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L’esclavage ne doit pas être la carte de visite de la Martinique

Les commentaires inspirés par mon précédent article1 sur l’abolition de l’esclavage m’amènent à retranscrire ci-après l’échange public, légèrement toiletté, que j’ai eu sur le net avec Daniel Marie-Sainte (DMS)2. Mais après un récent dialogue avec une historienne qui lui est proche, j’ai compris que les défenseurs du « 22 mai » sont bien campés dans leur refuge idéologique. Le paradoxe a longue vie, qui permet aux vieux militants du matérialisme marxiste de donner dans la symbolique humaniste : un idéalisme mémoriel qui n’a rien à voir avec l’histoire. Cependant n’est-ce pas le destin de la Martinique d’avancer à pas contrariés ?

L’historienne me l’a accordé : « c’est vrai que « l’heure de l’abolition [avait] sonné, l’esclavage n’[avait] plus sa raison d’être, moralement, politiquement, économiquement « , pour toutes les raisons, conditions et circonstances que vous avez citées3 ». Elle ajoute : « Je ne vois pas pourquoi il faudrait mettre en avant une raison plutôt qu’une autre. » Empruntant à son raisonnement, la seule date qui réponde à cette triple dimension morale, politique et économique est bien celle du décret d’Abolition, le 27 avril 1848.

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27 avril 2020 : anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Guyane, Guadeloupe, Réunion et Martinique

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Les échanges qui nous ont opposés sur internet, un important élu et votre serviteur, m’ont conduit à me pencher à nouveau sur la date de l’abolition de l’esclavage et à proposer avec quelques jours de retard le contenu de cette discussion, légèrement toilettée. D’autant plus que cet évènement historique a peu retenu l’attention pendant la période de confinement.

On aurait pu reprendre ici toutes les dates et évènements de l’année 1848 qui ont amené la IIème République à prendre le décret du 27 avril 1848, ils ont été développés dans de précédentes contre-chroniques. Rappelons simplement que le premier acte institutionnel du processus d’abolition s’est déroulé dès le lendemain du jour de la mise en place du gouvernement provisoire. En effet, en mode de « conseil des ministres », cette instance a retenu l’abolition de l’esclavage comme l’une des 6 mesures prioritaires de la nouvelle République. La décision était prise, il ne s’agissait plus que de la formaliser. Les informations parvenant en Martinique au rythme des arrivées des paquebots, les décisions prenaient environ un mois pour parvenir dans les colonies.

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Retour à l’école : les enseignants ne lâchent rien

— Tribune de Yves-Léopold Monthieux —

« Je ne peux dire d’emblée que nous ne pourrons pas le faire car « difficile ne veut pas dire impossible », d’une part. D’autre part, … »pour toutes ces raisons, la date du 11 mai ne me semble pas envisageable. Pour autant, il nous faut dès aujourd’hui commencer à travailler à la réussite de la prochaine rentrée scolaire ». Réveillons-nous, car nous sommes en Guadeloupe ! Ce sont les paroles de Mme BOREL-LINCERTAIN, présidente du conseil général de Guadeloupe, puis de celles de Ary CHALUS président du conseil régional. On en est loin en Martinique.

L’un des souvenirs les plus forts que quittera chez nous la pandémie du covid-19 sera très certainement la controverse nourrie qui, une fois la période de déconfinement annoncée, aura concerné la date d’ouverture des écoles publiques. Cette calamité avait été précédée d’une autre calamité : la plus longue grève des maîtres et maîtresses d’école de la Martinique. En effet, souvent estimé comme étant entièrement à part, ce territoire s’est révélé le chef de file de la contestation en outre-mer, et ses petits soldats syndicalistes, les fers de lance de la grève contre la réforme de la retraite, en France.

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A l’heure du Cogid-19 comme an tan Wobè ! (1)

— Yves-Léopold Monthieux —

Même si les Cassandre accusent la mère-patrie d’abandonner ses enfants, la perspective d’une Martinique guérie de la pandémie Corid-19, alors que la Métropole ne le serait pas encore, est une hypothèse à prendre en considération. Nos frontières n’en resteraient pas moins fermées ou soumises au contrôle strict des personnes et peut-être des biens d’importation. A cet égard, la proposition des députés de la Délégation aux Outre-mer, présidée par le député guadeloupéen Olivier Serva, de permettre que les territoires ultramarins puissent «faire office de territoires pilotes en matière de dépistage généralisé de la population», est une initiative intéressante conforme au droit à l’expérimentation.

Il demeure qu’un confinement prolongé de l’Hexagone aurait des conséquences graves pour les territoires d’outre-mer. J’y vois un argument supplémentaire pour regretter que n’ait pas été mise en place ni ne soit envisagée une politique agricole martiniquaise orientée vers l’autosuffisance alimentaire. En plus de jouer au marronage sur le terrain régalien c’est bien à cette tâche que devraient s’atteler les élus martiniquais, laquelle ne serait pas, comme l’eau ou les transports – autres secteurs défaillants –, hors de la compétence de la CTM.

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Coronavirus : il nous faut des Cubains !

— Par Yves-Léopold Monthieux —

La Martinique médicale serait en perdition, pas seulement pour cause de covid-19. Dans la situation d’abandon où elle serait laissée par la France, seule Cuba serait en mesure de la sauver. Est-ce une nouvelle déclinaison du célèbre cri de guerre Hasta la victoria siempre ?

Hasta la victoria siempre !

« Les médecins de l’esclavagisme », comme les accuse la presse internationale ne seraient pas seulement les bienvenus en Martinique, mais ardemment espérés. En guise de SOS et, au chant du regretté « article 74 », on assiste à des enfoncements de portes à n’en plus finir (plus de masques, plus de gants, plus de tests, plus de pouvoirs, …), sous le mode « il faut que – il faut que – il faut que… l’Etat français – l’Etat français – l’Etat français …assume ses responsabilités ». Et plus vite que ça !

Ainsi donc, l’appel aux sauveurs cubains revient sans cesse dans la flambée épistolaire de sociologues, psychologues, anthropologues, historiens, bref d’activistes de la plume qui ont retrouvé la voix après des mois de désintérêt.

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Réflexions de Georges Dorion sur la situation de la Martinique

Ce qui suit est un extrait de la lettre datée du mois de janvier 2019 de Georges Dorion, haut-fonctionnaire de l’Etat à un homme politique martiniquais qui lui est proche. Ce Martiniquais, ancien élève de l’ENA et Inspecteur général des affaires sociales honoraire (IGAS), jette un regard éclairé sur l’évolution de la Martinique à partir des années 1950.
Hormis quelques années de coopération passées au Sénégal, Georges Dorion a passé l’essentiel de sa carrière dans les services centraux de l’Etat. Certaines des fonctions qu’il a exercées se situaient dans l’international, et concernaient les pays du Maghreb, certains pays d’Afrique noire, certains pays de l’Est de l’Europe, le Québec… En outre, en tant qu’inspecteur général (IGAS), il a eu pendant plus de dix ans entre autres fonctions la charge de parcourir très régulièrement l’ensemble de l’Outre-mer français. S’agissant des DOM, il y a effectué essentiellement des missions de conseil et de contrôle d’administrations publiques, parapubliques, voire privées. Ces missions s’étendaient à deux collectivités sui generis, Saint Pierre et Miquelon, et Mayotte (qui n’était pas encore un DOM). Les missions dans les TOM, dont le système statutaire repose sur le principe d’autonomie, étaient des missions d’audit et surtout de propositions, notamment en Nouvelle Calédonie, en Polynésie française, à Wallis et Futuna… Le regard porté sur ces territoires a porté, par nécessité, sur tous les aspects de leur fonctionnement.

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L’inaptitude au débat public des intellectuels martiniquais

— Par Yves-Léopold Monthieux

Dans le débat qui oppose parfois votre serviteur à Raphaël Confiant, les amis de l’écrivain ont décelé la preuve de son imprudence d’accepter d’échanger avec quelqu’un qui n’est pas de la famille. L’un d’eux avait pu écrire qu’il est dangereux de laisser entrer « le loup dans la bergerie », comme s’il y avait quelque chose de corrosif pour les cervelles marxistes à les exposer à des idées différentes. Le « fous-le dehors ! » de certains d’entre eux traduit l’inaptitude de notre démocratie au débat public. Jamais ou presque, à part Confiant lui-même qui est sur tous les fronts, il n’est répondu au fond des contrechroniques publiées dans Montraykréyol, ne fut-ce que dans la rubrique « commentaires » du site. Je me félicite que quelques contradicteurs se manifestent par courrier privé. Lorsque c’est possible, on s’échange quelques mails. Sinon, on est dans l’intox, pas dans le débat !

« Tu dis vrai, mais qui es-tu et d’où te vient le droit de dire ? » 

Les réticences à réagir s’observent aussi à l’égard des autres intervenants détenteurs de bloc-notes sur le site.

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Les activistes panafricanistes échappent à leurs sorciers

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Pour les partisans de l’autonomie de l’article 74, le maintien par l’Etat des pouvoirs régaliens était la parade parfaite contre toutes les dérives du statut annoncé. Dès lors que l’Etat garderait ses pouvoirs de police, de justice et de défense, il n’y aurait plus rien à craindre. C’était, à côté de l’idée qu’il était débile d’avoir deux collectivités sur un si petit territoire, l’argument-massue de la campagne électorale. Après le refus du « 74 » et la limitation du changement au périmètre de l’article 73, cet argument parut encore plus évident, alors que le millefeuille administratif allait s’enrichir de trois communautés d’agglomérations.

Passer du discours aux actes : c’est vous qui nous avez endoctrinés…

On sait pourtant que les fonctions régaliennes ont toujours été la pierre d’achoppement entre les Martiniquais attachés à la France et ceux qui revendiquent la rupture, partielle ou absolue, immédiate ou différée, réelle ou simulée. En conséquence, on pouvait croire que les seconds ne se satisferaient pas d’un statut où l’Etat garderait ces pouvoirs. Le PALIMA, parti indépendantiste, n’estimait-il pas que même en cas d’autonomie il y avait nécessité de les transférer au pouvoir local ?

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C’est quoi, l’article 49, alinéa 3 ?

— par Yves-Léopold Monthieux —
Dans les régimes parlementaires, la prédominance du pouvoir législatif sur l’exécutif est naturelle car les assemblées élues représentent le peuple souverain. D’où la notion de démocratie représentative qui s’oppose à celle de démocratie directe, laquelle, sauf en de rares exceptions étroitement encadrées, est impossible à mettre en œuvre. Cependant, même ramenée à sa dimension représentative, la démocratie a encore besoin de mécanismes institutionnels qui rognent l’expression populaire, au profit de l’exécutif. Le déplacement du curseur peut conduire à la situation inverse : la prédominance de l’exécutif sur les assemblées. Cette primauté est généralement reconnue à la 5ème république, à l’inverse de ses devancières.
Avec la constitution de 1958, la légitimité du peuple est partagée entre le parlement et le président de la République, les deux institutions étant élues au suffrage universel direct. Plusieurs mesures destinées à réguler les rapports entre elles conduisent finalement à renforcer l’exécutif. Les plus connues sont le référendum, les pleins pouvoirs de l’article 16, les ordonnances de l’article 38 et l’engagement de la responsabilité de l’article 49 alinéa 3.

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Ces « 40% » qui rendent fous !

— par Yves-Léopold Monthieux —

Cet article vient en réponse aux réactions suscitées par la chronique précédente : « Retraites : qu’en est-il des Non-fonctionnaires ? » Mais les évènements se bousculent et au moment où j’écris ces lignes, la boucle semble bouclée. Plus française que la France, la Martinique s’est érigée en chef de file des « gaulois«  contre la réforme de la retraite. Forte de cet intégrisme, elle pourrait atteindre sinon dépasser le record de durée de la grève du Cartel des fonctionnaires, en 1952. Il s’était alors agi de justice et de dignité tandis que le spectacle donné aujourd’hui à la télévision révèle de curieuses finalités et, plus encore, des méthodes singulières de solidarité.

De la majorité « silencieuse«  à la majorité « compréhensive« .

Sur le terrain, des grévistes du service public non enseignant sont assurés de conserver en toutes circonstances l’intégralité de leurs salaires. Cette assurance est renforcée et élargie à la veille d’élections municipales aux personnels d’activités périscolaires : la collectivité mettra la main à la poche.

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Retraites : qu’en est-il de la situation des non-fonctionnaires ?

— Par Yves-Léopold Monthieux —

J’ai écrit à plusieurs reprises qu’il n’est pas juste qu’en Martinique, aux caisses des supermarchés, se retrouvent deux catégories de citoyens : ceux qui bénéficient de la majoration de salaires de 40%, et les autres. Les fonctionnaires ayant la garantie de l’emploi, cet avantage peut être considéré comme une prime supplémentaire à cette garantie. S’il était justice et conforme à leur dignité d’aligner le traitement des fonctionnaires autochtones sur celui des métropolitains, il est moralement insatisfaisant qu’à l’injustice passée ait succédé celle qui, sur un même territoire, fait la différence entre les fonctionnaires et ceux qui ne le sont pas, c’est-à-dire tous les autres.

Les ouvriers ont toujours été solidaires des fonctionnaires

Certes, les bénéfices de l’ascension sociale assez largement répartie ; elle a conduit à ce que de nombreuses familles martiniquaises possèdent un ou plusieurs fonctionnaires en leur sein. Ce facteur de solidarité est la face heureuse d’un phénomène qui n’en est pas moins une injustice sociale décidée par décret et qui place les familles dans des positions inégales.

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Affaire Chalvet : la guerre des syndicats (II)

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Le père Le QUERE a été sans le moindre doute le témoin le plus objectif et le plus au fait des événements qui se sont déroulés à Chalvet en février 1974. Grâce à ses fidèles, il était directement informé de ce qui se passait dans sa commune, en particulier sur le terrain de la grève. Il était un curé concerné.

Il a été l’interlocuteur direct de toutes les parties prenantes à l’affaire : les 2 syndicats, les maires de Macouba et du Lorrain. Il s’est retrouvé l’arbitre de la première manifestation du conflit syndical qui s’est déroulée au presbytère. Il est allé voir le cadavre d’HILMANY à la morgue du Lamentin l’après-midi du jour prévu pour l’enterrement. Il a servi de relai pour la transmission d’un message de l’UPLG de Guadeloupe au nouveau syndicat : message lu en public avec le porte-voix du syndicat. Il a été arbitre et acteur au cours des démêlés relatifs à l’enterrement d’HILMANY. Il s’est opposé au maire du Lorrain et, dans un premier temps, au maire du Macouba avec lequel il a fini par accepter un compromis.

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Affaire Chalvet : la guerre des syndicats (I)

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Ce titre est celui de la longue interview du père LE QUERE, curé de la paroisse du Lorrain au moment des incidents qui se sont déroulés en février 1974 sur l’habitation CHALVET, à Basse-Pointe. Réalisé par l’hebdomadaire ANTILLA et parue le 11 février 2004 (N° 1077), cet entretien est signé ADV, sous le titre « Affaire Chalvet, un autre regard »).

Ce fut donc la guerre entre l’UGTM et la CGTM1. : « Ce qui m’a le plus frappé dans cette histoire, c’est qu’il n’y aurait pas eu dégât si les syndicalistes (ou les partis politiques qui étaient derrière) n’avaient pas attisé. Parce qu’ils n’étaient pas d’accord entre eux, là, c’était clair, c’était net. Or, je n’ai vu nulle part dans aucun journal, aucune revue, aucune émission, qu’en dessous de cela il y avait une guerre des syndicats ». C’est la conclusion de l’interview, riche en informations, du père LE QUERE, qui sera entièrement reproduit dans une prochaine contrechronique (Affaire Chalvet : la guerre des syndicats (II).

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Selon la commission STORA, décembre 1959 n’était pas une émeute politique(1).

— Par Yves-Léopold Monthieux —

La récupération politique des incidents des 21, 22 et 23 décembre 1959 à Fort-de-France n’a pas échappé à l’historien Benjamin STORA qui présidait la commission chargée par le ministre des outremers d’enquêter sur les évènements. S’agissant des 3 victimes, la commission déclare : « On peut tout de même souligner que la mort les a inscrites dans un destin paradoxal : chaque famille voudrait, en effet, que son fils, son frère, son cousin, ne fût pas un émeutier, alors que l’action militante des années 1970 fera de « Marajo, Rosil et Betzi des révolutionnaires héroïques ». Elle poursuit : « La littérature décembriste a donc cherché (sic) à les héroïser : les inscrivant dans une dramaturgie révolutionnaire, elle en a fait des anticolonialistes prenant les armes contre le colonialisme français ». (…) « Tout porte à penser que ces 3 jours furent un gros « coup de colère » et un grand cri de détresse », ce que je ne crois pas. En effet, les preuves étant impossibles, on fait converger des probabilités et l’une de celles-ci, plus que probable, a été délibérément ignorée.

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Émeutes de décembre 1959 : une présentation scandaleuse de l’Histoire.

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Ainsi donc, en ce mois de décembre 2019 une série de commémorations a commencé. Recommence donc la répétition d’une série d’ « arrangements » avec l’histoire, alors que les faits réels auraient, à eux seuls, mérité qu’on les enseigne à nos enfants. Mais nos politiques sont obnubilés par leur soif de raconter leur roman à leur convenance, en lieu et place des historiens. Et ils n’ont de cesse de déplorer que cette histoire trafiquée ne soit pas inscrite dans les manuels scolaires.

Notons que la grande presse, surtout l’audiovisuelle, étant tenue d’une main de fer au profit de l’histoire fabriquée, jamais, sans l’Internet, la vérité historique, ci-dessous rapportée et qui peut n’être contestée par personne, n’aurait pu être portée à la connaissance des Martiniquais. Mais rien n’est gagné face à une malhonnêteté intellectuelle quasi indéracinable.

D’abord, le crash aérien de décembre 1969 a conduit le parti communiste martiniquais, qui s’était montré jusqu’alors discret, à organiser une enquête en vue, dit-il, de rechercher les vraies causes de la catastrophe.

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Le Racisme : « une latence conflictuelle qui pourrait s’amplifier » 

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Ainsi donc, plus que tout autre pays au monde, la Martinique croule sous le vocable racialiste. Après « Négritude », « nègreries », « peau noire et masques blancs », « métissage » et autres sous-déclinaisons, il est désormais question de « noirisme », « békéisme », « mulâtrisme », « martinikaner », et j’en passe. En 2010, j’écrivais : « Je ne suis pas surpris par le cours que prennent aujourd’hui les choses, sauf en ce qui concerne leur rapidité et leur ampleur. Notre rapport au racial est certainement le fait sociétal le plus important apparu au cours du mouvement social de février 2009. Nous en sommes tous responsables : noirs, blancs, indiens, chabins, mulâtres, intellectuels, médias, riches, pauvres, religieux, profanes, élus… ».

Dix ans plus tard, je n’ai pas grand-chose à ajouter à la vingtaine d’articles parus sur le sujet dans Antilla, France-Antilles, Politiques publiques, Montraykréyol et Martinin’art. Certains ont été repris dans mon ouvrage « Contrechroniques de la vie politique de la Martinique – 2008.

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Un référendum sur l’indépendance de la Martinique ? Chiche !

Par Yves-Léopold Monthieux —

Raphaël Confiant souhaite que soit organisé un referendum sur l’indépendance de la Martinique. Le sujet est aujourd’hui opportun où dans une incontestable léthargie populaire, se développe un activisme aux couleurs de la violence, celles du drapeau rouge-vert-noir, en pleine promotion. Quoi de plus normal pour un indépendantiste, serait-on tenté de se dire ? A moins qu’il ne s’agisse d’une pure provocation intellectuelle de la part du polémiste qui nous habitués à cette forme d’agilité de l’esprit. Votre serviteur avait écrit qu’en défendant l’article 74 en 1970, Alfred Marie-Jeanne se dirigeait vers la perte de la consultation électorale et de l’élection de la région qui allait se tenir 3 mois plus tard. Ce qui fut fait, ouvrit la porte à Serge Letchimy, et fit sortir l’écrivain de ses gonds. Ayant retrouvé son calme, mais toujours adepte des challenges hasardeux, Confiant fait monter de plusieurs crans la barre de l’échec.

Mais prenons-le au mot. Rejoignons-le et sortons de l’hypocrisie. Ecartons les demi-mesures institutionnelles et sortons de la situation d’entre-deux où ceux qui ne cessent de vouer aux gémonies d’autres qui prononcent le mot « métropole », en prennent eux-mêmes promptement l’usage, dès l’instant qu’ils sentent monter le fumet des « fonds d’Etat ».

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France-Antilles : de la pige à la tribune libre, un accompagnement en pointillé

— Par Yves-Léopold Monthieurx —
Cicero. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit à l’évocation du journal France-Antilles. Le second souvenir est un loupé. Lecteur du Monde, du Nouvel Observateur et de l’Express, je m’étais très jeune intéressé à la presse, sans cependant envisager d’en faire mon métier. Appelé du contingent à Cayenne, j’avais été chargé de mettre en place et d’animer le mini espace presse de la caserne Loubère.
D’abord le loupé. Mon premier rapport avec ce journal, dès 1964, fut un rendez-vous manqué. J’ignore pour quelles raisons, à la suite d’une visite de la fabrique de yaourt Littée par l’association culturelle du Vert-Pré, je n’avais pas rédigé le compte-rendu que j’avais promis à Man Littée de faire publier dans France-Antilles.
Revenons au cicero, qui rappelle le Cicérone consule d’une de mes versions latines. J’avais soumis sans trop y croire à la rédaction du journal un projet de reportage d’une rencontre de foot-ball. Agréablement surpris par sa publication, j’avais renouvelé l’exercice sous le pseudonyme « Maxim » jusqu’au jour où je fus conduit au bureau d’un certain M.

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La Martinique, île aux esclaves, aux pesticides et …aux centenaires

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Trois anecdotes.

La première. Il y a une vingtaine d’années, je débarque à Orly et prends un taxi pour Paris. Comme c’est souvent le cas, la conversation s’engage avec le chauffeur sur le fait de société du moment, non sans que j’aie à préciser que je suis martiniquais. C’est en effet la réponse à la question que m’a posée d’emblée mon interlocuteur et qui se pose de plus en plus aux ultramarins antillais débarquant en France : « venez-vous de la Guadeloupe ? ». Hésitant, il me gratifie alors d’une bafouille qu’on pourrait traduire par « la Martinique, est-ce l’île où il y avait des esclaves ? ». Quelques années plus tôt, en pleine période du Goncourt, l’un de ses collègues m’avait cité Blaise Cendrars au lieu de Césaire à qui il avait attribué le livre Texaco. Moralité, ces gentils chauffeurs écoutent la radio et regardent la télévision.

Deuxième anecdote, c’est encore à Paris, en mars 2018, une professeure qui a enseigné sur le campus de Schoelcher pendant une dizaine d’années. Elle est amoureuse de la Martinique, le pays de ses enfants dont le père est originaire.

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Les « sots métiers » des défenseurs du peuple

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Les contempteurs du BUMIDOM se sont rarement attendris sur les véritables difficultés rencontrées par les jeunes gens qui sont partis sous l’égide de cette institution. On ne sache pas, en effet, qu’un parti politique martiniquais soit venu en aide aux plus malheureux d’entre eux, coupables d’avoir donné la main à une initiative gouvernementale.

Subalterne, c’est le mot utilisé par le politburo

« Subalterne », c’est le mot utilisé dans les cénacles foyalais et relayé dans les campagnes par une escouade de « petits marquis », pressés de médire leurs propres frères et sœurs et aider au dénigrement des emplois que ces derniers occupaient en France. Le BUMIDOM qui n’était pas une destination mais un facilitateur, ne s’adressait pas aux favorisés. Ceux-ci pouvaient compter sur leurs familles, l’Université (UAG), les bourses d’études ou la possibilité d’accomplir le service militaire dans le cadre rétribué des volontaires de l’assistance technique (VAT). En revanche, même si par le biais du BUMIDOM plusieurs martiniquais ont pu atteindre un niveau de carrière de premier plan, cet organisme n’avait pas d’autre ambition que de faciliter l’accès des jeunes à des emplois correspondant à leur niveau scolaire.

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Jacques Chirac, le « faux ennemi » de la gauche martiniquaise

— ¨Par Yves-Léopold Monthieux —

Au lendemain de la disparition de l’ancien président de la République, les réactions sont peu respectueuses des clivages politiques traditionnels. En Martinique, la droite lui sait gré d’avoir été un président gaulliste, à l’origine de plusieurs mesures positives pour les DOM dont deux des plus emblématiques furent la défiscalisation et l’extension du SMIG métropolitain. D’autres relèvent tout juste que l’ancien président de la République aimait nos accras et avait le bonheur de faire entrer le punch martiniquais à l’Elysée. D’autres encore, devenus marginaux, sont surtout arcboutés sur sa fameuse saillie sur les « bruits » et les « odeurs ». Cette tirade qui lui avait valu la réputation de raciste avait fait le miel de la gauche martiniquaise sur les murs et les discours pendant les campagnes électorales qui avaient suivi. Certains élus durent leur succès à ce facile argument.

CHIRAC contre GISCARD D’ESTAING c’était CHIRAC contre la droite martiniquaise.

Lorsqu’en 1981 Jacques CHIRAC prit part à la défaite de Valéry GISCARD D’ESTAING (VGE) à la présidence de la République, il ne se doutait pas qu’il venait de rendre le plus grand service à la gauche martiniquaise.

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Les 20 « Glorieuses » martiniquaises

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Au lendemain des incidents de décembre 1959, faisant l’éloge funèbre de l’une des 3 victimes, l’écolier Christian MARAJO, le vice-recteur Alain PLENEL résumait les 3 jours d’émeutes par une formule qui fit florès, « Les Trois Glorieuses ». En 1979, Jean Fourastié allait créer la formule « Les Trente Glorieuses » pour décrire les progrès de la période d’après-guerre, de 1946 à 1975. Le rapprochement de ces deux chrononymes me conduit à vous proposer un troisième qui correspond bien, me semble-t-il, à la période de 1962 à 1982, les « Les Vingt Glorieuses martiniquaises ».

Si la croissance économique et l’amélioration des niveaux de vie ont toujours été sous-tendues par la dynamique démographique, la surpopulation est un facteur handicapant. C’était le cas de la Martinique qui détenait déjà le plus fort taux démographique de la Caraïbe et des DOM. Selon les chiffres officiels, la population de la Martinique est passée de 270 000 habitants en 1962 à plus de 325 000 en 19821, soit une augmentation de 55 000 en 20 ans !

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Le racisme vu par Lilian Thuram et Pierre Ménès

Par Yves-Léopold Monthieux —

On ne parle jamais du racisme qu’à ses dépens. Quel que soit le bout par lequel on aborde le succès on risque de s’y blesser. Et il y a toujours des gens à blesser dans le propos ‘’metaraciste‘’. C’est ainsi que les prudents que sont les politiques se contentent souvent de rouler des yeux d’horreur pour signifier leur condamnation du racisme. Pourtant, avec une périodicité de plus en plus rapprochée se pose la condition des Noirs dans la société française. Rien n’indique que la solution est proche quoi qu’on ne puisse y tendre sans en parler. C’est comme les objets à double tranchant, les courageux qui s’y risquent deviennent souvent des cibles. 

Lilian Thuram et Pierre Ménès connaissent un brin sur le monde sportif, domaine où les contacts entre des Blancs et des non-Blancs sont des plus spectaculaires. Il n’y a pas mieux pour parler aux Blancs des Noirs, et des Noirs aux Blancs, qu’un Noir qui se sent français et dont cette qualité ne lui est pas contesté par les Blancs.

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Le « racisme de la peau sauvée” en Martinique.

— Par Yves-Léopold Monthieux —

L’article de Raphaël Confiant paru dans Montraykréyol le 14 août 2019 fait un balayage de divers sujets qu’il semble avoir eu du mal à résumer dans le titre Cela proviendra sans doute de la crise française et mondiale… L’écrivain évoque sans le dire l’indépendance de la Martinique, qui devrait, à l’image de ce que fut le cas pour les ex-colonies anglophones, relever plus de l’initiative de la France que de la volonté des autochtones. Il serait davantage question de largage que de conquête. Pas très glorieux. Reste que vis-à-vis de la France, la Martinique ne peut être que dedans ou dehors, l’entre-deux ”autonomiste-nationaliste” ne peut pas signifier la fin du colonialisme, l’objectif visé.

Moins attendu, il n’y a pas grand-chose à redire de la description de l’évolution économique de la Martinique qui serait passée de « l’économie coloniale productive » à « l’économie départementale improductive ». Sauf que la ”coloniale” était une économie de la misère comme l’est partout dans le monde l’économie de la canne, tandis que la ”départementale” est, selon le mot de Cabort-Masson, « l’économie des Koweitiens sans pétrole ».

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L’OJAM : « Il y a autant d’Ojam que d’ojamistes ».

Par Yves-Léopold Monthieux —

Après avoir relu le livre-témoin de Gesner Mencé, L’affaire de l’OJAM ou le Complot du mardi-gras ; revu le film de Camille Mauduech, La Martinique aux Martiniquais, acte I, et pris connaissance de l’acte II : une mine de révélations en mode de confessions ou d’aveux ; après avoir assisté à deux débats sur le film, dont l’un avec la participation d’anciens de l’organisation, il est possible d’avoir une bonne connaissance du phénomène de l’OJAM. Lequel n’eût jamais eu un tel retentissement sans la regrettable arrestation de quelques-uns de ses membres.

Marqué par les meurtrissures de la décolonisation, de la guerre d’Algérie, en particulier ; instruit de la fragilité sociale des nouveaux départements ; la France craignait l’apparition de nouveaux foyers insurrectionnels. Aussi, elle avait cru devoir réprimer dans l’œuf toute agitation, avant de prendre diverses mesures destinées à transformer, de fait, le mode d’appartenance de ces territoires à la France (SMA, AFPA, BUMIDOM, réforme foncière, abattement fiscal, quota d’importation, etc). Selon l’historien Julien Sainton, l’intégratioon se serait substituée à l’assimilation.

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