Sexe, race & colonies : “Notre livre n’est en rien pornographique!”

— Propos recueillis par Aliocha Wald Lasowski—

Dans “Sexe, race & colonies”, l’historien Pascal Blanchard éclaire les heures les plus sombres de la colonisation française.

L’ouvrage collectif Sexe, race & colonies (La Découverte), mené par l’historien Pascal Blanchard, réunit 97 chercheurs internationaux, qui analysent 1200 images ou illustrations de six siècles de domination coloniale et sexuelle, des premiers empires aux Amériques, jusqu’aux stéréotypes racistes et pornographiques contemporains.

Suivant le fil chronologique, le livre est divisé en quatre parties : “Fascinations” (1420-1830), “Dominations” (1830-1920), “Décolonisations” (1920-1970) et “Métissages” (depuis 1970 à nos jours). Par son ampleur historique, la densité de son iconographie et sa diversité géographique (tous les empires coloniaux sont analysés), Sexe, race & colonies est une somme unique et inédite. En s’appuyant sur des images à chaque page, les auteurs du livre entendent montrer que “la domination sexuelle dans les espaces colonisés fut un long processus d’asservissement produisant des imaginaires complexes qui, entre exotisme et érotisme, se nourrissent d’une véritable fascination/répulsion pour les corps racisés”. Le viol des corps, lié à la conquête territoriale, est exposé par les images de l’époque qui contribuent à fabriquer les fantasmes exotiques de l’Occident, pour assurer la domination raciale et sexuelle.

C’est alors qu’éclate la polémique : fallait-il retracer, ont demandé certaines voix, l’histoire coloniale et post-coloniale par le prisme de photographies pornographiques ? Peut-on, sans risque, décaler notre regard, prendre de la distance au risque de l’anachronisme ? Ou, au contraire, le spectateur finit-il par tomber dans le piège malsain de la fascination ? Pour les uns, l’image, insoutenable et choquante, provoque le malaise et l’effroi. Pour les autres, un parcours qui va de la “Tonkinoise” ou de la “Mulâtre” jusqu’au prédateur sexuel en Thaïlande en 2018 et aux hashtags #BalanceTonPorc et #MeToo, empêche une juste hiérarchie historique des images et fait perdre en crédibilité scientifique, au profit du seul débat idéologique ou politique. Réponses du principal intéressé.

L’EXPRESS. Pourquoi accorder ce privilège au corps violenté et exploité des colonisés ?

Pascal BLANCHARD. Il y a vingt-cinq ans, pour le catalogue d’une exposition à Paris, aux Invalides en mai 1993, intitulée Images et colonies, nous avions déjà présenté un siècle d’iconographie d’histoire coloniale, à travers des affiches, couvertures illustrées ou objets décoratifs. L’objectif était…

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