Une bien cruelle histoire d’eau !

Le problème récurrent de l’eau fait couler en ces temps de confinement… beaucoup d’encre ! Problème récurrent puisqu’il semblerait qu’il se pose chaque année, avec plus ou moins d’acuité,  lorsque revient la saison qu’ici l’on nomme « Le Carême » ; une sécheresse qui devrait prendre fin au cours de « L’Hivernage ». Hélas ! La situation s’avère particulièrement criante pour la commune du Lamentin par exemple, où déjà en temps normal, celui d’avant l’épidémie, les coupures d’eau pouvant entraîner la fermeture provisoire de certains établissements scolaires étaient fort dommageables. Sur les réseaux sociaux se voient ces jours-ci des déclarations de ce style, non dénuées d’humour mais qui prouveraient, si besoin en était, combien est plus cruelle encore l’absence d’eau en cas d’épidémie : « Donc j’ai eu de l’eau pendant 2h30 après trois jours de coupure. La joie a été de courte durée ». Et chacun de se rejeter hardiment la responsabilité du problème ! Mais comment s’y retrouver, comment faire le tri entre tous ces sons de cloche, qui tintent à nos oreilles incrédules ? (Janine Bailly)

 

Communiqué du jour

FRANCE-ANTILLES

« La Société martiniquaise des eaux (SME) informe les usagers qu’en raison du très faible débit des cours d’eau, les ressources en eau potable sont inférieures à la demande actuelle. Cette pénurie est à l’origine des manques d’eau observés depuis plusieurs jours sur diverses communes.

Aussi, pour répartir plus équitablement les ressources, en concertation avec la cellule de crise qui a été ouverte en préfecture, un plan de restrictions tournantes est mis en œuvre ce jeudi 16 avril jusqu’à 22 heures sur la partie nord du Robert, au Gros-Morne, à Trinité, à Sainte-Marie et au Marigot.

Les quartiers précis n’ont pas été détaillés par l’opérateur. Dans un communiqué, il annonce que de nombreuses interventions sur les réseaux ont été mises en œuvre par les opérateurs pour limiter les impacts ».

 

Un petit rappel qui n’est pas sans intérêt

MONTRAYKREYOL : Pour lire l’article dans son intégralité, rendez-vous sur le site du journal en ligne 

http://www.montraykreyol.org/article/ce-quil-faut-savoir-sur-la-position-monopolistique-de-la-sme-societe-martiniquaise-des-eaux

Dans leur ouvrage Chronique d’un empoisonnement annoncé paru en 2007 (il y a treize ans donc), les écologistes Louis Boutrin et Raphaël Confiant avaient déjà pointé du doigt la situation de monopole de la SME…

Outre le fait que la SME nous ait distribué pendant plus de trois décennies une eau gorgée de chlordécone, chose qui n’a jamais dérangé personne comme nous l’avons vu dans un précédent article, outre le fait qu’elle ne se soit jamais préoccupée de moderniser son réseau, ce qui est une obligation légale et une insulte envers le consommateur quand on connaît la lourdeur des factures qu’elle adresse à ce dernier, outre le fait qu’elle soit désormais en situation de quasi-monopole puisqu’elle dessert 30 communes sur 34 (Odyssi s’occupant des 4 communes de la Cacem), voici qu’aujourd’hui, elle pompe de l’eau dans des rivières quasiment à sec ! Dans dix ans, il y a gros à parier que d’aucuns monteront sur leur plume, dans le quotidien local, maintenant propriété d’un autre milliardaire, pour dénoncer ce crime écologique.

Car enfin, pomper dans des cours d’eau à l’étiage si bas revient tout simplement à y détruire toute vie aquatique. Mais bon, on en reparlera « Quand la Martinique s’éveillera » pour paraphraser le titre d’un livre à succès au sujet de la Chine publié il y a un demi-siècle. Heureusement pour elle, il semblerait que la pluie recommence enfin à tomber. Merci, cher Dieu Hivernage ! …

Extrait du précédent article, ci-dessus cité :

Aujourd’hui, la SME détient avec 30 communes sur 34 le monopole de la distribution de l’eau à la Martinique et cela n’a jamais dérangé ni inquiété personne, surtout pas nos politiciens de toutes tendances. Ne les a jamais dérangés non plus le fait que 53% de cette eau part dans la nature à cause de fuites graves sur le réseau ! Or, il y a un principe clair s’agissant de la distribution de l’eau dans tous les pays du monde : « L’eau paye l’eau ». Cela signifie que le distributeur, le fermier, a l’obligation légale de réparer et de moderniser régulièrement le réseau, ce que n’a jamais fait la SME. Pourquoi ? Où est passé l’argent de nos (lourdes) factures d’eau ? Question sans réponse à ce jour ! Car la Martinique a l’eau la plus chère de France et de Navarre, ce que d’aucuns oublient ou ne savent même pas.

De toute évidence, la solution est la création d’une Régie publique de l’eau à la Martinique, chose que L. Boutrin et R. Confiant recommandaient dans leur ouvrage paru il y a treize ans.

 

Un autre écho dans la presse

L’EXPRESS : Sécheresse et réseau défectueux : en pleine épidémie, la Martinique manque d’eau !

En pleine épidémie de coronavirus, la Martinique fait face à des coupures d’eau de plus en plus nombreuses, liées à la sécheresse et à des canalisations défectueuses. De quoi laisser la population dans l’angoisse. La coupure d’eau « devait durer de 8h à 22h » », mais chez Nicole par exemple, qui habite Sainte-Luce ( région Sud) elle a duré trois jours. Sa commune a bien mis une citerne à disposition, mais à 68 ans, la retraitée estime l’opération trop risquée: « À mon âge, me retrouver à faire la queue sans distanciation. Et puis je n’ai pas les muscles, les bras nécessaires pour me mettre accroupie et récupérer des bidons ».  

À Ducos, Nicolas est privé d’eau depuis quatre jours. Dans son quartier, deux citernes ont été mises en place. « J’ai un peu d’eau de pluie, des jerricanes, des contenants mais c’est quand même quatre robinets pour tout un quartier, c’est la folie », confie cet enseignant. « C’est assez anxiogène. Déjà que la situation était spéciale, elle devient encore plus bizarre », ajoute-t-il.

Les coupures tournantes se sont tellement intensifiées que les deux sénateurs de l’île se sont emparés du dossier. Sur Facebook, la sénatrice Catherine Conconne appelle notamment à « ne pas se cacher derrière un scénario apocalyptique de sécheresse ». Selon elle, le vrai problème vient d’une casse de canalisation dans le Nord, non réparée correctement depuis des années.

Une situation qui dure depuis 2009 et pour laquelle une solution a été trouvée, assure le porte-parole de la Collectivité Territoriale, Daniel Marie-Sainte, précisant que le dossier sera présenté « à la prochaine séance plénière de l’Assemblée de Martinique ». Mais d’autres casses régulières sur les 1700 km de réseau et la sécheresse du début d’année sont aussi en cause. 94% de la ressource en eau provient des rivières, dont le niveau est au plus bas.

Le déficit de production d’eau potable représente 6 millions de litres par jour soit la consommation journalière de 40 000 habitants. À la mi-mars, la Préfecture a pris un arrêté pour réguler l’utilisation de l’eau. « L’eau pour se laver les mains oui, pour laver la voiture non », a résumé son porte-parole début avril.

FORT-DE-FRANCE, LE 16 avril 2020