverture. Un dissident. Un prisonnier politique soumis à l’isolement dans une cellule spartiate va accomplir les gestes de survie quotidiens avec les humiliations qui doivent détruire sa résistance : séances de tinette sous la surveillance d’un maton qui le mate, repas dérisoire sous forme de petit pois, flashs de lumière… Pas de livre, pas de radio, seuls de lancinants bruits qui s’amplifient : l’homme n’a que son corps pour dire, en s’astreignant à des exercices physiques, qu’il lutte, que son aspect robotique dénonce une nécessité de routine pour survivre. Plus tard il dansera…Dehors les barbelés semblent se resserrer autour de lui.

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La promesse de l’aube -texte R Gary, m.e.s. Mekhitarian

— Par Dominique Daeschler — 

Un texte dense, adapté du roman de Romain Gary met en scène l’amour fou que sa mère lui portait sans occulter comment Romain a su entrer dans  les ambitions carriéristes de cette dernière et trouver une respiration dans
l’écriture. La mère et le fils jouent dans un temps décalé. Elle adopte le présent, dialogue ou soliloque, colorant par son accent russe un jeu parfois à la limite du caricatural. A l’opposé, le fils joue le récit, la distance avec son propre amour qui le mine et le nourrit. C’est sans doute cela la bonne surprise : l’acteur metteur en scène Tigran Mekhitarian nous donne un romain Gary loin de l’image créée par la mère et loin de l’image « beau ténébreux viril » à tout crin que Gary semblait vouloir donner.

C’est cette option récit qui nous touche sur un plateau quasiment nu (une table, une chaise, un carton à chapeau et de temps à autre la présence d’un acteur « couteau suisse » qui évoque d’autres personnages). On s’accroche au texte car l’essentiel est bien de révéler un auteur derrière un diplomate casse-cou.

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« Projet Barthes », d’après La Préparation du roman de R.Barthes

Ttb, Avignon off, 4>23-07-2026

— Par Michèle Bigot —

Voici bien le spectacle le plus audacieux et le plus réussi qu’on puisse imaginer. Dont l’ambition le dispute à l’humilité de sa mise en oeuvre. Il ne s’agit de rien moins que de la mise en espace du texte (ou plus exactement d’un montage de fragments du texte) prononcé par Roland Barthes lors de plusieurs séances au Collège de France ayant pour sujet « la préparation du roman » entre 1979 et 1980.

Dit comme ça, on pourrait redouter le pire, à savoir une suite de considérations théoriques et historiques sur le genre littéraire du roman. Au lieu de ça on assiste à la confession d’un être fragile qui consent à parler de lui, à dire à la fois son désarroi à la suite du décès de sa mère et son désir de commencer une nouvelle vie. Comme si le deuil était l’occasion d’une vita nova, une renaissance telle que l’imagine Dante dans son long poème. Barthes interprète cette vita nova comme un passage, la conséquence d’une rupture, le choix difficile et salutaire d’une vie nouvelle, une métamorphose.

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L’art d’être mon père. Texte et jeu : Julie Timmerman.

— Par Dominique Daeschler —

— Festival d’Avignon — Dans Zoé, Julie Timmerman avait abordé les rapports familiaux et brossé un portrait de son père comédien bipolaire, en abordant aussi la préparation

du spectacle de l’école tout en restant la petite Zoé. Dans ce nouveau texte, Julie franchit le pas : elle est son père dans son bel amour du théâtre, ses extravagances, ses vagabondages poétiques. Fièvre à communiquer les tempos de cet excessif, fièvre à être lui, sans filet, dans l’exigence d’une double transmission. La préparation du spectacle de l’école est le seul

sujet. Le choix d’une parole rapide, jetée, exaltée, d’un œil scrutateur troubleront tous ceux qui connaissent son père, François. La comédienne donne toute liberté à son corps, parcourant la scène de cour à jardin, en constante adresse au public. L’émotion est dépassée pour mieux valoriser la volonté du père d’entrer « en théâtre » avec les enfants et d’en assumer rigueur et invention.

Le texte dans un mélange de dialogues avec les enfants, les profs, la

directrice et les digressions du père, démontre magistralement comment se construit le théâtre, comment en art, il y a du chaotique, du mouvant, de l’inattendu qui font sens, nous sollicitant au-delà du réel.

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L’hors présence ou Chimères du pays de Morsan, m.e.s. Typhaine Raffier

— Par Michèle Bigot —

4>10-07 La FabricA du festival d’Avigon 2026

Dans le huis clos d’une maison isolée se noue une tragédie des temps modernes. L’hors-présence, qui n’est pas tout à fait une absence, mais pas non plus une véritable présence, c’est celui (ou celle) de Laure, une jeune femme atteinte d’un cancer en phase terminale, qui d’une partie à l’autre (3 parties, « l’hors- champ », « l’hors-la-loi », « l’hors-jeu ») se transforme à vue, occupant d’abord tout l’espace physique et mental de la fratrie, puis disparaissant progressivement au fur et à mesure de l’écoulement du temps qui lui est compté. Une maladie génétique l’emporte sous nos yeux, comme elle menace tous les membres de la famille qui l’entourent, sa soeur Suzanna et ses deux frères, Simon et Soren. Le drame est tissé de la souffrance de la soeur à l’agonie et des tourments de sa fratrie, déchirés entre compassion, aide et terreur face à la mort qui approche. Chacun tente de faire face à sa manière, Suzanna en se faisant aide à domicile, Soren,le frère aîné, en lisant à Laure un extrait de La Montagne magique tous les soirs et Simon, le plus jeune et le plus fragile qui crie sa révolte et son angoisse.

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« La Distance », de Tiago Rodrigues

— Par Michèle Bigot —

2077! Nous voici plongés en pleine anticipation. Que se passera-t-il à cette date, redoutée ou espérée? Ce n’est hélas! pas si difficile de l’imaginer. Aujourd’hui déjà on entend les clameurs de ceux qui désespèrent de tout avenir de l’humanité sur terre et préfèrent réitérer l’histoire des hommes sur Mars. En imaginant, non sans quelque naïveté, qu’une société initiée par E. Musk pourrait apporter richesse et félicité à la société des hommes, quand il est manifeste que ces nouveaux prêcheurs ont une foi absurde dans le progrès technologique. Et tous les autres de trembler à l’idée de ce nouvel Eldorado imaginé par les oligarches du numérique! Comme le dit si justement le père ( interprété par Adam Diop) il existe deux définitions de l’espoir. La première, celle qui a cours, hélas, dans les esprits de beaucoup d’entre nous, comme dans l’esprit de la fille (interprétée par Alison Dechamps) est une projection heureuse dans un avenir forgé par l’I.A. On l’appelle encore « le progrès ». La seconde définition, celle que défend le père, et avec lui bon nombre de terriens qui refusent de sombrer dans le désespoir, repose sur un juste combat pour la défense de la justice et de la nature.

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« Roda Favela » de Laurent Poncelet

Les Artistes et les spectateurs pris au piège du metteur en scène. Plus pauvre que la misère, c’est la pauvreté de la mise en scène

— Par Jandira Bauer —

Dans cette création inspirée de la vie dans une favela de la ville de Recife au Nord-Est du Brésil, où la réalité est puissante, le piège de la caricature ou de la « folklorisation » de la mise en scène reste un parti-pris fort dangereux. En général, le Théâtre immersif ou engagé convie le public à une implication émotionnelle. Nous, spectateurs, devenons alors complices ou otages de la mise en scène durant la représentation, peu importe la manière dont l’œuvre est construite.

Lire aussi « West Side Favela » par Michèle Bigot

Dans Roda Favela les artistes jouent des rôles inspirés de témoignages, construits de toutes pièces durant la représentation, les « gens » de la favela et la favela elle-même sont à nos pieds. Le metteur en scène sature l’espace scénique d’images en insistant lourdement sur la pauvreté, la misère, la violence. Cette surenchère visuelle devient un dispositif spectaculaire, non pour éveiller une conscience lucide, mais pour frapper les regards étrangers, les spectateurs extérieurs à cette réalité qui demeure un objet esthétique : une misère bien réchauffée sans véritable nouveauté ni authenticité, et surtout dénuée de clés de compréhension, comme si le spectateur, surtout s’il est étranger à cette réalité, avait besoin d’être assommé pour comprendre.

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« Le Sommet » & « L’évènement »

— Par Michèle Bigot —
Le Sommet, Christophe Marthaler, Avignon In, La FabricA
L’évènement, SCH, Christophe Marthaler,  Avignon Off, La Manufacture

Le Sommet

Dada chez les Helvètes

C’est devenu la signature de Christophe Marthaler, de mêler les langues européennes et de jouer du décalage systématique entre réalité sociopolitique et univers de la fiction dramatique. Héritier de Dada, Il oeuvre sans relâche à la remise en cause des conventions, fussent-elles théâtrales. Le mouvement esthétique dadaïste est né à Zurich, et ses enfants sont aujourd’hui légion en terre helvète. Rien n’est moins convenable et moins convenu que ce sommet bidon que nous propose Marthaler, dans lequel les supposés grands de ce monde se réunissent sur les hauteurs ( La Suisse s’est fait une spécialité des rencontres au sommet à vocation diplomatique ou économique, Genève, Davos etc.). Allusion en passant au Berghof, à Berchtesgaden! Les sommets, supposés favoriser l’élévation de l’esprit n’ont souvent enfanté que des fadaises, du cynisme ou de la monstruosité.

D’où l’entreprise de démolition programmée par Mathaler et sa troupe. Une poignée de Pieds Nickelés se retrouvent dans un chalet de haute montagne.

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« Wasted » & « Nexus de l’adoration »

— Par Dominique Daeschler —

Derrière ce titre (gaspillé, raté, défoncé), quatre vies qui vont le justifier à travers dialogues, monologues, chants. L’auteure, rompue au « spoken word » et à l’usage du vers shakespearien slamé, a trouvé une authenticité dans la parole donnée à ses personnages qui fait d’emblée du public un témoin de leur détresse. Martin Jobert metteur en scène a choisi des acteurs qui ont l ‘âge de leurs personnages Ted, Charlotte, Dan ( 25 ans environ) ce qui renforce ce côté de «  plein pied », d’invitation à partager avec des potes.

Ces potes, rassemblés pour l’anniversaire de la mort de Tony qui les a secoués dans les rêves de leurs 15 ans rattrapés par le trio fête-drogue- alcool. Qu’ont-ils fait depuis ? Qu’auraient-ils fait avec lui ? Dans la vacuité du quotidien , passés à côté de leurs rêves, le temps ne leur fait pas de cadeau. Chacun réagit différemment . Ted s’il admet faire un boulot qu’il déteste voit dans sa vie tranquille, le salaire régulier et les petits bonheurs du quotidien des choses qui l’aident à vivre : fumer parce qu’il fait froid, entendre la clé de sa compagne tourner dans la serrure.

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« Le Canard sauvage », « Made in France » & « Faire commune »

—Par Dominique Daeschler —

« Le Canard sauvage », texte d’Ibsen, Adaptation et m.e.s. T Ostermeier

Thomas Ostermeier est à son aise dans l’univers confiné d’Ibsen, celui du 3théâtre de Chambre, où tout se rétrécit pour piéger les protagonistes dans leurs non-dits. Petit à petit des secrets bien gardés sont révélés par Gregers le fils de famille pour qui la vérité est une éthique qui ne peut apporter que le meilleur : la famille des Ekdal en sera détruite. La bourgeoisie est analysée comme une décadence, soumise au pouvoir de l’argent qui doit tout résoudre, sans affect, sans culpabilité.

De façon assez didactique, Thomas Ostermeier crée un décor tournant, salon des riches d’un côté où Werle célèbre par une fête le retour de Gregers, de l’autre le studio de photo- cuisine- salon d’un ancien camarade de classe dont le père a été un proche collaborateur de Werle avant d’ être ruiné par une affaire qui l’a conduit en prison. Les pauvres sont à la merci des riches : commandes, pension…Bientôt l’action se resserre sur le seul lieu de vie des pauvres car Gregers vient habiter chez les Ekdal, afin de distiller son amour de la vérité.

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« Je n’ai pas lu Foucault » & « Tout le monde il est Jean Yanne »

— Par Dominique Daeschler —

« Je n’ai pas lu Foucault », texte Céline Caussimon ,mes Sophie Gubri

Comme bon nombre de spectacles cette année, le texte est construit à partir d’ateliers d’écriture. Leur particularité est d’avoir été faits en prison sur un thème peu banal l’observation de toiles et de peintres connus ( Picasso, Basquiat, Van Gogh…) .Céline Caussimon, animatrice de ces ateliers, se prépare, relit les biographies, prête à livrer pour chaque peintre, son parcours, ses influences, ses techniques, ses thèmes. Une petite angoisse cependant, elle n’a pas lu le livre de Foucault. Peu importe, c’est elle qui doit s’adapter aux regards qui lui sont renvoyés. Bien sûr il y a ceux qui viennent là pour passer le temps, parce qu’il n’y a pas foot. C’est leur parole vive sur les couleurs qu’il préfèrent ( le noir de Basquiat), le ressenti sur l’organisation d’un tableau ( la chambre de Van Gogh), l’ intuition des origines ( Basquiat). Le cheminement des détenus introduit sans cesse l’idée d’une liberté de pensée qu’ils savent asséner, apportant à leur animatrice une autre appréhension de l’Art.

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Du côté du TOMA

— Par Dominique Daeschler —

Comme à son habitude, le TOMA théâtre d’Outremer à Avignon, convoque lectures , projections ,échanges ,spectacles au sein de la Chapelle Incarnée.

Porgy and Bess, musique et livret de Gershwin 

Adapté par les voix d’Outremer et Fabrice di Falco, chanteur lyrique martiniquais et cheville ouvrière des Contre-Courants, ce moment D’opéra valorise « à nu » les talents ultramarins dans le domaine lyrique. La musique de Gershwin n’ a pas pris une ride et Fabrice di Falco accompagne , dans un rôle de récitant les artistes. Les quatre chanteurs défendent leur partition avec brio. On retiendra particulièrement l’interprétation de Livia Louis Dogué dont la tessiture large la situe déjà parmi les grandes . Sans doute ,la présence sur scène, les déplacements sont à travailler mais ceci est déjà sur rails.

Entre les lignes, chorégraphie Florence Boyer

Florence Boyer, chorégraphe et danseuse, prend à bras le corps un travail de recherche sur les ouvrières du textile de Roubaix à Cilaos (Réunion) qui, à travers leurs broderies, ont célébré une attention aux femmes, dépassant un quotidien aux gestes répétitifs pou en donner la dignité et la beauté.

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Comment gâcher sa vie (avec style)

« WASTED », texte de Kae Tempest, m.e.s. de Martin Jobert, | Avignon off, le 11.Avignon

— Par Michèle Bigot —

Trois personnages en quête d’avenir, en recherche de sens, habités par la nostalgie de leur passé récent, mais hélas bien (ou mal) passé! Trois amis trentenaires en perdition se réunissent pour célébrer les dix ans de la mort de leur ami Tony. Le premier est un musicien en quête de reconnaissance, le second est prisonnier d’un « bullshit job » dans une entreprise minable et la troisième dispense des cours à des élèves défavorisés, encore plus blasés qu’elle. Les trois font un concours de ratage programmé et de nullité existentielle. Dis comme ça, on pourrait croire que le spectacle est aussi affligeant que le destin des personnages.

Or c’est le contraire qui advient. Les trois acteurs rivalisent d’auto-dénigrement, mais avec tant d’humour, tant de lucidité et tant de tendresse réciproque que ça devient attachant. Les dialogues sont ciselés, percutants et drôles. Le jeu des comédiens est parfaitement juste: chacun habite son personnage au point de le rendre follement présent. On rit, mais on rit jaune.

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M., entre sainteté et folie

« M. Un amour suprême », conception, texte, m.e.s. Gustavo Giacoso, musique: Fausto Ferraiuolo | Festival d’Avignon, Theâtre des Halles

— Par Michèle Bigot —

Le tandem Gustavo Giacoso-Fausto Giacoso était déjà venu nous enchanter l’an dernier, dans la même chapelle du Théâtre des Halles. Cette fois-ci encore, ce spectacle, quoique humble dans sa dimension scénique, nous transporte instantanément par son lyrisme et la magie de son évocation.

Fidèle à son intérêt pour l’art brut, Gustavo Giacoso nous raconte en sept tableaux l’histoire d’une femme, nommée M.(de son vrai nom Melina Riccio) qui quitte son sud natal pour s’installer à Milan, petite couturière appelée à devenir une célèbre styliste. La voici adulée du public et des media, mariée, installée et mère de famille, quand soudain, écoeurée par la célébrité et la fortune, elle décide de tout quitter, son métier, sa famille (elle a trois enfants) pour partir le long des routes comme une errante, pour prêcher l’amour et dénoncer la société de consommation. Adepte de Saint François, elle devient tour à tour une sainte, une folle, une artiste. Ses installations, réalisées à l’aide d’objets hétéroclites trouvés parmi les déchets dérangent bousculent ou séduisent.

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Résistances russes au plateau

« Last of the Soviets », conception et m.e.s. Petr Bohac

— Par Michèle Bigot —

La Russie est très présente sur la scène théâtrale française. Non la Russie impérialiste et la barbarie d’un Poutine, mais la Russie des résistants, la Russie des démocrates et du peuple qui souffre. C’est ainsi qu’après La Guerre n’a pas un visage de femme, texte de Svetalana Alexievitch, mis en scène par Julie Deliquet, lors du Festival des Comédiens de Montpellier et après le spectacle Alexeï et Yulia, proposé au théâtre des Halles lors de la présente édition du Festival D’Avignon, on a pu assister à une nouvelle interprétation des textes de S. Alexievitch, dans un spectacle intitulé The Last of the soviets.

Cette proposition théâtrale réalise un montage de différents extraits, concernant aussi bien la catastrophe de Tchernobyl que la « grande guerre patriotique » ou l’effondrement de l’URSS.

Au plateau Inga Zotova-Mikshina et Roman Zotov-Miksin, deux acteurs russes en exil nous dévoilent avec humour la cruauté de la vie quotidienne en Russie soviétique. Dans un récit mené tantôt en russe tantôt en anglais, avec quelques parenthèses en français, ils nous content l’horreur, les massacres, la peur et la misère, sans jamais se départir de l’humour noir qui les sauve.

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West Side Favela

Roda favela, m.e.s. Laurent Poncelet, Cie Ophélia théâtre et O Grupo Pé No Chao, Festival d’Avignon, Le 11 Avignon 24.07.2025

— Par Michèle Bigot —

Sur scène, 12 artistes venus des favelas de Recife. Dans une explosion de danses, de musique et de lumière, ces jeunes artistes (moyenne d’âge 20 ans) nous offrent le plus délicieux et le plus revigorant des spectacles. Laissez de côté le doute, la peur, et la désespérance liés à la situation politique. Ils viennent de Recife, ils vivent dans une favela, ils peinent à trouver de l’eau, on leur coupe l’électricité, ils se battent pour vivre et ils nous donnent une leçon d’énergie, d’espoir. Ils ont pour eux une jeunesse et une force inextinguible, une énergie qu’aucune force de police ne peut réprimer. Leur histoire est celle de luttes, de drames, de tueries mais aussi de solidarité, de liens familiaux puissants. Ils incarnent le renouveau, ils sont portés par la force de leur art, leur musique, leur danse, leur poésie. A toujours devoir faire face aux discriminations, au racisme, à l’homophobie et aux attaques des milices d’extrême droite, ils ont acquis une puissance indomptable.

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