Un néo-féminisme sexiste?

Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais de sortir de la crise d’adolescence et d’avancer  …

— Par Jean Gabard —

La société patriarcale résiste mais elle est aujourd’hui condamnée et remplacée par une société dite moderne, qui se veut égalitaire. Celle-ci n’est pourtant pas pacifiée et il se pourrait que des néo-féministes fassent encore « fausse route » en devenant sexiste.  

La société patriarcale a dominé pendant des millénaires. Elle commence à être contestée lorsque les humanistes se mettent à douter de l’origine divine des autorités masculines. Après la période de l’enfance, l’humanité passe alors dans l’adolescence. La remise en cause de tout ce qui avait été établi jusque là, amène le siècle des Lumières, la Révolution, les mouvements libéraux puis démocratiques, et au XXème siècle, la victoire de la démocratie. La révolte des années 1960-1970 s’attaque à toutes les traces restantes de la domination masculine et de nombreuses revendications aboutissent : l’autorité parentale, l’IVG, l’égalité salariale… C’est ainsi qu’en cinquante ans les nouvelles conquêtes ont considérablement bouleversé la société, en étant, maintenant, acceptées par le plus grand nombre. Il ne peut être, en effet, question de s’opposer à ce qui apparaît comme une évolution normale vers le progrès.

Si le patriarcat n’est pas mort, son idéologie n’est plus dominante. Et parce qu’il est, malgré tout, encore trop présent, des féministes continuent la lutte, pour faire mieux respecter les nouvelles lois et pour réclamer encore plus d’égalité. C’est ainsi que, sans toujours s’en rendre compte, n’est plus réclamé le respect de l’égalité en dignité et en droits, inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et dans la Constitution, mais l’égalité femmes-hommes. La différence paraît ridicule, pourtant n’est-ce pas parce que l’on pense que les femmes seraient semblables aux hommes, et donc devraient avoir les mêmes motivations, les mêmes comportements, les mêmes résultats, que l’on parle de sexisme quand il n’y a pas une parité parfaite dans une assemblée, dans un métier, quand les femmes ont un salaire inférieur à celui des hommes de 24% en valeur absolue (c’est-à-dire sans tenir compte du poste, du nombre d’heures de travail, de la qualification, de l’ancienneté…) ? N’est-ce pas parce que l’on pense que les femmes seraient semblables aux hommes que l’on met dans la loi le mariage pour tous (qui sous-entend l’adoption pour tous de petits enfants) et la PMA pour toutes les femmes ? Celle-ci ne considère-t-elle pas qu’une femme est égale à un homme, et donc qu’une femme peut se passer d’un homme pour élever un petit enfant, et même qu’une autre femme peut remplacer cet homme ?

De même que les hommes ont pendant longtemps considéré que la présence des femmes en politique n’était pas nécessaire, on a « institutionnalisé » l’inutilité du père dans l’éducation d’un enfant ! Outre le fait qu’il peut paraître contradictoire, quand la parité est réclamée dans tous les domaines, de la refuser dans le couple parental, a-t-on vraiment conscience de suivre ce qui est appelé à tort la « théorie du genre » ?

Les Etudes de genre ont fait progresser la démocratie dans les années 1970. Mais actuellement elles ne veulent plus simplement montrer ce qui, dans les inégalités entre les femmes et les hommes, vient de la construction sociale sexiste, qu’il faut combattre, mais que toutes les inégalités viennent de la construction sociale. Le but est alors de lutter contre toutes les inégalités qui deviennent toutes des injustices causées par le patriarcat.

Le problème est que cette idéologie, que l’on peut qualifier de néo-féministe, se trompe. Non seulement le postulat ne s’appuie sur aucune preuve, mais, au contraire, s’il en existe, c’est pour montrer qu’il est faux ! Les études récentes montrent que des différences biologiques entre les femmes et les hommes entraînent aussi des motivations et des comportements différents. Il est donc faux de dire que les différences ne viennent que de la construction sociale et que, sans les « injustices », il y aurait égalité totale.

D’autre part si le fait d’offrir une poupée ou un camion à un petit enfant a une influence sur son devenir, le fait de naître d’une personne du même sexe pour une petite fille ou d’une personne de l’autre sexe, pour un petit garçon, n’en a-t-il pas au moins autant ? Ne faut-il pas être encore de mauvaise foi pour ne pas croire une majorité de psychologues et dénier que tout enfant, qu’il soit garçon ou fille, perçoit sa maman toute-puissante, et garde dans son inconscient cette image ? Ce fantasme influence nos comportements que nous le voulions ou non et même si nous essayons de le gérer.

Quand nous croyons en l’égalité totale et que nous ne reconnaissons pas que les femmes et les hommes puissent avoir, normalement, des motivations, des comportements, des résultats différents, nous accolons alors à ces différences les noms d’infériorités, d’injustices, de maladies, de retard, de mauvaise éducation. Nous sommes alors dans le sexisme. Et effectivement, n’avons-nous pas des jugements et des attitudes sexistes quand nous comparons les comportements des femmes et des hommes face au pouvoir, face à la tenue vestimentaire, face à la violence … ?

Et que dire du comportement des femmes et des hommes quand il s’agit d’éduquer un enfant ? En plus de croire qu’ils peuvent avoir les mêmes rôles, n’ont-ils pas rendu l’éducation parentale, pas rentable, en croyant qu’ils pouvaient aussi jouer les mêmes fonctions symboliques ?

  Jean Gabard auteur de « Le néo-féminisme contre la famille », Les Editions de Paris Max Chaleil, Paris, 2023

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