Étiquette : Rudy Rabathaly

Langue française dans un gosier créole

A propos du dernier ouvrage de Rudy Rabathaly : « Oliwon d’imaginaire créole » chez K. Editions.

— Par Mireille Jean-Gilles —
A la manière de V.S Naipaul, immortalisant dans Miguel Street la vie de petites gens (le peuple) de Trinidad catapultées dans une rue de Port of Spain, Rudy Rabathaly, lui-même journaliste avant de « devenir écrivain » (une expression de Naipaul), nous offre ici une fresque martiniquaise à partir de personnages, non pas puisés dans son imagination mais dont la vie ou la personnalité dépasse l’imagination, et par conséquent deviennent des signes tangibles de notre « imaginaire créole », jusqu’à parfois être immortalisés dans une chanson de carnaval.

« La chanson composée par Ti-Citron pour marquer cet épisode douloureux pour son anatomie intime et plus particulièrement son refrain, fut reprise en vidé tous les dimanches du carnaval… »

Ce recueil de textes, empreint de culture populaire, préserve ainsi à sa manière un pan de notre patrimoine, autrement voué à l’oubli. Mais au-delà des personnages pittoresques ou de leurs faits d’armes les plus saillants, ce qu’il y a de proprement délectable dans OLIWON d’’imaginaire créole, c’est chez l’auteur ce sens de l’observation et du détail proprement journalistique qui produit un effet littéraire saisissant.

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Le sauvage et le barbare

— Par Rudy Rabathaly —

La lisse blancheur de la couverture de Retour à la parole sauvage, le dernier ouvrage de Monchoachi, ainsi que la faible police de caractère du titre, pourrait avec effarement donner à présumer que depuis son anba bwa, le poète rebelle hisse le drapeau de la reddition ou pire, de la neutralité dans son marronnage à vivre dans la beauté.

Heureusement du bonheur, ce saisissement de désertion de la sentinelle de l’extase qu’il est, s’étiole à la vitesse de la descente d’un gonbo dans la gorge d’un malheureux : le sauvage garde toujours langue.

Une parole qui cette fois, sous le bouclier des mots en prose traverse les champs de bataille des lieux du monde à la rescousse des écrasés de la prétendue grandeur civilisatrice. Dans cette guerre de re-conquête en subjugation del’ombre du présent, Monchoachi, lutteur aux langues nues, sans crainte mais aussi sans arrogance, défie les illusions du modernisme du nouveau Monde. Le ladja prend forme dès les premières pages du recueil. La parole sauvage bande tous les muscles des magies de sa poésie chantée face à la barbarie d’un monde cul-de-jatte de la beauté vré.

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Que faire de l’âme des statues ?

— Rudy Rabathaly —
La tête de d’Esnambuc a été déposée sur les grilles de la préfecture. La représentation coloniale a été rendue à l’Etat. Peut-être aurait-il même fallu l’envoyer par Chronopost au président de la République française… Aussi fort soit le symbole, il ne restera que symbole parce qu’il n’est porté par aucune revendication politique assumée et déclamée.

D’Esnambuc, Schoelcher, Joséphine…sont incontestablement des héros de la domination des pouvoirs politiques. Si se débarrasser de leurs visions suffisait à garantir tant la réhabilitation psychique que la souveraineté des peuples et des races opprimés, toutes les révolutions seraient de velours. Remplacer Fort-de-France par Fodfwans ne saurait apaiser notre aliénation et réhabiliter notre passé, notre mémoire, notre histoire, notre présent et donner sens à notre avenir.

La vraie question est de savoir : quand est-ce que l’on va arrêter de déchouker des statues pour déchouker des vivants ? Est-ce que l’on va se complaire à établir une liste des oppresseurs, des esclavagistes, des colonialistes, des révisionnistes d’hier qui fleurissent nos rues et possèdent nos places ? Et que faire de ceux d’aujourd’hui qu’on pourrait déboulonner sans même passer par la justice de l’histoire ?

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Que faire de l’âme de Schœlcher ? Le billet de Rudy Rabathaly

Mi patakaka ! 29 ans après que l’on ait guillotiné Joséphine, l’Impératrice des Français sur la Savane, voilà qu’on lapide Schœlcher, l’abolitionniste des Français.
Deux exécutions en plus d’un quart de siècle. Après tout, est-ce si terrifiant que cela ? En plus, il ne s’agit que d’une deuxième mort. Les avis d’obsèques de Joséphine et de Schœlcher ont déjà été donnés depuis une charge de temps !
On peut donc se dire, que si cela apaise le peuple de tuer des morts et en plus tous les 29 ans, où est vraiment le gros blème ? Joséphine a ressuscité sans sa tête et de jeunes mariés viennent même se faire prendre en photo sous son jupon aussi sale qu’il soit… Que la famille de Schœlcher se rassure, il sera rebaptisé dans un temple ou ailleurs.
La vraie question est de savoir : quand est-ce que l’on va arrêter de déchouker des statues pour déchouker des vivants ? Est-ce que l’on va se complaire à établir une liste des oppresseurs, des esclavagistes, des colonialistes, des révisionnistes d’hier qui fleurissent nos rues et possèdent nos places ?

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 France-Antilles : « Pawòl anba fèy »

Une rubrique pour sourire un peu. Où l’on parle, sur le mode humoristique, de choses graves. Aujourd’hui, samedi 9 mai 2020, les transports individuels ou collectifs, les embouteillages qui s’y rattachent, et l’eau à la maison sur l’île.

Pour ajouter humblement mon grain de sel de Foyalaise, à voir passer les automobiles devant chez moi, je dirais que d’aucuns, confondant le samedi avec le lundi, ont anticipé le « déconfinement ». Quand aux dramatiques querelles de l’eau, auxquelles le citoyen lamda ne comprend plus rien, si l’on n’y prend garde, on finira par perdre pied et s’y noyer !

Le « À l’arrêt ! » du coronavirus

Quasiment dans tous les pays du monde où il est question de déconfinement, une des préoccupations majeures est celle des transports collectifs. Chez nous, par contre, cette problématique est mineure, subsidiaire pour ne pas dire, en rien préoccupante. Ki avan konfinman, ki an mitan konfinman, ki apré konfinman, sé menm bagay. Pani lotobis !

En réalité, la problématique principale du transport en commun chez nous, comme cela est le cas depuis plusieurs décennies, c’est celle du transport individuel.

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« Pawol anba fèy » : le « Gai savoir » de Rudy Rabathaly

— Par Serge HARPIN —

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Une parole jubilatoire, un « gai savoir » sur nous-même, libéré donc de « l’esprit sacerdotal » pour citer NIETZCHE, voilà comment je qualifierai l’ouvrage de Rudy RABATHALY, « Pawol anba fèy » . Un livre événement en ces temps de dévotion, en ces temps des clercs et des bigots d’une « heure de nous-même » qui n’en finit pas de sonner depuis plus de trente ans.

 L’ouvrage est composé pour l’essentiel de « billets », magistralement écrits selon les canons de ce genre journalistique proche de la littérature : thèmes d’actualité ou de société, concision, chute inattendue, visée humoristique. C’est ce choix de genre qui donne à ce recueil sa facture singulière. Et même si, notamment dans la dernière partie, (« Tonbé lévé » et « En taxico ») le billet s’enfle, s’étoffe, devient « chronique », l’essentiel demeure : la visée humoristique.

 Le billet en tant que genre offre sur le plan de l’écriture, et cela vaut aussi pour la chronique, un certain nombre d’avantages. Et en tout premier lieu ce recul et ce décalé par rapport à l’événement ou au fait traité que donnent l’humour et l’auto dérision.

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