Étiquette : René Depestre

Tropiques-Atrium célèbre Haïti

— Par Selim Lander —

Ce mois de janvier 2022 a permis d’ouvrir au bénéfice du public martiniquais quelques « Fenêtres sur Haïti », selon le titre choisi pour cet ensemble de manifestations : cinéma, théâtre, musique, expositions. Si Haïti est en très mauvais état (et ce n’est, hélas, pas d’hier, on pourra consulter au premier étage de l’Atrium des panneaux sur lesquels sont rappelées quelques-unes des atrocités commises par François Duvalier), sa créativité est intacte. Ainsi ces diverses manifestations ont-elles fait souffler un peu d’air frais sur une Martinique trop longtemps privée d’événements culturels.

René Depestre, on ne rate pas une vie éternelle, un film d’Arnold Antonin

Ce film tourné en 2016 alors que René Depestre avait exactement 90 ans, le montre dans une forme éblouissante. Disert, drôle, avec la modestie qui sied à qui n’a plus rien à prouver. Le simple récit de sa vie, puisqu’il s’agit de cela dans le film, une sorte de « Depestre par lui-même », parle suffisamment en sa faveur sans qu’il lui soit nécessaire d’en rajouter. Lycéen jugé indocile dans sa ville natale de Jacmel, on l’invite à aller voir ailleurs en lui offrant une bourse pour étudier en France.

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“René Depestre : on ne rate pas une vie éternelle” & “La cérémonie d’Ymelda”

— Par Roland Sabra —

Deux documentaires à propos de personnages haïtiens ce samedi 8 janvier 2022 à Tropiques-Atrium : René Depestre et Ymelda. Deux portraits que presque tout oppose. A tout seigneur tout honneur, d’abord Depestre. Il fallait pour un tel monument un cinéaste à la hauteur du sujet. Qui d’autre qu’Arnold Antonin pouvait y prétendre ? Le cinéaste haïtien, couvert de récompenses internationales, de distinctions pour l’ensemble de son œuvre, auteur en 1974 du célèbre «Haïti, le chemin de la liberté » retrace en deux heures une biographie passionnante d’un amoureux éperdu de la vie.  Écrivain, il a reçu le prix Renaudot pour son roman « Hadriana dans tous mes rêves » et le Goncourt de la nouvelle pour « Alleluia pour une femme jardin », citoyen du monde engagé il a fréquenté, rencontré, discuté, bataillé, travaillé, entre autres, avec André Breton, Gérald Bloncourt, Aimé Césaire, Leopold Sedar Senghor, Édouard Glissant, Pablo Neruda, Jorge Amado,Che Guevara, Hô Chi Minh et Mao Zedong, Heberto Padilla. C’est à propos de l’incarcération et du procès que le régime castriste intente au poète cubain qu’il est écarté du pouvoir, «  relégué à l’université de La Havane où il doit donner des cours à des policiers déguisés en faux étudiants : « Ma chaire était une fausse chaire et j’étais un faux professeur qui s’adressait à de faux étudiants.

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Haïti – Littérature : René Depestre, Lauréat du Grand Prix SGDL 2016

rene_depestreLa Société des Gens De lettres (SGDL) a dévoilé le mois dernier les lauréats de ses différents Prix. Cette année, le Grand Prix SGDL de littérature a récompensé le poète et écrivain haïtien René Depestre pour l’ensemble de son œuvre à l’occasion de la parution de son dernier livre « Popa Singer », publié aux éditions Zulma et notamment connu pour « Hadriana dans tous mes rêves » récompensé par le prix Renaudot en 1988.

Le jury présidé par Corinna Gepner, était composé des auteurs membres du comité : Mohammed Aïssaoui, Gérald Aubert, Christiane Baroche, Jean Claude Bologne, Mathieu Brosseau, Belinda Cannone, Evelyne Châtelain, Georges-Olivier Châteaureynaud, Sophie Chauveau, Fabrice Colin, Edith de Cornulier, Chantal Danjou, Christophe Deleu, Pierrette Fleutiaux, Françoise Henry, Emmanuelle Heidsieck, Mathias Lair, Dominique Le Brun, Laure Limongi, Véronique Ovaldé, Marie Sellier, Mathieu Simonet, et Carole Zalberg.

Palmarès :

Grand prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre : René Depestre, Popa Singer (Zulma)
Grand prix SGDL de poésie pour l’ensemble de l’œuvre : Michel Butor, Ruines d’avenir (Actes Sud/Ville d’Angers)
Grand prix SGDL du roman : Monica Sabolo, Crans-Montana (JC Lattès)
Grand prix SGDL de l’essai : Jean-Claude Guillebaud, Le tourment de la guerre (L’Iconoclaste)
Grand prix SGDL de la nouvelle : Gilles Verdet, Fausses routes (Rhubarbe)
Prix de poésie Charles Vildrac : Anne-James Chaton, Elle regarde passer les gens (Verticales)
Prix Paul Féval : Bénédicte des Mazery, Les oiseaux de passage (Anne Carrière)
Grand prix SGDL de la fiction radiophonique : Caroline Guilea Nguyen, Antoine Richard, Alexandre Plank, Le Chagrin, Jules et Vincent (France Culture, 2015, 55’)

Dotés de 1,500 à 6,000 euros, les Prix SGDL seront remis à l’hôtel de Massa, le mardi 21 juin à 19h30.

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“Soulever les pics montagneux de nos malheurs”

— par René Depestre —

Larges extraits du discours prononcé  à la Sorbonne, pour le cinquantenaire du Congrès des écrivains noirs

22/09/06

Il y a eu décolonisation des institutions impériales, décolonisation des mentalités colonialistes et racistes, mais ne reste-t-il pas encore à décoloniser les concepts mythologiques dévalorisant des négros, bicots, coolies, pêle-mêle indigènes des temps du mépris de la condition humaine ?

Un bilan des cinquante dernières années, avec l’automne 1956 pour point de repère, permet de constater que le racisme d’origine colonial est en net recul dans le monde. L’Apartheid a été démantelé dans l’Afrique du Sud de Nelson Mandela. On n’entend plus dans les médias parler des rites barbares par lesquels le KKK déshonorait, toute honte bue, l’histoire du Vieux Sud nord-américain. La notion même de race a perdu tout crédit anthropologique. Au pays de Walt Whitman, de William Du Bois et de Martin Luther King, des femmes et des hommes, issus des légendes atroces du coton, accèdent aujourd’hui aux plus hautes responsabilités. (…)

Sur le plan culturel, il n’est pas vrai qu’en France, ou en Occident en général, il existe dans les sphères du pouvoir une volonté d’occultation du passé colonial.

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