Étiquette : Sargasses

Sargasses (5) : Qui doit payer quand la crise est permanente ?

— Par Rodolf Étienne

Pendant quinze ans, la question des sargasses a été formulée presque toujours de la même manière : comment ramasser plus vite ? En 2026, elle a inexorablement changé.

Au Robert, au François, au Vauclin, au Marigot ou à Trinité, les habitants ne demandent plus seulement que les algues soient retirées. Les communes ne demandent plus seulement des tractopelles. Les parlementaires ne réclament plus seulement quelques millions supplémentaires dans le prochain budget.

Une question beaucoup plus profonde apparaît : qui doit payer lorsqu’un phénomène autrefois exceptionnel devient une charge permanente pour un territoire ? Cette interrogation traverse aujourd’hui les prises de position des élus, les mobilisations des collectifs de riverains, les rapports des institutions de contrôle et la préparation du troisième Plan Sargasses.

Elle touche au partage des responsabilités entre communes, intercommunalités, Collectivité territoriale de Martinique, État, Europe et, de plus en plus, aux droits des particuliers eux-mêmes. Car la facture ne s’arrête pas au rivage. Elle entre désormais dans les maisons, les entreprises, les écoles, les budgets communaux et les patrimoines familiaux.

Au Robert, le conflit a changé de nature

Le début de l’année 2026 constitue probablement un tournant.  Lire Plus

Sargasses (4) : Quinze ans après, combien la Martinique a-t-elle réellement payé ?

— Par Rodolf Étienne

En 2011, lorsque les premières nappes massives de sargasses atteignent les côtes martiniquaises, personne ne sait encore que l’île entre dans un cycle qui durera au moins quinze ans.

On ramasse. On dégage les plages. On cherche où stocker. On mesure les premières émanations d’hydrogène sulfuré. Puis les sargasses reviennent.

À mesure que les arrivages se répètent, la facture change de nature. Elle n’est plus seulement celle du tractopelle envoyé sur une plage. Elle est devenue la somme de dépenses publiques, de pertes d’activité, d’équipements détériorés, de bateaux immobilisés, de logements exposés, de journées de travail perdues, d’établissements scolaires perturbés, de dépenses sanitaires, d’écosystèmes fragilisés et d’investissements qu’il faut recommencer chaque année.

Le problème est qu’aucune comptabilité consolidée ne permet aujourd’hui d’annoncer sérieusement : « Les sargasses ont coûté X millions d’euros à la Martinique depuis 2011. »  Ce chiffre global n’existe pas. Et cette absence de chiffre constitue déjà en elle-même une information. Quinze ans après le début du phénomène, nous savons compter les tonnes ramassées, les barrages installés ou les crédits engagés certaines années. Nous ne savons pas le coût total supporté par le territoire.  Lire Plus

Sargasses (3) : Quand le littoral martiniquais perd de sa valeur

— Par Rodolf Étienne

Pendant longtemps, vivre au bord de l’eau était presque automatiquement associé à une plus-value.

Vue sur mer, accès au littoral, ventilation naturelle, proximité des plages : dans une île comme la Martinique, le rivage concentre une partie des biens immobiliers les plus recherchés.

Mais que se passe-t-il lorsque la mer apporte régulièrement autre chose que l’image paradisiaque promise par l’annonce immobilière ?

Depuis 2011, les sargasses modifient progressivement cette équation. Au point où dans certaines villes de la façade atlantique, elles ne sont plus seulement un problème environnemental ou sanitaire. Elles deviennent un facteur de localisation immobilière.

Le phénomène est, certes, encore difficile à mesurer avec précision : professionnels de l’immobilier, propriétaires, loueurs saisonniers et travaux publics commencent à documenter une dégradation de l’attractivité de certains secteurs particulièrement exposés.

Le bord de mer n’a plus partout la même valeur

Le paradoxe est saisissant. Un bien peut posséder tous les attributs traditionnellement recherchés — vue mer, piscine, terrasse, accès direct au littoral — et perdre une partie de son attractivité précisément parce qu’il se trouve trop près de l’eau.  Lire Plus

Sargasses (2) : Quand l’Atlantique étouffe notre littoral

— Par Rodolf Étienne

Les sargasses qui atteignent la Martinique ne peuvent plus être regardées comme une simple nuisance locale.

Elles appartiennent à un système transatlantique désormais installé, nourri par les dynamiques de l’Atlantique tropical, déplacé par les courants et appelé à accompagner durablement les territoires de la Caraïbe.

Mais que se passe-t-il réellement lorsque ces millions de tonnes d’algues terminent leur voyage sur les côtes de Martinique ?

En pleine mer, les sargasses peuvent constituer un écosystème. À proximité immédiate des côtes, leur accumulation massive, au contraire, peut contribuer à en étouffer d’autres.

Entre la masse flottante observée par satellite et le tas brun que l’on retire d’une plage, il existe un espace trop peu regardé : celui des mangroves, des herbiers, des petits fonds, des baies, des poissons, des récifs et des sédiments.

Quand un habitat devient une pression écologique

La sargasse n’est pas naturellement un déchet. Dans l’océan, ses radeaux constituent des habitats flottants où vivent ou transitent poissons, crustacés, invertébrés et jeunes tortues marines. Le problème apparaît lorsque des quantités considérables se concentrent dans des baies, des anses et des petits fonds où l’eau circule beaucoup moins.  Lire Plus

Sargasses (1) : Quand l’Atlantique fabrique la réalité martiniquaise

— Par Rodolf Étienne

Depuis 2011, la Martinique vit au rythme des échouages de sargasses.

Quinze ans plus tard, le phénomène ne peut plus être traité comme un accident saisonnier. Il structure désormais une partie de la vie du littoral, pèse sur la santé, les finances communales, l’activité économique, le tourisme, la pêche, les paysages et jusque sur l’organisation des services publics.

Début septembre 2026, cinq communes parmi les plus exposées — Le François, Le Vauclin, Trinité, Le Marigot et Le Robert — ont décidé de parler d’une seule voix.

Leurs maires se sont réunis au François avec le directeur du GIP Sargasses, Frédéric Voyer, pour réclamer une réponse durable à un phénomène qui s’installe dans le temps. Ce mouvement des élus dit peut-être l’essentiel : qui doit porter durablement le coût, la responsabilité et la stratégie de cette nouvelle réalité environnementale ?

Quinze ans après, toujours l’urgence

La Martinique a pourtant considérablement renforcé son dispositif. Depuis 2023, la collecte en mer monte en puissance. En mars 2026, deux nouveaux moyens ont été mis en service : le Sargator 3, destiné notamment à la façade sud-atlantique, et la barge de transfert Toupiti.   Lire Plus

Santé publique : les sargasses, une menace chronique pour les établissements scolaires

Collège Robert 3 : la crise des sargasses met l’école en suspens

— Par Sabrina Solar —

Les sargasses, autrefois perçues comme un fléau saisonnier, sont désormais considérées comme une menace sanitaire structurelle pour la Martinique. Un rapport préliminaire alarmant du Comité Indépendant d’Experts, commandité par l’Agence Régionale de Santé (ARS) et la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), tire la sonnette d’alarme : la santé des élèves, enseignants et habitants des zones littorales est en péril.

Au cœur de ce constat : la situation critique du collège Robert 3, situé à Pontaléry, dans la commune du Robert. Fermé depuis le 10 avril 2025 à la suite d’un nouvel échouement massif d’algues brunes, l’établissement symbolise l’impasse dans laquelle se trouve la gestion de cette crise sanitaire. Une pétition de la communauté scolaire et le droit de retrait exercé par les enseignants ont précipité la décision de fermeture.

Un danger invisible mais bien réel

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Reconnaissance de l’échouage des sargasses comme catastrophe naturelle : une avancée pour les Outre-mer

— Par Sabrina Solar —

Le Sénat a récemment adopté un amendement crucial visant à classer l’échouage des sargasses comme une catastrophe naturelle, un pas décisif pour les territoires d’outre-mer. Ce projet, soutenu par le sénateur de Guadeloupe, Victorin Lurel, et la sénatrice de Martinique, Catherine Conconne, renforce la possibilité pour les habitants et entreprises touchés d’accéder à un régime d’indemnisation pour les dégâts engendrés par ce fléau.

Une mesure récurrente pour une situation d’urgence

Depuis 2019, Catherine Conconne œuvre pour faire reconnaître les échouages massifs de sargasses comme une catastrophe naturelle. Le renouvellement de cet amendement au Sénat témoigne de l’urgence de trouver des solutions durables face aux invasions récurrentes de ces algues. Pour Victorin Lurel, cette reconnaissance est primordiale pour assurer une prise en charge efficace du nettoyage et pour offrir un soutien aux sinistrés. « Les conséquences de ces échouages vont au-delà de l’impact visuel et environnemental ; elles affectent directement la santé des riverains et nuisent à l’attractivité de nos territoires », souligne-t-il.  Lire Plus

Sargasses : l’Amazonie pourrait avoir un rôle dans la multiplication de ces algues, selon des scientifiques de la goélette Tara

Après un périple de 70 000 km autour du globe, la goélette Tara est rentrée à Lorient samedi 15 octobre, avec des milliers d’échantillons de micro-organismes afin de comprendre le fonctionnement du plancton océanique. Au cours de cette expédition, les scientifiques se sont également intéressés à l’impact du fleuve Amazone sur les sargasses.

Après presque deux ans de mission “Microbiome”, la goélette scientifique Tara a fait escale sur l’île de Groix avant de faire route vers Lorient, son port d’attache, ce samedi après-midi.

Au cours de son voyage du Chili à l’Afrique, en passant par l’Amazonie et l’Antarctique, le célèbre voilier laboratoire conçu par l’explorateur Jean-Louis Etienne a réalisé près de 25 000 échantillons micro-organismes marins (virus, bactéries, animaux, etc.).

“Nous n’avons aucune découverte à vous dévoiler aujourd’hui (samedi)“, a immédiatement prévenu Romain Troublé, directeur de la Fondation Tara, lors d’une conférence de presse sur l’île.

“Toutes ces données seront analysées. Dans 18 mois à deux ans, nous commencerons à avoir les premières découvertes de cette mission car pendant que nous sommes en mer, il y a 300 chercheurs qui travaillent“, a déclaré M.  Lire Plus

En Guadeloupe, Philippe privilégie la lutte internationale contre les sargasses

La lutte contre les sargasses passera par la coopération internationale, plutôt que par une succession de plans nationaux, a insisté le Premier ministre.

La lutte à long terme contre les sargasses passera par la coopération internationale, plutôt que par une succession de plans nationaux, a insisté samedi Edouard Philippe, qui a constaté lors de sa visite en Guadeloupe les dégâts causés par ces algues brunes proliférant partout dans les Caraïbes.

Il n’était donc pas question à ce stade pour le Premier ministre de débloquer une nouvelle enveloppe d’aide pour les Antilles, durement frappées depuis 2011 par les échouements massifs de ces algues à l’origine d’émanations toxiques et nauséabondes.

Alors qu’une première conférence internationale sur les sargasses se tenait cette semaine à Pointe-à-Pitre, Edouard Philippe a plutôt insisté en clôture sur « la nécessité de répondre à ce fléau par une coopération multilatérale ». En ce sens, une déclaration commune a été adoptée samedi par des délégations nationales de la zone et des organisations régionales, entérinant la création d’un programme caribéen de lutte soutenu notamment par des fonds européens.

« Les solutions doivent être mondiales », a encore plaidé le Premier ministre en clôture d’une conférence qui a notamment récompensé une douzaine de projets internationaux destinés à améliorer la connaissance des causes, pour l’heure assez mystérieuses, et la valorisation de ces algues.  Lire Plus

Guadeloupe : Édouard Philippe présent pour amplifier la lutte contre les sargasses, ces algues brunes.

Samedi 26 et dimanche 27 octobre, Édouard Philippe se rend en Guadeloupe avec l’ambition d’intensifier la coopération internationale pour lutter contre les sargasses, ces algues brunes dont les échouements massifs provoquent des émanations toxiques partout dans les Caraïbes.

Le Premier ministre est attendu samedi (16H30 locales, 22H30 dans l’hexagone) en clôture d’une conférence internationale à Pointe-à-Pitre qui réunit des délégations de toute la zone (Mexique, Etats-Unis, République dominicaine, Panama, Guatemala, Costa Rica…), avec l’idée de formaliser dans une « déclaration politique » une « alliance contre les sargasses », précise Matignon.

Cette initiative, portée par la région Guadeloupe, recouvre des partages de connaissances scientifiques afin d’éclairer les causes d’un phénomène pour l’heure assez mystérieux, ainsi que ses conséquences économiques, sociales et sanitaires. Elle englobe aussi des « réponses opérationnelles, très pratiques » sur la détection en amont, le ramassage de ces algues.

Source :AFP

Sargasses : comment transformer un mal en bien?

État de la question

Depuis 2011, les sargasses envahissent les côtes de la Martinique. Également appelées « algues brunes », elles proviennent de la haute mer. Elles y vivent sous forme libre et suivent des courants marins qui les dirigent actuellement sur les côtes martiniquaises, préférentiellement vers la zone atlantique mais aussi parfois jusque sur la côte caraïbe.  Lire Plus

Sargasses : agriculture intensive et destruction des mangroves en cause

Depuis 2011, les Caraïbes font face à une invasion et une prolifération de Sargassum fluitans et Sargassum natans qui viennent s’échouer sur les côtes en grande quantité. La Guadeloupe estime qu’entre 20 000 et 40 000 tonnes de sargasses viennent s’échouer sur le littoral.

Contrairement à ce qui été supposé au départ, ces grands bancs d’algues qui s’échouent aux Antilles ne proviennent pas de la Mer des Sargasses mais du golfe de l’Amazone. Ces proliférations seraient dues à des apports de nutriments (phosphate, nitrate) causés par une agriculture intensive et un lessivage des sols plus important suite à la déforestation intensive. De plus la destruction de la mangrove à l’embouchure du fleuve permet un relargage direct dans l’océan, conduisant ainsi à la création d’un écosystème favorable au développement des sargasses. Le phénomène des brumes du Sahara (poussières riches en fer et phosphates transportées par le vent) pourrait favoriser le développement de ces radeaux en route vers les Caraïbes.

Ce phénomène a des conséquences économiques importantes. En effet il affecte directement le tourisme qui représente 98% de l’économie des Antilles, car il oblige à fermer l’accès à certaines plages et incommode les touristes.  Lire Plus

Sargasses : comment transformer un mal en bien?

sargasse-2État de la question

Depuis 2011, les sargasses envahissent les côtes de la Martinique. Également appelées « algues brunes », elles proviennent de la haute mer. Elles y vivent sous forme libre et suivent des courants marins qui les dirigent actuellement sur les côtes martiniquaises, préférentiellement vers la zone atlantique mais aussi parfois jusque sur la côte caraïbe. Ce phénomène est la conséquence d’une nouvelle organisation des courants marins parcourant l’Atlantique dans l’hémisphère nord.

Cet écosystème à part entière est frappé d’une dualité :

D’une part, il jouit de protections spécifiques (telle que la convention de Carthage) lorsqu’il se maintient en haute mer. En effet, ces radeaux de sargasses constituent un habitat et une source de nourriture pour de multiples espèces pélagiques, parfois endémiques à l’écosystème, qu’il convient de protéger. Dans un rapport datant de 2004, B.Goff soulignait que le service des pêches de la NOAA1 (USA) arrivait à la conclusion que les sargasses étaient nécessaires pour le cycle de vie des daurades coryphènes et des thazars.

Néanmoins, d’autre part, ce souci de préservation est supplanté par les multiples effets négatifs qui émanent des échouages massifs de sargasses sur les littoraux des territoires qui y sont soumis : ces algues sont alors considérées comme une menace à la fois sur le plan environnemental, économique et sanitaire.  Lire Plus