» Parce que l’amour… »

 Exposition d’Eymric Moderne dit Moey: jusqu’au 05/09/26

— Par Philippe Charbein —

« Parce que l’amour … » : tel est le titre volontairement allusif et que chacun peut compléter en regardant les œuvres d’Eymric ; titre qui laisse entendre que les réponses offertes par l’amour sont multiples ; que l’amour est une réalité elle-même multiple, échappant à toutes les tentatives de définitions qui se voudraient définitives ou dogmatiques.

« Parce que l’amour … » ou l’évocation métaphorique d’une réalité se déclinant en de multiples occurrences ; en de multiples éclosions et arborescences par le biais desquelles se devine la foi de l’artiste lui-même.

L’artiste qui suggère ainsi que l’amour est une puissance bénéfique se régénérant en permanence.

« Parce que l’amour … » ou l’occasion d’apprécier la dimension complexe de celui-ci, se partageant entre l’aspect sentimental et amoureux, l’aspect poétique, philosophique…à la mesure de la dimension humaine en somme !

L’occasion, enfin, nous est donnée d’apprécier le parti pris esthétique d’Eymric MODERNE : évoquer l’amour par le biais du motif de la nature… ainsi que le faisaient des poètes et des artistes des siècles passés… la nature qui, toutefois, au moyen des différents médiums utilisés, est littéralement sublimée, « poétisée » … à l’image même de l’amour dont les circonvolutions et autres connexions infinies lui assurent sa part d’éternité.

Notons à cet égard l’emploi du motif animalier (félins, colibris, flamants roses, poissons, canards) matérialisant bien cette dimension complexe de l’amour, fait de grâce, d’élégance, de légèreté, de beauté et de mystères.

Notons également la présence de tel ou tel texte poétique prolongeant – d’un point de vue philosophique et métaphorique – la réflexion de l’artiste qui n’hésite pas à nous plonger au cœur de ses souvenirs les plus personnels, à célébrer tel ou tel être cher ayant compté pour lui à un moment donné.

« Parce que l’amour … » donc ou la célébration de l’amour qui fait sens ; donne sens à une existence humaine en quête de beauté et d’absolu ; des ramifications les plus profondes.

Nous nous efforcerons donc d’évoquer les différents aspects de l’amour proposés par Eymric MODERNE dit Moey.

Parce que l’amour … nous donne l’impulsion de la nature

L’amour restitué par Eymric MODERNE est d’abord une réalité à laquelle est irrémédiablement liée une part de mystère.

Dimension que nous retrouvons dans ces deux réalisations artistiques de facture différente : « Les mots du cœur » et « l’autoportrait photographique numérique » mettant en scène le visage du peintre.

Point commun de celles-ci : mettre en évidence un être – imaginaire pour l’une d’elles ; réel, de chair et de sang pour l’autre – faisant partie intégrante de la nature environnante, se confondant presque avec celle-ci… tirant son origine de celle-ci ?

S’agissant de la première réalisation que nous avons évoquée, notre attention se porte d’emblée sur les signes énigmatiques qui tapissent la peau de ce félin imaginaire quasi personnifié. Signes énigmatiques, qui, comme le laisse entendre le titre, s’imposent comme un « langage » secret ; celui de l’amour, indéfinissable, indéchiffrable, au prime abord ; « langage » mystérieux qui est comme une… « seconde peau » au moyen de laquelle le félin imaginaire se « détache » de l’univers végétal informel à l’arrière-plan.

Les mots du cœur, et donc de l’amour, sont-ils de nature à nous « détacher » de l’informel et de l’anonymat ?

Sans multiplier les faits, remarquons la queue de ce félin qui, à l’instar d’une … « liane », fait corps avec l’univers végétal, de même que cette vaste feuille verte magique s’imposant comme une sorte de… « masque. » Manière, pour l’artiste, de célébrer un univers en fête s’animant au contact de ces « mots du cœur » ; un univers qui salue, célèbre l’être mystérieux parvenant ainsi à accéder à une identité renouvelée !

L’identité faite de mystère : c’est précisément le thème autour duquel est construit l’autoportrait photographique numérique de l’artiste lui-même.

Dimension symbolique incontestable, en effet, liée à ce visage dont une partie est occultée – fort à propos – par une vaste feuille (bien réelle, celle-ci) ; laquelle feuille n’est pas sans introduire une certaine « symétrie » par rapport à la partie de chair et de sang.

Notons enfin le baiser matérialisant bien une proximité charnelle inédite.

Manière, pour Eymric MODERNE, de marquer la question de son origine, de sa filiation avec le milieu naturel duquel il est issu ! Manière, pour lui, de suggérer… sa part d’éternité !

Parce que l’amour … nous invite à une quête d’absolu, une fête d’éternité

« Parce que l’amour est éternel » : telle est précisément l’une des justifications possibles. Éternité qui, paradoxalement, est bien mise en évidence par le biais d’un des médiums les plus fragiles : le dessin, soumis davantage qu’il est au risque de l’effacement.

Nous pouvons, dès lors, relever ces dessins réalisés sur papier bambou : « La première rencontre » ; « Toujours » ; « Raisons d’aimer » ; « Poisson fleur ».

Élément fondamental : ces multiples motifs (poissons, oiseaux, fleurs, fruits) et ces multiples tracés, figurant une nature saisie et inscrite dans un cycle de vie ; une nature que caractérisent éclosions et profusions.

Une nature qui figure bien l’amour dans ce qu’il a de plus riche aux yeux de l’artiste… de bon augure pour un amour qui s’en inspirerait !

D’un point de vue formel et symbolique, nous pourrions relever un parallélisme dans la disposition des quatre réalisations citées : « La première rencontre » trouvant un écho dans « Poisson fleur » ; « Raisons d’aimer » trouvant une résonance dans « Toujours ».

Autrement dit, l’amour, dès ses premiers moments, ne s’arrête pas aux différences visibles, aux définitions toutes faites ; il accepte, au contraire, l’inattendu qui le caractérise, à l’image de ce poisson qui est aussi une fleur.

L’amour, symbole de richesses, croît… toujours ; il est donc également symbole d’éternité… d’éclosions qui assureront sa… permanence.

L’amour, en effet, est d’autant plus éternel qu’il est fragile ! Il doit, par conséquent, composer avec une urgence existentielle…intimement liée à notre condition humaine.

Ce cas de figure est précisément illustré symboliquement par l’installation constituée de tillandsia. Plante qui, en effet, a ceci de particulier qu’elle ne refleurit pas deux fois !

Illustration saisissante de l’urgence attachée à l’amour ; « condamné » qu’il est à être vécu pleinement dès le départ !

Mélange de tragique et de beauté : telle est la réalité de l’amour évoquée par Eymric MODERNE !

« En parlant d’amour » : du nom de cette autre réalisation de l’artiste représentant un amour éternel, matérialisé par une jungle magique … jungle faites d’entrelacs et de constructions infinis… jungle en expansion permanente, saisie dans un cycle vital permanent !

Notons la présence, au milieu, d’une rose de porcelaine qui s’impose – du fait de sa verticalité – comme un des « socles » de ce paysage quasi animé

Ode au bonheur ! Ode à l’adresse de ces commencements imaginaires où tout n’était que profusion végétale ; où la nature « écrivait » sa propre partition, ses propres arabesques ; où toute violence était exclue !

Notons la présence de ces deux félins fabuleux… suspendus à des branches… participant ainsi au cycle naturel représenté (à l’image de leur corps et de leur queue se confondant avec la tapisserie magique de la nature).

Vaste évocation métaphorique, sous les médiums de l’artiste, d’un « amour » à ce point dense qu’il comble le moindre espace, se régénérant en permanence !

Deux faits, à cet égard, revêtent une dimension symbolique particulière : d’abord le titre (« En parlant d’amour ») ; l’emploi du gérondif actualisant la réalité de l’amour, toujours en devenir) et le matériau utilisé (l’alucobond, un panneau composite utilisé en architecture pour l’habillage des façades).

Deux faits qui matérialisent bien la vision de l’amour chez Eymric MODERNE : l’amour qui défie le temps et l’usure, se réactualisant sans cesse, tant par ses nombreuses manifestations (ici ces multiples entrelacs), que par les mots employés pour… « parler » de lui.

Parce que l’amour … réunit les couples des amants

« Parce que l’amour … » ou l’expression de l’amour sentimental.

Cas de figure qui rassemble des toiles aussi diverses que : « Les deux amants » ; « Rencontre au coin d’une fleur » ; « Beauté binaire 5, retrouvailles » ; « Mélancolie ».

Élément fondamental, en effet, s’agissant de ces réalisations : cette évocation de deux êtres, saisis à des moments particuliers de leur histoire amoureuse : une « rencontre » déjà initiée, s’agissant des deux amants ; une « première » « Rencontre » au coin d’une feuille ; des « retrouvailles » et enfin, une … « mélancolie ».

Illustration saisissante en effet de cette idée selon laquelle l’amour fait écho aux tours et détours qui caractérisent une existence humaine… épousant, à la fois, ses moments lumineux et ses moments plus « tristes » !

En parlant de moments lumineux, nous sommes d’emblée sensibles au parterre végétal magique entourant la parade des deux oiseaux représentés sur la toile intitulée : « Les deux amants » … parterre qui couronne une histoire pleine d’augures positifs.

D’un point de vue symbolique, leurs plumes respectives dessinent une sorte de lien à peine visible… symbole d’un rapprochement – toujours – en cours.

De l’informel, naît, surgit une « rencontre » … une « rencontre » qui lui donne – redonne ? – forme : cas de figure qui caractérise la deuxième toile évoquée, articulée autour de ces deux poissons chargés en possibles, symboles d’une unité fusionnelle.

Après la « rencontre », des « retrouvailles », suggérées sur la toile en question, que matérialisent bien – pour l’occasion – une nature « ouvragée », déjà là et une nature en préparation, comme le montrent ces tracés en forme de feuilles, en haut.

Manière, pour Eymric MODERNE, de mettre en évidence une rencontre elle-même toujours en devenir, des « retrouvailles » toujours en cours, symboles d’une relation fusionnelle toujours vivante !

Moment plus sobre, plus… « triste », visible sur la dernière toile mentionnée, intitulée : « Mélancolie » … une « mélancolie » que suggère d’abord un milieu végétal caractérisé lui-même par une certaine « sobriété », de même que par la différence au niveau des postures adoptées par chaque flamant rose : verticale pour l’un et allongée pour l’autre ; leurs becs respectifs laissant deviner une sorte de … « rupture ».

Parce que l’amour … nous invite à l’aventure mystérieuse de la vie

« Parce que l’amour … » où ce moment à la fois particulier et singulier où l’être se retrouve avec lui-même ; au cœur de son monde imaginaire, constitué de toutes les arborescences des possibles. Cas de figure qui caractérise la toile intitulée : « Le doux rêveur ». Toile sur laquelle il est possible d’observer un félin suspendu, environné d’un milieu végétal magique figurant bien toutes les déclinaisons magiques d’un monde intérieur, gages d’enrichissement et d’accomplissement !

Terminons notre relation par l’évocation de cette toile à la dimension hautement philosophique :

« A mi-chemin ». Grand panneau sur fond bleu –empreint d’éternité – construit, entre autres, autour de ce colibri qui semble arrivé … « A mi-chemin » de son voyage initiatique (la première partie de celui-ci semblant illustrée par ces deux fougères noires, s’imposant comme un repère salvateur … une sorte de principe vital.)

Illustration philosophique d’un amour inscrit sur la voie d’une élévation certaine !

Philippe CHARVEIN, le 08/08/2026

Informations pratiques
Artiste : Eymric Moderne (Moey)
Lieu : Cabinet Médical Dr Charles Jean-Laurent et Dr Mehdi Jean-Laurent, Bât. Perle (entrée à droite de la Pharmacie Moderne), 1ier étage, Porte 4, Port de Plaisance l’Étang Z’Abricots, Fort de France
Dates : Jusqu’au 5 septembre 2026Horaires : De 8h00 à 18h00 (du lundi au samedi)