Trois ruptures en mode théâtre

Par Selim Lander

Qui, ayant découvert une incompatibilité soudaine ou couvant depuis longtemps, a connu la séparation d’avec son ou sa conjoint(e), sait bien qu’il n’y a pas matière à rire. Mais cela c’est dans la vraie vie. Au théâtre il est permis de voir les choses autrement. Et il faut bien reconnaître que, considérés d’un peu loin par des observateurs non impliqués, les arguments ou autres subterfuges mis en œuvre par les parties ne sont pas toujours dépourvus d’un certain ridicule.

Le Théâtre municipal a ouvert sa saison 2018-2019 avec une pièce à sketchs de Rémi de Vos qui présente trois situations au départ banales mais qui dérivent vers des conclusions qui ne le sont pas. Quoi de plus banal, en effet, qu’un conjoint qui ne supporte plus de cohabiter avec le chien de l’autre ou que des parents qui n’en peuvent plus de devoir gérer un enfant intenable ? Moins banal mais qui existe néanmoins, le cas où l’un des deux conjoints se découvre homosexuel et décide de vivre avec le nouvel objet de son amour. A partir de là, le talent de l’auteur est de nous conduire vers des fins que nous n’aurions pas spontanément anticipées. Des fins qu’il serait malséant de dévoiler pour les futurs spectateurs de la pièce.

Les trois sketchs sont interprétés par les deux mêmes comédiens dans une mise en scène minimaliste qui s’appuie sur une table, deux chaises, plus un fauteuil qui pourrait avoir été celui d’un dentiste et dont Monsieur semble apprécier le confort. La mise en scène ne traîne pas, les répliques fusent comme au boulevard. On ne s’attend d’ailleurs pas à une métaphysique du divorce : on est là seulement pour s’amuser. Et, en ce qui nous concerne, c’est la troisième histoire, celle des parents confrontés à un enfant ingérable qui nous a fait le plus rire : question de vécu personnel, peut-être.

Cela étant, le spectacle présenté à Fort-de-France soulève à mon avis deux questions.

La première. Depuis quand faut-il utiliser des micros dans la petite salle à l’italienne, à l’acoustique tout à fait acceptable, du Théâtre municipal ? Si cela se conçoit dans de grandes espaces, comme la salle Aimé Césaire de Tropiques-Atrium, là j’avoue ma stupeur et une totale incompréhension. Déjà que les comédiens d’aujourd’hui ont souvent du mal à articuler, sans parler de proférer, à quoi faut-il s’attendre désormais si on les équipe systématiquement d’un micro ?

La deuxième devrait faire davantage débat. Faut-il, au nom d’une nouvelle conception du politiquement correct, renoncer aux « emplois » au théâtre ? Si le jeu des deux comédiens apparaissait convaincant, il était impossible de ne pas faire une différence entre Madame (Johanna Nizard) et Monsieur (Pierre-Alain Chapuis). Ce n’est pas faire injure à ce dernier que de remarquer que son âge et son physique le conduisent plutôt vers des emplois de barbon que vers celui du mari d’une séduisante jeune femme. Le caractère incongru du couple qu’il forment tous les deux parasite la pièce, les motifs qui sont mis en avant pour expliquer leur séparation apparaissant finalement de peu de poids par rapport au fait qu’ils sont de toute évidence fort mal assortis. Il ne s’agit pas de nier ici l’existence des couples où il existe une différence d’âge importante et que l’amour puisse y être présent. Simplement, cela ajoute dans tous les cas, en face de couples de ce genre, une nuance de doute. Ce doute, en l’occurrence, était constamment présent, ce qui faussait les situations initiales, comme si ces deux-là, sur le plateau, étaient de tout façon condamnés à se séparer.

Théâtre municipal de Fort-de-France, du 11 au 13 octobre 2018.