— Par Jean-Marie Nol, économiste —
A l’heure où le pays Guadeloupe fait face à un regain épidémique et que l’économie tente de se redresser, le retour annoncé des tensions sociales, avec l’annonce de possibles grèves, fait craindre des lendemains très tendus, quand les plans sociaux se multiplieront et les mesures de chômage partiel s’arrêteront. Déjà la pandémie de Covid-19 a provoqué des « dommages massifs » sur l’emploi dans le monde, avec l’équivalent de 255 millions d’emplois perdus en 2020, selon l’Organisation internationale du travail (OIT) ce lundi. Les chefs des petites et moyennes entreprises sont de plus en plus nombreux à douter de leur capacité à rembourser leurs dettes ou à payer leurs charges, et près de la moitié craint de ne pas être en capacité de passer le cap de 2021, sans dégâts irréversibles de trésorerie.
Ce contexte délétère fait craindre le pire, car l’économie guadeloupéenne a longtemps souffert dans un passé récent de ses conflits sociaux…
Après la grève générale de 2009, le sentiment de gâchis (10 000 emplois perdus selon l’Insee) avait repris le dessus dans l’archipel guadeloupéen.

Malgré l’aide de plusieurs milliards d’euros alloués par la France , la Guadeloupe et la Martinique restent embourbées dans une situation financière difficile . Le problème numéro 1 des deux îles des Antilles est désormais non pas tant le statut, mais le manque d’argent sonnant et trébuchant, et c’est ce qui entrave le bon fonctionnement de ces deux régions ultramarines . Les collectivités locales sont asphyxiées financièrement et accusent presque toutes des situations budgétaires déficitaires , le CHU est gravement endetté et souffre d’un manque de ressources financières empêchant un fonctionnement optimal , les moyens financiers sont absents pour résoudre la crise de l’eau en Guadeloupe , des transports en Martinique, des déchets et des sargasses, les délais de paiement aux entreprises s’allongent et les impayés flambent dans toutes les strates de l’économie Antillaise … Etc.. Alors le constat étant posé, s’en suivent des saupoudrages d’aides financières diverses qui ont une propension naturelle à ne pas aboutir pour une meilleure régulation du système économique et financier , ainsi le danger d’un endettement pléthorique est bien présent (le TCSP et le Mémorial ‘Act sont devenus entre autres des fardeaux sur le plan financier) et la menace d’une bulle immobilière est prégnante.
Croissance, production locale , commerce extérieur, emplois industriels, niveau scolaire : une rupture nette est intervenue en 2013-2014. Jusqu’à cette date, la Martinique faisait jeu égal avec la moyenne de la zone Outre-mer , voire mieux.
Nous vivons aujourd’hui des temps troublés avec un choc sanitaire, et un contre-choc économique et social lié à la pandémie de coronavirus. Tout laisse accroire que cela annonce des jours difficiles. Et c’est pourquoi les Martiniquais et Guadeloupéens ne doivent pas être les victimes expiatoires du syndrome des délices de Capoue. Nous réitérons notre précédent avertissement à l’usage des martiniquais et Guadeloupéens de ne plus s’abandonner au plaisir de l’immédiat , à la satisfaction de l’instant préférés à la mise en oeuvre de projets novateurs sûrement plus profitables à terme ; nous devons retrouver le goût de l’effort et en finir avec le choix de la facilité de vie au détriment de l’efficacité ou de la durabilité de notre mode de vie.
Hier, nous n’avons pas réussi à surmonter nos difficultés, ni à construire un projet Martiniquais fiable sur le plan politique et économique , ni à ce jour transcender nos divisions et différences sur l’évolution de nos institutions ,alors, pourrons-nous le faire demain, alors que le contexte socio-économique inhérent au covid 19 ne s’y prête pas aujourd’hui ?
Après la conquête de la liberté marquée par l’abolition de l’esclavage, débute la quête de l’égalité qui va durer bien après ce qui devait être son aboutissement, la transformation statutaire de colonie en département votée le 19 mars 1946. La période qui suit cette loi dite d’assimilation est particulièrement riche en manifestations, protestations, grèves et surtout de résistance culturelle .
L’article de Guy Lordinot, l’ancien député maire de Sainte Marie en Martinique, qui craint la « disparition programmée de l’identité martiniquaise », dans une tribune intitulée, «
Le buzz médiatique actuel va rendre les rapports de forces économiques et sociaux de plus en plus brutaux en France. La France » d’après » la crise du coronavirus est riche d’idées, mais elles ne sont pas partagées par tous.
Les vieilles lunes historique,et les références idéologiques, c’est terminé et nous nous devons de passer à de nouveaux paradigmes au lieu de nous appesantir sur notre mal être identitaire. Au-delà des péripéties et des aléas de l’histoire, il est passionnant de chercher à dégager ce qui fonde l’engagement personnel de Victor Schœlcher et de voir comment les principes d’une conscience hors du commun trouvent un écho de nos jours.
Les nuages d’une dépression non pas cyclonique mais économique et sociale s’amoncellent dans le ciel de la région Caraïbe.
À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles . Interrogé hier sur Europe 1, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie a rappelé que la crise engendrée par le coronavirus aurait un effet sans précédent sur l’activité dans l’Hexagone. «Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de l’économie française est à l’arrêt», a-t-il constaté. Le retour à la normale prendra du temps, se fera «progressivement» et il «passera par le désendettement du pays».
Nous allons vers une reconfiguration totale de l’économie et du secteur bancaire en Martinique et Guadeloupe, car la banque est désormais à la croisée des chemins… . « La nécessité nous délivre de l’embarras du choix » disait Vauvenargues….
La décennie qui s’achève avec les nombreuses grèves et le règne des réseaux sociaux a vu les passions dévorer la raison. Le feu n’est pas qu’en France. Nombre d’affaires naissent désormais dans le monde sous des formes jusqu’au-boutistes. Le risque redouté par Tocqueville d’une civilisation individualiste qui se transforme en tyrannie n’est pas une crainte en l’air. Dans ce contexte, les esprits Antillais rationnels et modérés sont désemparés : En France, le retour de la violence politique risque de conduire à la préparation du pire des régimes autoritaires.
Ces temps-ci, la Martinique donne l’impression d’avoir du mal à faire des choix . Est-ce toujours dur de choisir la voie de la raison ? On est toujours habités de cette idée qu’il faut faire le bon choix, qu’il ne faut pas se tromper. Choisir, c’est aussi penser aux conséquences de ses actes.
Les blocages actuels en Martinique provoqués par les grèves, s’opèrent au détriment des commerces physiques, surtout en centre-ville. Ces derniers, devenus inaccessibles en transport en commun, ont vu leur activité baisser de 20 % à 30 % depuis le début des grèves contre la réforme des retraites et celle des chauffeurs de la CFTU , selon la CCI de Martinique.
L’endettement global de la Martinique et de la Guadeloupe atteint en cette fin 2019 des records, au point de dépasser largement les niveaux de 2009, juste après la crise sociale, et c’est l’IEDOM (institut d’émission des départements d’outre-mer) à partir de chiffres vérifiables, qui tire la sonnette d’alarme. Une fois n’est pas coutume de le dire dans les cénacles de la politique Antillaise , les ménages, les entreprises et surtout les collectivités locales de Martinique et Guadeloupe restent encore considérablement endettés. Et cet endettement est problématique, car il s’inscrit dans un contexte de croissance en berne pour la France en 2020. C’est là une douche froide pour l’économie française qui devrait nettement marquer le pas en 2020 avec une croissance de 1,1%, a annoncé la Banque de France ce lundi 16 décembre. L’institution a révisé à la baisse ses projections de 0,2 point pour l’année prochaine et a maintenu celles pour 2019 à 1,3%. La détérioration de la conjoncture internationale devrait plomber les exportations de l’Hexagone. Et au surplus , les économistes n’écartent pas un impact significatif sur les déficits publics, la dette et surtout l’emploi.
Le 20 décembre 2019 se tiendra le congrès des élus en Guadeloupe afin de se prononcer sur l’évolution statutaire de la Guadeloupe. A lire certains partisans de l’autonomie, les guadeloupéens et Martiniquais peuvent croire que le changement de statut pourrait solutionner tous les problèmes de la Guadeloupe et tout autant que de la Martinique. Certes prenons en l’augure, car à mon sens, le changement statutaire est déjà acquis pour la Guadeloupe et le congrès des élus n’aura d’autre choix que d’entériner l’autonomie ou quelque chose qui lui ressemble. Le statu-quo n’étant pas possible et encore moins envisageable tant la quête identitaire est forte de nos jours aux Antilles. C’est là une réalité incontournable, la Guadeloupe disposera bientôt d’un statut de collectivité territoriale autonome et la Martinique devrait suivre le courant à brève échéance. Ce constat est incontournable et point besoin d’en rajouter ! Et pourtant ce changement statutaire pourrait se révéler être à l’avenir une grande supercherie. C’est dans le contexte difficile de la France, que les hommes politiques de la Guadeloupe et la Martinique demandent à l’Etat plus de pouvoir de gestion et des compétences plus larges pour gérer au mieux les pays Guadeloupe et Martinique.
D’aucuns de mes lecteurs pourraient me taxer de pessimisme inopportun. Mon intention, en publiant cet article qui alerte sur les menaces sociétales pesant sur la société française, n’est qu’un état des lieux, vérifiable par tous les gens qui réfléchissent de manière pragmatique et rationnelle . Mon propos n’est nullement de décourager mon lectorat , mais essentiellement d’en informer une bonne partie de la réelle situation d’une société fracturée qui est aujourd’hui celle de la France et vers quoi cette dernière se dirige.
Malgré les menaces sur l’économie mondiale, l’économie de la Guadeloupe résiste et affiche la confiance. Mais tel n’est pas exactement le cas en Martinique, car une récente étude de l’INSEE, révèle une perte importante du nombre d’emplois à l’échelle de la Martinique, mais avec des résultats contrastés.
Le problème de la Guadeloupe et la Martinique actuellement, c’est qu’elles appliquent un modèle politique et économique qui a été conçu initialement pour développer les activités tertiaires à partir des transferts publics, ce qui implique que le problème actuel de mal développement ne va pas aller en s’arrangeant, car avec la réduction attendue de la dépense publique, ainsi que l’émergence de la révolution numérique et l’intelligence artificielle ce modèle de société de la départementalisation est d’ores et déjà condamné dans le temps. Et pourtant, nul remise en cause sérieuse à l’horizon. De fait, l’être humain a besoin d’entrer dans des impasses pour mieux comprendre les enjeux de demain . Les impasses peuvent soit finir sur un chaos généralisé, soit permettre d’initier autre chose. Le chaos social est tout à fait possible en Martinique et en Guadeloupe : une sorte de cocotte-minute d’incertitudes et d’inquiétudes est en train de miner les âmes et les consciences. Le problème aujourd’hui n’est pas de se réjouir de cela, mais de voir ce qu’on peut tirer de cette évolution. Notre modèle de société montre son inadéquation, son incapacité à continuer.
Le club CIGALES est en premier lieu un club d’investisseurs, qui réunit ses membres plusieurs fois par an, recueille leurs cotisations régulières pour former une cagnotte collective, et comme son nom l’indique, investit dans de petites entreprises en création ou encore œuvrant principalement dans le secteur productif .
Actuellement se déroule en Suisse 🇨🇭 une grande conférence de l’O.I.T., (organisation mondiale du travail) où une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement se penchent sur l’avenir du marché du travail soumis selon les dires du secrétaire général de l’organisation à des changements dramatiques. Dans le monde, le marché du travail connaît de profondes transformations dues à la technologie. L’Organisation internationale du travail s’y intéresse de près et insiste sur la nécessité de dispenser de la formation tout au long de la vie.
Au 1er janvier 2016, la Guadeloupe compte 394 110 habitants, soit 10 525 de moins qu’en 2011. Le constat est cruel , car la Guadeloupe se vide petit à petit. Cela représente 0,5% de baisse sur la période 2011-2016. La Martinique connait la même tendance, plus accentuée encore, près de 16 000 habitants en moins en 5 ans. Ils sont désormais 376 500 dans l’île sœur. Ce sont les deux seules régions de France à perdre des habitants.
La situation économique et sociale en France doit-elle alerter ? Les guadeloupéens et Martiniquais ont-ils des raisons d’être inquiets avec l’amorce de la mort probable du progrès social de la départementalisation ? Autant de questions qui nous laisseront bientôt vides et angoissés en 2019 !
Avec les assises de l’outre-mer envisagées par le gouvernement , s’achemine -t-on vers un nouveau type de modèle économique et social de développement ?