Ponce Pilate songe et se lave les mains.

« Ecce homo » de Victor Hugo, dans son recueil posthume La fin de Satan (1886) :

« C’était, le jour de Pâque, une coutume
Fort ancienne, où les juifs et Rome étaient d’accord,
Que le peuple, parmi les condamnés à mort,
Choisit un misérable auquel on faisait grâce.

Prés du palais, lieu sombre où la foule s’entasse,
Se pressait, comme autour des ruches les essaims,
Le peuple de la ville et des pays voisins
Qu’un licteur contenait du manche de sa hache.
Les paysans, menant par la corde leur vache,
Les femmes apportant au marché leurs paniers,
Devant le seuil, gardé par douze centeniers,
S’arrêtaient, éclairés par l’aurore vermeille.
La rumeur de la fête avait depuis la veille
Vers les quatre coteaux de Sion dirigé
Les habitants d’Aser et ceux de Bethphagé,
Ceux de Naim et ceux d’Émath; et sur la place
Chaque faubourg avait versé sa populace;
On y voyait aller et venir, sans bâton,
Gais, l’oeil joyeux, des gens qui jadis, disait-on,
Blêmes, et mendiant aux portes des boutiques,
Etaient aveugles, sourds, boiteux, paralytiques,
Et que l’homme appelé le Christ avait guéris.
C’était la même foule aux tumultueux cris
Qui, naguère, agitant au vent des branches vertes,
Et les âmes à Dieu toutes grandes ouvertes,
Battant des mains, chantant des cantiques, courait
Dans les chemins devant Jésus de Nazareth.
Plusieurs l’avaient béni comme un dieu qu’on écoute;
Et, pour avoir jeté leurs manteaux sur sa route,
Ils avaient de la terre encore à leurs habits.
Deux hastati de Rome, aux casques bien fourbis,
Se promenaient devant la porte du prétoire;
Et des marchandes d’eau vendaient au peuple à boire,
Et les petits enfants jouaient aux osselets.

Tout à coup apparut sur le seuil du palais
Christ couronné d’épine et vêtu d’écarlate;
Il avait un roseau dans la main; et Pilate,
Le leur montrant, leur dit : Voilà l’homme.

Le Christ
Se taisait, l’oeil au ciel.

Et Pilate reprit :
– C’est aujourd’hui qu’on laisse un misérable vivre.
Peuple, lequel des deux veux-tu que je délivre :
Barabbas, ou Jésus nommé Christ; – Barabbas;
Cria le peuple. Alors, au-dessous de leur pas,
Ils crurent tous entendre on ne sait quel tonnerre
Rouler… – C’était quelqu’un qui riait sous la terre.

Ainsi jugeaient les juifs sous l’oeil froid des romains.

Ponce Pilate songe et se lave les mains. »

Victor Hugo, « Ecce homo », La fin de Satan, 1886

 

Dans son ouvrage Ponce Pilate (Fayard 2016), l’historien et juriste italien Aldo Schiavone affirme qu’il est « impossible de croire un seul mot du récit du lavement des mains » car ce rite, typiquement juif, était parfaitement étranger à la culture religieuse et juridique du préfet romain.