Étiquette : corps féminin

Anna de Noailles : L’ivresse d’être au monde

– par Rodolf Etienne

Poétesse célébrée dès 1901, admirée par Marcel Proust, Maurice Barrès ou Jean Cocteau, première femme commandeur de la Légion d’honneur, Anna de Noailles fut l’une des grandes célébrités littéraires de la Belle Époque.

Sa poésie transforme le désir, le corps, la nature et jusqu’à l’angoisse de mourir en une formidable affirmation de l’existence. Derrière la mondaine apparaît surtout une femme qui, dans un univers littéraire profondément masculin, imposa sans s’excuser la puissance d’un « je » féminin.

« Toi, vis ; sois innombrable à force de désirs… » Ces mots résument presque tout son programme poétique : vivre davantage, éprouver davantage, embrasser le monde avant qu’il ne disparaisse.

Anna-Élisabeth Bibesco-Bassaraba de Brancovan naît à Paris le 15 novembre 1876 dans une famille aristocratique d’origines roumaine et grecque. Cette appartenance à plusieurs mondes accompagne toute son œuvre et contribue aussi à fabriquer autour d’elle une image d’étrangère, d’Orientale, de femme à la fois proche et décalée dans la haute société française.

La mort du père – une expérience fondatrice

Elle découvre tôt, notamment chez Victor Hugo et dans Les Contemplations, une langue capable de transformer le deuil en matière poétique.  Lire Plus

Lisa Clague : Sous le masque, des créatures de rêves

  • par Rodolf Etienne

Il y a quelque chose d’immédiatement troublant dans les sculptures de Lisa Clague. Elles semblent appartenir à un monde dont nous connaîtrions les règles sans parvenir à nous souvenir où nous les avons reçues.

Des femmes aux visages masqués côtoient des animaux, des corps humains se prolongent en formes hybrides, des oreilles, des becs, des cornes surgissent là où nous attendions un visage. Tout est presque familier. Et pourtant rien ne l’est vraiment.

L’artiste américaine situe elle-même son travail dans un espace « entre le subconscient et l’intangible ». Ses figures masquées sont conçues comme des êtres ambigus, traversés par le déguisement, la séduction, la dissimulation et la métamorphose.

Le rêve constitue une source essentielle de cette œuvre : il compresse les images, associe des réalités étrangères les unes aux autres, transforme l’anxiété, le désir ou le souvenir en créatures nouvelles.

Du vase au corps

Lisa Clague n’était pourtant pas destinée à devenir exclusivement sculptrice de figures fantastiques. Née dans une famille d’artistes — son père était sculpteur sur métal et sa mère potière — elle commence par l’illustration avant d’intégrer le Cleveland Institute of Art.  Lire Plus