Municipalités et élections, avant, pendant, après! (4)

— RS n° 428 lundi 5 janvier 2026 —

L’une des caractéristiques les plus têtues de l’électoralisme (tare qu’encore une fois, nous ne confondons pas avec les participations aux élections) réside dans la façon de considérer les élections comme un moment à part, une sorte de quintessence de la vie politique qui serait, paradoxalement, vidée de tout contenu de classe et coupée de l’avant et de l’après.

Nous proposons l’inverse. Les élections se doivent d’être un moment où les revendications de changement imposent une visibilité, un impact maximum et si possible un débouché politique. On peut ainsi observer dans les axes revendicatifs développés précédemment, des exigences et des propositions pour lesquelles nous nous sommes impliqués hors élections.

Ainsi, par exemple, notre soutien au comité citoyen du sud, nos efforts pour la création d’autres comités du même type ailleurs, trouvent leur prolongement naturel dans la propagande électorale pour une gestion publique de l’eau sous contrôle populaire.

La bataille contre la dilapidation capitaliste des hôtels, menée à plusieurs reprises sur le front syndical, se poursuit avec les propositions d’alternatives en termes d’économie sociale et solidaire à contenu ouvrier, dont les collectivités (mairies, CTM…) peuvent être des vecteurs décisifs d’impulsion.

Le combat contre le chlordécone, pour une agriculture paysanne saine et perenne, trouveront leurs débouchés dans les politiques des mêmes collectivités.

Ces exemples suffisent à mettre en évidence le travail colossal que les municipalités ont devant elles, au-delà des obligations de l’aide sociale. Ceci est lié à notre position en faveur du principe : une personne, un seul mandat à la fois. C’est une question de démocratie et de partage des tâches, mais surtout une question d’efficacité.

Trop d’élu·e·s sont incapables d’assumer décemment leurs fonctions parce que submergé·e·s par des responsabilités multiples plus ou moins réelles et lucratives. Notre conception signifie aussi que les candidat·e·s non élu·e·s ou élu·e·s en position minoritaire (forcément en petit nombre du fait du caractère non démocratique du scrutin…), ont une tâche immédiate qui les attend : continuer le travail sur le terrain à partir des axes popularisés à grande échelle dans la campagne. C’est cela qui rendra crédibles leurs belles promesses de ne pas « abandonner le peuple » après les défaites électorales. Le peuple n’a pas besoin de « proximité » passive et vide. Il a besoin d’accompagnement dans ses luttes, d’impulsion concrète sur des revendications concrètes.

Ainsi l’avant, le pendant, et l’après, forment un tout cohérent non pas pour « réconcilier le citoyen avec la politique » comme disent certains phraseurs, mais bien pour aider les masses à prendre en mains leurs problèmes et donc leurs destinées.

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La question Bernard Hayot (2)

Les menus frais (à son niveau !) que Bernard Hayot accepte de prendre en charge afin de soigner son image de marque, ont certes un effet sur les couches les moins lucides de la population.

On entendra dire, dans ces milieux, que GBH « donne du travail aux Martiniquais », au lieu d’entendre que ce sont ces derniers en question qui lui vendent, à vil prix, leur force de travail.

On croisera des gens très reconnaissants parce que le multimillionnaire aura permis de voir une exposition d’artistes caribéens dans son espace dédié, en s’appuyant largement sur les cadeaux fiscaux de l’État.

Mais la naïveté n’est pas générale, et la résistance à la domination békée a des sources profondes. Elle a en fait, toujours existé, contrairement aux croyances de personnes la faisant remonter à leur propre apparition sur la scène.

Aujourd’hui, le groupe phare est confronté à la rançon de sa gloire. Tandis que ses salariés luttent pied à pied pour arracher de maigres augmentations, des militant·e·s lancent des opérations de boycott dénonçant le scandale du chlordécone, dans lequel le frère Yves Hayot a joué un rôle avéré (et avoué !) sans que cela ait posé un problème à son commerçant de frère. D’autres s’y reprennent dans le cadre de lutte contre la vie chère. Des collectifs s’impliquent non sans efficacité, dans une mise en cause judiciaire des contournements des lois régissant la concurrence.

Le double langage de l’État est quant à lui fort éloquent : tandis que Manuel Valls, le ministre des Colonies d’ailleurs prestement débarqué, dénonce la position dominante asphyxiante de GBH, Macron reçoit en grande pompe, Bernard Hayot au palais de l’Élysée, en compagnie d’une trentaine de proches congénères. Le fondateur du groupe mis en cause par la contestation de la cherté de la vie, est en effet élévé à la rare dignité de Grand officier de la légion d’honneur, en raison des services éminents rendus à la nation. Geste très justement perçu comme un véritable bras d’honneur aux contestataires.

D’autres encore constatent qu’il devrait être une cible de choix dans les opérations de boycott pour le rôle que ses magasins Carrefour jouent dans le commerce avec l’État voyou sioniste.

Toutes ces mises en cause du lobby sont légitimes et complémentaires. Il reste qu’il conviendrait de réfléchir à l’efficacité la plus grande dans ce combat. Ce sera l’objet du prochain numéro.