— Par Sabrina Solar —
Imaginée comme une expérience à la fois théâtrale, collective et écologique, cette relecture de L’Avare de Molière s’appuie sur un dispositif singulier : chaque représentation se construit à partir d’objets apportés par le public. Vêtements délaissés, accessoires insolites, fragments du quotidien deviennent ainsi la matière première d’un spectacle en perpétuelle recomposition. Le geste n’a rien d’anecdotique. Il inscrit d’emblée la proposition dans une réflexion contemporaine sur le réemploi, la valeur des choses et la transformation du rebut en ressource, tout en faisant écho, de manière presque littérale, à l’obsession de l’accumulation qui définit Harpagon.
Dès l’ouverture, le plateau apparaît comme un espace en friche : quelques structures de rangement, des bacs de tri, et cette masse d’objets encore inertes. Très vite, comédiennes et comédiens s’en emparent, fouillent, commentent, expérimentent. Ce moment liminaire, où il s’agit presque de “s’habiller pour exister”, donne à voir un théâtre en train de se faire, dans une forme de nudité revendiquée. À leurs côtés, les techniciens — habituellement relégués dans l’ombre — occupent ici une place centrale. Création sonore à partir d’objets détournés, élaboration de silhouettes à la volée, ajustements lumière visibles : tout concourt à faire de cette fabrication en direct un spectacle en soi.

Avec : Nelson Rafael Madel, Mathilde Auneveux, Pascal Césari, Marie Razafindrakoto, John Arnold, Virgil Leclaire, Laurent Ménoret, Anne-Elodie Sorlin
« Sélune pour tous les noms de la terre » est un monologue fort et poignant écrit par Faubert Bolivar, un poète, écrivain, dramaturge et comédien haïtien, lauréat du prix décerné par l’association guadeloupéenne Textes en paroles. Ce texte est un tourbillon d’émotions où se mêlent la passion, le chagrin, l’espoir et la révolte.