Obama et la possibilité d’une sortie de la crise financière

par Roland Sabra

Ce n’est qu’un début… Pourquoi les bourses plongent-elles? On connait l’origine de la crise actuelle : la déréglementation et/ou le détournement des règles des activités de crédits dans le monde de la finance. Les banques pour échapper à ce qui restait de réglementation en ce qui concerne l’octroi de crédits, notamment dans l’immobilier, ont créé des succursales, des sociétés annexes, qui démarchaient les plus pauvres et leur refourguaient des crédits, en dehors de tout contrôle, dont elles savaient qu’ils étaient irrécouvrables. Ce qui à leurs yeux n’étaient pas bien grave puisqu’elles avaient la claire intention de s’en débarrasser au plus tôt. Elles les ont donc soit dissimulé hors bilan, soit  revendus, cachés dans des paquets beaucoup plus présentables, à d’autres banques ou des compagnies d’assurances. Elles se sont donc arnaquées entre elles. Dès lors comment faire confiance à une consœur qui se fait si facilement rouler tout en roulant les autres? Le marché interbancaire, marché sur lequel les banques se refinancent mutuellement à court terme se tarit. Aucune ne veut prêter à une voisine dont on risque d’apprendre dans les heures qui suivent la faillite et donc l’impossibilité de recouvrer la créance.

Les grandes entreprises, même les plus profitables, ne gardent jamais de liquidités. Elles les placent, le plus souvent en valeur mobilières ( actions et obligations) à très court terme, et préfèrent s’il le faut, emprunter à même échéance auprès des banques, les sommes dont elles ont besoin pour financer leurs capitaux circulants ( stocks et consommations intermédiaires pour l’essentiel). L’envolée des cours boursiers de ces dernières années à amplifié le phénomène en le rendant plus juteux. Ce qu’elles payaient en intérêts était largement compensé par des cours haussiers. L’assèchement des crédits bancaires les concerne au premier chef. Elles sont contraintes de vendre, de se défaire de leur placements en actions, pour obtenir les liquidités dont elles ont besoin pour payer leur fournisseurs par exemple. Mais elles le font massivement et provoquent ainsi une accélération à la baisse des cours en bourse. La crise de liquidité n’est qu’un des aspect de  la crise de solvabilité qui se profile derrière. Une entreprise peut-être solvable mais “illiquide” quand ses actifs ne peuvent être vendus. Ce qui à la longue peut poser la question de la valeur de ces actifs et donc entrainer une insolvabilité. La situation se complique par le fait  que la vente des titres  de placements des entreprises se faisant à un prix inférieur à celui de leur achat, elles vont perdre de l’argent. Elles vont donc être contraintes de restreindre le périmètre de leurs activités comme le montre la destruction de 159 000 emplois aux USA en septembre dernier.

La crise est une belle illustration du retour en force de la pensée keynésienne et de la préférence pour la liquidité, que les libéraux ont tenté de marginaliser. Mais la confirmation  la plus importante pour l’heure est la validation douloureuse de ce que Keynes appelle l’incertitude radicale, liée à la prime de liquidité, qui est fondamentalement non probabilisable. Ce qui veut dire que l’incertitude est de nature systémique et que tout imprévu a une force de déstabilisation dévastatrice, comme par exemple le fait de laisser tomber Lehman Brothers ou le rejet du premier plan Paulson. Cela confirme que les représentations de la crise élaborées par les responsables des banques centrales, par les gouvernements étatsunien, européens relèvent toujours des cadres théoriques et idéologiques du libéralisme. A vrai dire on voit mal les Bush, Sarkozy, Berlusconi etc. dépasser les cadres de pensées qui les ont formatés et qui ont mené à la catastrophe. Les Etats-Unis ont la chance d’avoir des élection présidentielles dans peu de temps et de permettre ainsi un renouvellement des équipes dirigeantes qui permettra peut-être de sortir du carcan idéologique libéral et d’inventer un autre « New Deal ». Une raison de plus de souhaiter la victoire d’Obama et des Démocrates.

Fort-de-France le 08/10/08