Pour la première fois, le Lion d’or à Venise récompense un documentaire

Par Franck Nouchi

lion_or_veniseAu diable le consensus ! En attribuant le Lion d’or à Sacro GRA, un documentaire du réalisateur italien Gianfranco Rosi, et le Grand Prix du Jury à Jiaoyou (Stray Dogs) du cinéaste taïwanais Tsai Ming Liang, le jury de la 70e Mostra présidé par Bernardo Bertolucci a couronné deux films aussi réussis qu’orignaux.

Sacro GRA tout d’abord. Dans le petit monde des grands documentaristes, Gianfranco Rosi est loin d’être un inconnu. En 2008, il avait réalisé Below Sea Level (Sous le niveau de la mer), sorte d’immense voyage en solitude chez des marginaux vivant en plein désert au sud-est de Los Angeles.

Ce film formidable avait eu un prix à Venise et avait remporté le Grand Prix du cinéma du réel à Paris. Lui aussi primé à Venise (en 2010), le film suivant de Rosi, El sicario – Room 164, était consacré à un narco-trafiquant mexicain, expert en torture et en kidnapping, ayant à son actif plusieurs centaines de morts.

Une image de “Sacro GRA” documentaire de Gianfranco Rosi, Lion d’or de la 70e Mostra

AUTOUR DU PÉRIPHÉRIQUE DE ROME

Retour au pays – même s’il est vrai que Gianfranco Rosi est né à Asmara en Erythrée et qu’il vit à Paris – et changement radical d’ambiance avec Sacro GRA. Nous voici sur le Grande Raccordo Anulare (GRA), cette espèce de grand boulevard périphérique qui contourne Rome. Plus précisément, Rosi nous conduit non pas sur la route mais chez certaines des personnes qui vivent autour de ce gigantesque complexe routier.

Il y a là un botaniste dont le travail consiste à écouter les bruits des larves qui envahissent les palmiers ; un infirmier-ambulancier qui vient au secours des blessés du GRA la nuit ; un pêcheur d’anguille sacrément sympathique et drôle qui connaît le Tibre comme sa poche ; quelques prostituées misérables qui semblent tout droit s’être échappées d’un film de Fellini ; un noble décati qui loue sa demeure à qui veut pourvu que cela lui rapporte quelques euros ; un couple d’intellos, elle constamment penchée sur son ordinateur, lui, parlant sans cesse de tout et n’importe quoi.

KALÉIDOSCOPE DE L’ITALIE D’AUJOURD’HUI

“Lorsque je faisais les repérages de mon film, j’avais emporté avec moi ‘Les Villes invisibles’ d’Italo Calvino, explique Gianfranco Rosi. C’est un livre sur le voyage évidemment [Marco Polo décrit au grand empereur Kublai Kahn cinquante-cinq villes regroupées en différents thèmes : la mémoire, le désir, le ciel, les morts, etc.], mais aussi sur les relations entre un lieu et ses habitants.”

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JIAOYOU, SOMPTUEUX ET RADICAL
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Une image de “Stray Dogs” de Tsai Ming Liang, prix du Jury de la 70e Mostra de Venise

Le grand prix du jury attribué à Jiaoyou récompense un film aussi somptueux que radical. L’accolade entre Tsai Ming Liang et Bernardo Bertolucci sur la scène de la Grande Salle de la Mostra restera certainement comme le moment le plus fort d’une cérémonie par ailleurs très modeste dans son décorum et sa mise en scène.

On n’épiloguera guère sur le reste du palmarès.
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Le Monde.fr | 08.09.2013 à 02h56 • Mis à jour le 08.09.2013 à 08h40 |