Chapitre XIV
Le Maître et le disciple
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« Mon champ, dit Goethe, c’est le temps » Voilà bien la parole absurde. Qu’est-ce en effet que l’homme absurde? Celui qui, sans le nier, ne fait rien pour l’éternel. Non que la nostalgie lui soit étrangère. Mais il lui préfère son courage et son raisonnement. Le premier lui apprend à vivre sans appel et à se suffire de ce qu’il a, le second l’instruit de ses limites. Assuré de sa liberté à terme, de sa révolte sans avenir et de sa conscience périssable, il poursuit son aventure dans le temps de sa vie… »
(Albert Camus, Le mythe de Sisyphe)
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J’ai poussé la petite barrière en bois rustique, recouverte de plaques de tôle métallique d’une épaisseur moyenne. En un rien de temps, pourrais-je dire, j’étais devenu un habitué de cet endroit calme et accueillant, qui stimulait ma plasticité cérébrale, ravivait la flamme de mon esprit perturbé, et ramonait les muscles de mon corps affaibli, déconforté, asthénisé. Le chien de garde, Nicky, avec sa queue en faucille légèrement recourbée sur son dos, est venu, comme à l’ordinaire, se frotter contre mes jambes légèrement pliées.

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