Étiquette : Guy Cassiers

« Thésée, sa vie nouvelle », conception & m.e.s. Valérie Dréville, Guy Cassiers

D’après le roman de Camille de Toledo
Festival d’Avignon 2026, L’Autre scène du Grand Avignon, Vedène

— Par Michèle Bigot —
Nous voici prévenus, le titre annonce la couleur et cette couleur ce n’est pas « la vie nouvelle de Thésée », c’est « Thésée, sa vie nouvelle », nuance!! Le focus, c’est donc Thésée, et accessoirement, ou secondairement, comme un ajout énoncé par le remords, une correction, un ajustement: « sa vie nouvelle ».
Allons-y voir, entrons dans le labyrinthe avec ce Thésée, nouvelle facture. Nous sommes invités à cheminer à ses côtés et à assister (ou à participer) à son combat contre le monstre, le Minotaure, qui lui aussi doit être d’un genre nouveau. C’est ainsi que passé et présent se conjuguent d’entrée, comme se conjuguent avec eux l’individuel et le collectif. C’est le pouvoir du mythe, antique et actuel, personnel et collectif tout ensemble.
Le récit sera notre fil et Valérie sera notre Ariane! Une parole oraculaire ouvre et ferme le récit: « Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue? » Récit qui nous mène du début du XXème siècle et sa grande guerre, à la fin des trente glorieuses, c’est à dire aujourd’hui, en passant par la seconde guerre.<p>  Lire Plus

« Antigone à Molenbeek & Tirésias » Stefan Hertmans/Kae Tempest/Guy Cassiers

— Par Michèle Bigot —

Dans ce spectacle, Guy Cassiers choisit de faire appel à la tragédie grecque pour réunir deux transgressions, celle d’Antigone et celle de Tirésias. Dans les deux cas, c’est l’ordre patriarchal qui est interrogé, voire franchement bousculé. Antigone met les autorités au défi en choisissant d’ensevelir son frère en dépit de l’interdiction prononcée par le roi. Tirésias outrepasse l’ordre du genre en s’incarnant successivement comme homme puis comme femme. Les deux héros paieront leur transgression de la vie pour Antigone, de ses yeux pour Tirésias. Le don de prophétie qui est accordé à ce dernier en compensation pourrait bien être la plus cruelle des punitions: prophète de malheur, il est condamné à prêcher dans le désert. Des deux tragédies, on se demande laquelle est la plus brûlante en termes d’actualité!

Antigone revit aujourd’hui sous les traits de Nouria, étudiante en droit à l’Université, vivant à Molenbeek et réclamant aux autorités la dépouille de son frère Kamikaze de Daesh. Tirésias s’actualise dans la figure d’un adolescent, qui va connaître une transfromation de genre, avant de terminer sa carrière en prophète de l’effondrement.<p>  Lire Plus

« Les Démons », d’après Dostoïevski, m.e.s. Guy Cassiers

— Par Dominique Daeschler —

Ces « démons » ,que l’on connaît le plus souvent sous le nom des possédés, « kaléidoscopés » par Guy Cassiers, directeur artistique de la Toneelhuis d’Anvers, ne manquent pas, dans la solennité de la salle Richelieu de la Comédie Française, de solliciter le spectateur.

Ce récit choral qui joue de la dérive, adapté du roman de Dostoïevski par Erwin Mortier, nous plonge dans la Russie tsariste. Un vieil intellectuel (Stepane) et Varvara, son amie et soutien financier, sont confrontés à une jeune génération qui, d’une façon ou d’une autre va bousculer la société russe (opposition à Nicolaï 1er, terrorisme, athéisme, nationalisme religieux). Autour de leurs fils respectifs (Piotr le terroriste nihiliste et Nicolaï le séducteur manipulateur charismatique) , des individus caricaturaux : Dacha séduite et naïve, Maria mystique et folle, Liza riche et poète de salon, entourées d’une flopée d’hommes aux idées virevoltantes. Chacun combine, se fourvoie ou laisse faire : convictions politiques, foi reniée… tout se défait. Le monde de demain ne peut être construit dans la violence et l’absence des valeurs traditionnelles russes auxquelles tient tant Dostoïevski, peu sensible à l’apport des Lumières.<p>  Lire Plus

Avignon 2017 (10) « Ibsen Huis », « Grensgeval »

— Par Selim Lander —

Ibsen Huis d’après Ibsen (IN)

Henrik Ibsen (1828-1906) est-il le plus grand dramaturge du XIXe siècle ? Il est permis de le penser. On le joue, en tout cas, comme un classique (La Maison de poupée est présentée cette année dans le OFF). Mais les grands-metteurs-en-scène-contemporains se doivent d’être des auteurs. Ils écrivent eux-mêmes leurs pièces ou, s’ils consentent à monter un classique, il leur faut le transformer suffisamment afin que nul ne doute de leur créativité. Le résultat est variable. Le M.E.S. d’origine australienne Simon Stone a fait travailler pour sa part les comédiens du Toneelgroep d’Amsterdam (la troupe d’Ivo Van Hove dont on salué la mise en scène des Damnés, l’année dernière, dans la Cour d’honneur) sur un texte inspiré de plusieurs pièces d’Ibsen et la réussite est au rendez-vous… même si la pièce n’atteint jamais à la profondeur psychologique de celles du maître norvégien. L’histoire suit une famille – une lignée d’architectes – de 1964 à aujourd’hui. Nous voyons donc des personnages évoluer au fil du temps, joués par des comédiens différents suivant l’âge.<p>  Lire Plus